Deux mois après l’évacuation violente des étudiants de l’université de Montpellier, un rapport pointe du doigt la responsabilité de l’ancien doyen de la fac de droit, Philippe Pétel.

Dans la nuit du 22 au 23 mars dernier, une cinquantaine d’étudiants ont été délogés de l’amphithéâtre qu’ils occupaient pour protester contre la réforme de l’enseignement supérieur. Dix individus cagoulés ont violemment évacué les lieux faisant sept blessés. D’après différents témoignages, Philippe Pétel aurait lui-même orchestré cette intervention. 

Une information démentie par le principal intéressé qui a préféré démissionner de ses fonctions dès le lendemain. Deux enquêtes avaient alors été ouvertes, l’une administrative, ordonnée par la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal et la seconde, judiciaire, décidée par le procureur de la République afin de déterminer les circonstances de l’évacuation. Résultat : après deux mois d’auditions, l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche estime Philippe Pétel responsable des événements.

Lancement d’une procédure judiciaire

En effet, dans un rapport de 28 pages publié lundi, l’inspection générale préconise « d’entamer une procédure judiciaire à l’encontre du doyen ». Car d’après elle et contrairement à ce qu’affirme l’ancien doyen de la fac de droit, Philippe Pétel serait en partie responsable des événements. « Il ressort des auditions menées que la responsabilité de M.X en donnant l’ordre de libérer le passage, d’ouvrir le portillon d’accès du parking et en effectuant plusieurs allées et venues entre le parking et le hall, s’avère pleinement engagée dans l’intrusion du commando cagoulé. » 

D’après l’enquête, le doyen a d'ailleurs ordonné l’intervention des hommes cagoulés en tout illégalité : « [Il] ne relaie pas les informations qu’il a sur la non-intervention des forces de l’ordre, laquelle va conduire à recourir à un plan B des plus désastreux, en-dehors de toute légalité, pour évacuer les occupants. »

Un doyen inexpérimenté

Les résultats de l’enquête montrent également que Philippe Pétel a agi dans l’urgence sans avoir conscience de ses actes. L’inspection générale dénonce son « manque d’expérience et de préparation à la gestion des situations de crise » ainsi que son « manque de discernement ». 

En plus du doyen, un professeur de droit, Jean-Luc Coronel de Boissezon serait aussi mis en cause. « La responsabilité de M.Y est également engagée, en accueillant le commando sur le parking et en participant à l’expulsion violente des personnes, en majorité des étudiants, qui occupaient l’amphithéâtre. » En procédant à l’évacuation, les deux hommes n’auraient « pas mesuré les conséquences d’une telle intervention », précise le rapport.

Soutien des professeurs de droit

Des révélations qui n’ont pas convaincu 450 enseignants-chercheurs de facultés de droits partout en France. S’ils affirment ne pas souhaiter prendre partie en faveur de Philippe Pétel, ils ont tout de même tenu à adresser un courrier à Frédérique Vidal pour lui « rappeler (…) qu’il ne lui appartient pas d’infliger une sanction à un professeur qui nie farouchement avoir commis la moindre infraction ».

Car s’il est déjà mis en examen et placé sous contrôle judiciaire depuis mars dernier, Philippe Pétel pourrait à nouveau être suspendu de ses fonctions suite aux résultats de l’enquête administrative. Une décision inacceptable pour les enseignants, estimant qu'elle porte « atteinte à la présomption d’innocence ». « Un tel bannissement de l’université constitue une véritable sanction, infligée au mépris des droits de l’homme et des libertés fondamentales », ont-ils écrit à la ministre.

De son côté, le président de l’université de Montpellier, Philippe Augé qui avait déjà porté plainte contre X, a décidé de saisir la section disciplinaire « à l’encontre des deux personnes mises en causes ».