Bac pro, CAP et BEP vont être réformés aux rentrées 2018 et 2019. Spécialisation progressive, apprentissage et campus d’excellence font partie des mesures annoncées par le ministre.

Jean-Michel Blanquer en avait fait sa « deuxième priorité après le primaire » : il a annoncé, le 28 mai 2018, les grandes lignes de la réforme de la voie professionnelle. Lycée professionnel, BEP et CAP sont concernés par ces annonces, qui toucheront quelques 665 000 élèves et 70 000 professeurs. 

Les mesures évoquées par Jean-Michel Blanquer sont en partie reprises ou inspirées d’un rapport remis en février dernier par la députée (La République en marche) Céline Calvez et le chef étoilé Régis Marcon. 

Des « familles de métiers » en seconde

Lors de sa présentation, le ministre de l’éducation nationale est revenu à plusieurs reprises sur l’importance de l’orientation : « Nous devons aider les élèves à découvrir et choisir leur métier. » Il compte pour cela adapter les parcours des élèves.

Son premier chantier : rendre la spécialisation plus progressive. Ainsi, la classe de seconde professionnelle ne sera plus axée sur un métier comme c’est le cas actuellement, mais sur une « famille de métiers ». L’idée est ici de découvrir un secteur, un corps de métier, avant de se spécialiser plus précisément en première et en terminale. Sauf quelques cas spécifiques, toutes les spécialités seront regroupées dans une quinzaine de « familles » :

  • Métiers de l’aéronautique
  • Métiers de la réalisation de produits mécaniques 
  • Métiers du numérique et de la transition énergétique 
  • Métiers de la maintenance des équipements industriels et des véhicules 
  • Métiers du pilotage d’installations automatisées 
  • Métiers des industries graphiques et de la communication 
  • Métiers du bois 
  • Métiers de la construction durable, du bâtiment et des travaux publics 
  • Métiers des études et de la modélisation numérique du bâtiment 
  • Métiers de la beauté et du bien-être 
  • Métiers de la gestion administrative, du transport, de la logistique et de la sécurité 
  • Métiers de la relation client 
  • Métiers de l’hôtellerie-restauration, tourisme 
  • Métiers de bouche

En seconde, 60 % du temps sera consacré à la formation professionnelle, contre 40 % aux enseignements généraux, à l’enseignement et à l’accompagnement. Les élèves passeront 4 à 6 semaines en entreprise.

Par ailleurs, dès la rentrée 2018, les élèves passeront un « test de positionnement » au début de la seconde professionnelle. Cette évaluation de français et de maths permettra aux lycées de proposer des parcours adaptés aux niveaux des élèves.

En terminale : insertion ou poursuite d’étude

A la fin de la seconde, les élèves choisiront une spécialité issue de la famille de métiers suivie. En première, le temps accordé à l’enseignement professionnel augmentera (63 %), ainsi que le temps passé en entreprise (8 semaines). A la fin de l’année, l’élève pourra choisir de suivre sa terminale en apprentissage ou non, ce type de formation devant être étendu à chaque lycée.

Autre changement en classe de terminale : les élèves devront choisir un module de poursuite d’études ou d’insertion professionnelle et d’entrepreneuriat. L’idée est soit de favoriser l’entrée dans la vie active, soit de préparer à l’enseignement supérieur. Dans cette dernière optique, 2 000 places seront créées dès la rentrée 2018 en « classes passerelles », après la terminale, afin de permettre aux jeunes de mieux préparer leur entrée en BTS.

Les volumes horaires du nouveau lycée professionnel. © MESRI Les volumes horaires du nouveau lycée professionnel. © MESRI

Un nouvel oral au bac

A la manière du grand oral, qui verra le jour pour le bac général et technologique 2021, le baccalauréat professionnel comptera aussi une épreuve orale d’accomplissement. Il s’agira de la présentation d’un projet, baptisé « chef d’œuvre » par le ministre. Réalisé seul ou en groupe, cet ouvrage en lien avec la spécialité de l’élève permettra au jury d’évaluer « l’acquisition des savoirs et des gestes propres à un métier ».

Des campus d’excellence

Comme il l’avait déjà annoncé, Jean-Michel Blanquer veut créer des « campus d’excellence », au nombre de trois par région. Chacun d’entre eux pourra regrouper non seulement des établissements de formations (CFA, lycées pro, pôles universitaires, etc.), mais également des espaces dédiés à la recherche et aux entreprises (incubateurs, pépinières d’entreprises, Fablab), ainsi que des internats et des équipements culturels et sportifs.

CAP modulable, BEP menacé

Au-delà du bac, le ministre a également parlé des autres diplômes de la voie professionnelle. Le CAP, tout d’abord, devrait devenir modulable. Actuellement enseigné en deux ans, il le sera en un, deux ou trois ans, selon les profils, à partir de la rentrée 2019. Le CAP en un an permettra aux élèves déjà expérimentés ou diplômés du supérieur de se reformer et se réorienter plus rapidement. Le CAP en deux ans sera proposé, comme actuellement, aux élèves après la troisième. Et la version en trois ans sera adaptée aux élèves en ayant le plus besoin. 

Enfin, s’il n’est pas acté, l’avenir du BEP est compromis et Jean-Michel Blanquer a évoqué sa disparition lors de la présentation du projet de réforme. 

Si quelques mesures devraient voir le jour dès la rentrée 2018 (test de positionnement en seconde, création de 2 000 places en classes passerelles), les autres sont à attendre plus probablement pour 2019.