Le rédacteur en chef de The Economist s'est "amusé" à constituer un palmarès des 10 entreprises qui domineront le monde en 2035. Une étonnante projection dans le futur qui s'appuie sur les tendances actuelles, et qui peut être source de réflexion quant à son orientation.

Daniel Franklin, rédacteur en chef de The Economist Daniel Franklin, rédacteur en chef de The Economist
Daniel Franklin, rédacteur en chef de The Economist, lors d'une conférence à l'EDHEC (2e en partant de la droite)

"Ce que j'ai fait, c'est de créer une liste fantaisiste d'entreprises susceptibles d'être les leaders mondiales en 2035. Ça ne représente pas une prévision, mais une vision pour analyser les grandes tendances qui pourraient impacter le monde dans les prochaines décennies." C'est de cette manière que Daniel Franklin, rédacteur en chef de The Economist depuis 2006, présente son classement pour le moins original, baptisé "Franklin Global 2035", palmarès des entreprises à l'horizon 2035.

"Ce que j'ai tenté de faire, c'est de présenter l'avenir et d'apporter des visions. Tout cela n'a aucune chance de se produire dans la réalité. Pour autant, c'est très sérieux : je suis parti des tendances qui sont déjà à l'œuvre et j'ai essayé de voir à quoi elles pourraient aboutir", ajoute-t-il. Une étonnante projection dans le futur qui peut donner des pistes quant à son orientation .

Classement des 10 premières entreprises

  1. Exxon-Hydro
    La première entreprise mondiale sera "Exxon-Hydro", qui combine énergie et eau. "Toujours un géant des matières premières en tête des entreprises les plus puissantes du monde, mais la ressource la plus précieuse ne sera plus le pétrole, mais l'eau. Ce sera peut-être la ressource la plus importante sur le plan stratégique. Cela montre aussi que les grandes entreprises seront en position de dominer peut-être les matières premières", explique Daniel Franklin.

  2. Tatasoft
    En 2035, le géant indien Tata aura acquis... Microsoft qui sera, lui, en difficulté, envisage le rédacteur en chef ! "Tatasoft devient alors le leader mondial du logiciel."

  3. Qatar Holdings
    "Cela reflète l'importance de plus en plus forte des fonds souverains. Le Qatar est très riche grâce notamment au gaz naturel, et ce pays devient un acteur majeur en matière d'immobilier, d'agroalimentaire ou encore de l'industrie minière."

  4. GGS pour "Google Goldman Sachs"
    "Ce géant financier - né de la fusion entre Google et la banque Goldman Sachs - domine le monde grâce à sa capacité à dominer les besoins du client et à gérer le risque. En cela, GGS est pratiquement imbattable", prévoit Daniel Franklin.

  5. Shanghai Automotive
    "Bien sûr, la Chine arrive à dominer le monde de l'industrie automobile grâce à son immense marché intérieur, qui est déjà le plus grand au monde. Et Shanghai s'annonce comme le plus grand des acteurs."

  6. GlaxoSmithKlinePfizerDaiichiNovartisTeva
    "C'est la logique des fusions qui a eu lieu dans la recherche d'économies d'échelles, et c'est la fin de ce jeu" pour les grands groupes pharmaceutiques.

  7. OxBridgeHarvard
    "Ce regroupement signifie que l'éducation devient une véritable industrie mondiale. Les meilleurs établissements du monde anglo-saxon se réunissent ainsi en vue de dominer un secteur qui devient digital et accessible au monde entier."

  8. Talentia
    "Il faut aussi penser qu'il y aura des entreprises qui n'existent pas aujourd'hui mais qui domineront le monde demain, comme cela fut le cas de Facebook, qui n'existait pas il y a neuf ans et qui a désormais une valeur d'environ 100 milliards de dollars ! J'ai ainsi créé cette start-up, dont l'objectif est de résoudre la quête de talents des entreprises en proposant des solutions innovantes pour équilibrer l'offre et la demande."

  9. ManuVation
    "Il s'agit d'une autre invention de ma part, une autre start-up spécialisée dans la production 3D ou dans les techniques industrielles "additionnelles", ou addictive manufactury, pouvant ainsi révolutionner la production dans le monde entier."

  10. BollyDis
    "Last but not least, BollyDis : Bollywood et Disney s'associent en effet pour diriger le secteur du divertissement aussi bien dans les pays riches qu'émergents."

Un palmarès très anglophone

Ce "jeu d'esprit", qui fait la part belle à des entités très anglophones et très peu françaises, est basé sur divers critères. "Le taux de changement augmente de façon vertigineuse : tout change de plus en plus vite avec la mondialisation, les nouvelles technologies et l'émergence de pays en voie de développement", explique ainsi Daniel Franklin.

D'autres facteurs ont été pris en compte par le rédacteur en chef pour ce classement, comme l'évolution du type d'entreprise ou des frontières entre entreprises et pays qui ont tendance à changer et à s'estomper. De la même manière, les frontières entre secteurs d'activité sont de moins en moins marquées : les technologies de l'information sont présentes partout, l'électronique est aujourd'hui incontournable dans le secteur de l'automobile... Sans oublier l'irruption des marchés émergents, facteur majeur de changement.