Deux associations étudiantes, l’Ares et l’Unedesep, dressent le premier bilan de la réforme d’entrée en école d’avocats. 

Chaque année, plusieurs milliers de juristes tentent le concours d’entrée à l’école d’avocats (CRFPA). Diplômés d’un bac +5, ils espèrent intégrer cette formation d’une durée de 18 mois pour obtenir le titre d’avocat. Extrêmement sélectif, le concours fait peu d’heureux. 

Pour atténuer les inégalités entre les écoles, en octobre 2016, l’examen est entièrement repensé : moins d’épreuves écrites (note de synthèse, droit des obligations et épreuve de spécialité) et un seul grand oral d’une heure. Mais ce n’est pas tout. Désormais, le concours est unique. Auparavant, chaque institut d’études judicaires (IEJ) établissait leurs propres sujets, soient au total 704 sujets différents à travers la France. Chaque IEJ était aussi libre de choisir le calendrier des épreuves. 

La session 2017, en septembre dernier, était donc celle de tous les changements. L’occasion pour deux associations, l’Ares (association représentative des étudiants en sciences sociale) et l’Unedesep (union nationale des étudiants en droit, gestion, AES, sciences économiques, politiques et sociales) d’établir un premier bilan de cette réforme.

Moins de candidats et moins d’admis

Après avoir épluché les taux de réussite de chaque IEJ, les associations ont constaté que les résultats étaient loin d’être positifs. Par inquiétude ou par manque d’intérêt de la part des étudiants, le concours a enregistré une baisse significative de 24 % du nombre de candidats par rapport à la session 2016. 

Pire encore, le nombre d’admis à l’issue de l’examen a diminué de 34 % en un an. En 2017, 2 400 étudiants ont intégré une école d’avocats suite au concours contre 3 700 en 2016. En moyenne, le taux de réussite des admis recule de 6 %.

Encore de fortes disparités entre les IEJ

Un taux de réussite en baisse qui s’expliquerait par une forte sélection lors des épreuves écrites. Seul un tiers des candidats ont obtenu leurs écrits en 2017 contre 43 % en 2016. Au total, 27 IEJ sur 35 auraient connu un recul de leur nombre d’admis à l’issue de cette épreuve. D’après l’Unedesep, cette forte diminution est due principalement à un alourdissement des programmes.


Autre élément pointé du doigt : les fortes disparités de réussite entre les IEJ. Si à l’origine, la réforme devait justement les atténuer, elle n’a finalement fait que les renforcer. En Île-de-France, les établissements ont obtenu un taux de réussite aux épreuves écrites de 41 % contre 28 % dans le reste de la France. Soit 13 points d'écart contre 9 en 2016. Des écarts qui peuvent même atteindre 40 points selon les régions. 

« Une réforme inaboutie »

D’après les associations, ce constat n’a rien d’étonnant. « La réforme n’est pas aboutie et nécessite des ajustements », estime l’Ares. Notamment concernant les grilles de corrections. La loi prévoit des « indications » pour les correcteurs mais rien d’obligatoire. Ainsi, les élèves ne sont pas tous évalués sur les mêmes critères. Pour l’Unedesep, il faut également revoir les sujets qui doivent être plus accessibles à l’ensemble des étudiants. Car les cours ne sont pas les mêmes en fonction des IEJ, certains sont donc favorisés lors du concours.

Mais pour l’Ares, le problème est ailleurs. Même si peu d’entre eux sont diplômés, les avocats exercent tous au même endroit, ce qui crée là encore de fortes inégalités sur le territoire. « La priorité n’est pas de réguler ou de rendre l’accès plus difficile des étudiants en droit à la profession d’avocat, il faut davantage se concentrer sur un dispositif permettant une meilleure répartition des jeunes avocats et des spécialités sur le territoire. »