Selon Frédérique Vidal, « aucun candidat ne recevra un "non" » à l’université. Du point de vue du vocabulaire, c’est rigoureusement exact. Même si des candidatures pourront bel et bien être refusées. Explications.

« Aucun candidat à l’université ne recevra un "non". Il aura un "oui" ou un "oui, si" ». Cette promesse a été faite par Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, dans une interview à Libération, le 18 mars dernier.

Un mois plus tard, force est de constater que le discours gouvernemental peine à convaincre les étudiants : le 17 avril, seize universités françaises sont totalement ou partiellement bloquées, quatre sont partiellement occupées et deux ont déjà été évacuées par les forces de l’ordre. Dans plusieurs établissements, les enseignants se sont joints à la contestation étudiante. L’une de leur principales contestations : la sélection instaurée par Parcoursup. Alors, oui ou non, Parcoursup peut-il refuser aux candidats d’entrer dans une université publique ? 

Eléments de langage

La réponse est plus complexe qu'il n'y paraît. En réalité, une université ne peut pas vous dire « non » pendant la procédure d’admission, mais aura le droit de refuser votre candidature après la phase normale, soit à partir du 6 septembre. Cette ultime réponse négative interviendrait dans le cas où le nombre de désistements ne serait pas suffisant pour vous permettre de passer de la liste d’attente et la liste d’admis. 

En résumé, les élèves « en attente » pourront bien « recevoir une notification de décision négative induite par l’examen des candidatures ». C’est ce que démontre une fiche technique publiée sur le site de la Dgesip, un organe du ministère, et repérée par l’agence de presse spécialisée AEF. 

Listes d’attente

Point technique : dans les filières en tension, les universités doivent classer chaque candidature sans ex-aequo possible et pourront définir un rang à partir duquel établir une liste d’attente. A partir du 22 mai, les premières réponses vous diront donc si vous êtes admis ou en liste d’attente. Dans les deux cas, vous saurez si la réponse est « oui », ou « oui, si » (auquel cas vous devrez suivre une remise à niveau ou un parcours adapté). Mais vous n’aurez pas de « non » avant le terme de la phase principale d’admission

Alors, la ministre a-t-elle menti ? Sur la forme, non : les universités ne peuvent pas répondre « non » aux candidats. Sur le fond, oui : les candidatures les moins bien classées à l’issue de la phase principale peuvent être refusées, faute de place dans la formation souhaitée. Autrement dit, on ne peut pas vous dire « non », mais on peut vous refuser. Subtil. 

Au ministère, on assure que cette application n’est que théorique : « Il s’agit juste d’anticiper une situation qui va peut-être arriver, même si on fait tout pour qu’elle n’arrive pas. » Dans une autre interview accordée à Libération le 16 avril, Frédérique Vidal explique que « la procédure complémentaire, recensant l’ensemble des places encore disponibles dans l’enseignement supérieur, se poursuivra. Cela n’a donc rien à voir avec un refus d’admission d’une candidature comme cela se pratique dans les filières sélectives. » 

19 000 nouvelles places dans les filières en tension

Pour éviter tout refus et toute catastrophe similaire à celles causées par le tirage au sort les années précédentes, le gouvernement a « déjà ouvert 19 000 places dans les filières sous tension et en [ouvrira] autant que nécessaire de façon à ce que chaque élève ait un vœu accepté dans la licence de son choix », assure Mme Vidal. 

Et dans le cas où vous n’avez souhaité rejoindre que des formations sélectives et êtes refusé dans chacun de vos vœux, le rectorat de votre académie devra vous proposer une formation en lien avec votre vœu de préférence. En revanche, si vous avez été reçu à l’un de vos vœux, vous ne pourrez pas en changer, même si c’était votre dernier choix ou que vous avez changé d’avis.