Un rapport sénatorial pointe du doigt la loi sur l'autonomie des universités, et affirme que les objectifs de la loi Pécresse n'ont absolument pas été atteints...

Coup de théâtre au Sénat : un rapport rédigé par deux parlementaires met à mal la loi relative à l'autonomie des universités, dite "loi Pécresse". Les sénateurs - l'un UMP, l'autre PS - s'accordent à dire que la loi, qui a fait couler beaucoup d'encre, n'a pas atteint ses objectifs. En cause : les universités, et l'Etat lui-même !

Des universités inexpérimentées

La loi sur l'autonomie des universités était pourtant un texte phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Son objectif était de rendre les établissements responsables de leur gestion, en leur allouant un budget global, qui était jusqu'ici géré par l'Etat. Les universités étaient ainsi censées utiliser leurs fonds de manière plus judicieuse...

Mais, selon le rapport, "les universités, en 2007, n'avaient, sans offenser personne, aucune culture de la gouvernance opérationnelle, de la gestion prospective et du pilotage budgétaire et financier". Ainsi, sur 80 universités concernées par la loi, moins de dix ont mis en place une comptabilité analytique. De même, une précarisation des intervenants a été constatée, les universités favorisant les emplois contractuels !

Les enseignants peu au fait des attentes des entreprises

Autre constat alarmant de ce rapport : les étudiants sont lésés. Pour les sénateurs, les universités n'ont pas suivi l'évolution assez rapidement. Certes, une dynamique de changement commence à s'opérer, cinq ans après l'adoption de la loi Pécresse. Mais "peu d'enseignants chercheurs ont pris pleinement conscience du fait que les étudiants ont pour objectif prioritaire d'obtenir un emploi".

Les résultats sont, par conséquent, loin d'être ceux escomptés. "Certes, chaque université est désormais dotée d'un bureau d'aide à l'insertion professionnelle. Mais, dans beaucoup de cas, c'est un simple bureau, insuffisamment connecté avec le monde des entreprises." Les sénateurs soulignent tout de même que "le rapprochement entre universités et monde professionnel est balbutiant mais encourageant".

L'Etat n'a pas su accompagner les universités

Troisième fautif - et non des moindres - mis en cause par ce rapport : l'Etat lui-même, qui n'a pas été assez présent lors du processus d'autonomisation des universités. D'une part, il n'a pas alloué assez pour couvrir des dépenses sans cesse croissantes. D'autre part, il n'a pas été assez réactif pour assurer la transition. Ainsi, "de 2009 à 2012, les services centraux du ministère ont contemplé passivement le passage des universités à l'autonomie. Aucun outil de suivi et de support n'a été mis en place afin de les accompagner (...). L'Etat a manqué à ses responsabilités", conclut le rapport...