Dans les emplois considérés comme masculins, les femmes ont 22 % de chance de moins que les hommes de décrocher un entretien. 

Si vous êtes une femme, et que vous souhaitez conduire des camions, préparez-vous à ne pas aller très loin. A priori même pas en entretien. Une étude publiée le 5 novembre a montré qu’à compétences égales, une femme a 22 % de chance de moins qu’un homme d’être rappelée après l’envoi d’un CV pour un poste dit « masculin »

Thomas plus souvent rappelé que Julie

Les enquêteurs, issus de la Fondation des femmes et de l’Observatoire des discriminations de la Sorbonne, ont répondu à 451 offres d’emploi. Toutes dans des secteurs qui manquent de bras et réputés pour être typiquement masculins. 173 offres concernaient un poste de chauffeur-livreur, 185 de mécanicien automobile et 93 de jardinier. 

Deux CV ont à chaque fois été envoyés. Ceux-ci présentaient des candidats du même âge, avec les mêmes diplômes et des expériences équivalentes. Seule différence notable, l’un des candidats s’appelait Thomas et l’autre, Julie. Conclusion : 168 entretiens ont été proposés à Thomas, contre 131 à Julie. La différence est particulièrement marquée pour les postes de chauffeurs-livreurs, où Thomas a obtenu 34,2 % de réponses en plus que Julie. 

« La partie émergée de l’iceberg »

Pour Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, les employeurs pourraient faire preuve de « sexisme bienveillant ». C’est-à-dire qu’ils tenteraient, en les refusant, de protéger les femmes de métiers difficiles et de collègues supposément misogynes. Selon elle, une telle attitude est basée sur des stéréotypes. 

« Nous disons habituellement aux femmes qu’elles doivent se battre pour un meilleur salaire, pour pouvoir travailler à temps plein et pour aller vers d’autres métiers (…), or il y a de vrais obstacles à leur entrée dans des univers professionnels où on ne les attend pas », déplore Anne-Cécile Mailfert. 

Vers des poursuites judiciaires ?

Ce constat est d’autant plus décevant qu’il n’est que « la partie émergée de l’iceberg » : « Nous n’avons pas testé ce qui se passerait ensuite, pendant l’entretien d’embauche. »

En parallèle, la Fondation des femmes a lancé un appel à témoignages et ne cache pas que l’étape suivante « consistera au lancement de poursuites judiciaires ». La discrimination à l’embauche en raison du sexe est passible de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.