Présidente de l'Union des Professeurs de classes préparatoires Scientifiques (UPS), Sylvie Bonnet revient sur le mécontentement des professeurs de prépa, et précise ses craintes quant aux volontés "masquées" du ministère de l'Education Nationale. Elle évoque également les propositions des professeurs de classe prépa pour revaloriser le statut de ce corps si spécifique.

D'ordinaire, il est relativement rare d'entendre gronder les professeurs de classe préparatoire. Quelles sont les raisons de cette mobilisation ?

"Les raisons, c'est que nous sommes attaqués sur plusieurs fronts. D'abord, on a dit que nous étions des "conservatismes en train de s'organiser". Le jour où le ministre a dit cela, nous n'étions même pas au courant de ses projets ! Ça ne fait pas plaisir... Ensuite, il a développé son projet, en expliquant qu'il s'agissait de réduire les salaires des professeurs de prépa au profit de ceux de ZEP. C'est se moquer du monde : l'argument budgétaire ne tient pas ! Si on diminue le salaire des professeurs de prépa comme le propose ce décret, la baisse pour eux sera significative, mais cela ne représente que 0,03 % du budget global... Quand on est à chercher 0,03 %, ça ne doit pas devenir un problème national.

Nous sommes également mécontents de la manière dont il a annoncé cela, en montant les professeurs les uns contre les autres. Il [Vincent Peillon, ndlr] a une manière de diviser les gens et de faire fuiter des chiffres pour pointer des cas de salaires dénoncés comme trop importants, c'est insupportable. Dans tout autre secteur que l'Éducation Nationale, ça serait unanimement considéré comme une agression !"

Vous réfutez donc les salaires qui ont été avancés ?

"Je ne connais pas les chiffres nationaux, seulement mon propre salaire, mais les chiffres qu'on voit dans la presse me paraissent exagérés. Ceci dit, il y a sans doute des cas de gros salaires et des disparités importantes dans l'Éducation Nationale, comme cela est le cas dans de nombreux secteurs : par exemple, chez les médecins, il y a aussi des différences de salaires !"

Les principales causes de ce refus de changement sont l'absence de rétribution des professeurs, qui passeraient de 8 à 10 heures de cours, et la suppression des heures supplémentaires de ceux qui faisaient 11 heures de cours... Est-ce bien cela qui vous inquiète ?

"Le fait qu'on augmente les obligations de service va amener une réorganisation des services. On craint des suppressions de postes. Là où il y a actuellement 5 professeurs qui font chacun cours à 4 classes, nous craignons que l'on passe à 4 professeurs qui feront chacun cours à 5 classes. D'autre part, si le métier devient moins attractif, les jeunes auront moins envie de devenir enseignant en classes prépas..."

Que souhaitez-vous maintenant au travers de cette mobilisation ?

"Dès que le ministre a fait son annonce, nous lui avons envoyé un courrier. Nous lui avons demandé de nous recevoir en audience. Nous avons des propositions concrètes à faire, et nous aimerions être reçus. Le métier de professeur de classe préparatoire a changé. Par exemple, les professeurs de prépa enseignent maintenant à des étudiants, et non pas des lycéens. Cela en fait un métier spécifique. Nous aimerions pouvoir le dire à notre ministre.

Il faut reconnaître la spécificité des différents métiers de l'enseignement. Il n'y a pas un métier d'enseignant, il y en a en réalité plusieurs ! Le ministre a mis tout le monde dans le même panier, institué des coefficients multiplicateurs... Comme si une heure de professeur des écoles valait tel pourcentage d'heures de professeur en ZEP, etc. C'est une façon d'envisager le statut des enseignants humiliante pour des centaines de milliers de professeurs."

A envisager et à opérer des changements au niveau des classes préparatoires, quels seraient-ils selon vous ?

"Il faudrait donner un véritable statut aux professeurs de classes préparatoires. Le ministre a voulu mieux définir le métier d'enseignant en listant les différentes tâches effectuées, en-dehors du face-à-face avec les élèves. A regarder la liste qu'il a proposée, je trouve des missions que nous n'avons pas en prépa, comme les contacts réguliers avec les parents par exemple.

Par contre, je ne retrouve pas un tas de choses que l'on fait, comme l'encadrement des TIPE [Travail d'initiative personnelle encadré, ndlr], l'information auprès des lycéens dans les forums, la préparation des Olympiades internationales de mathématiques, de chimie, de physique, la mise à disposition de notre expertise dans l'élaboration des programmes...

J'ai participé au groupe de travail sur la rénovation du programme, et jamais je n'ai imaginé que je pourrais être payée pour cela ! Les professeurs de ZEP, les professeurs d'école font également des choses en plus, différentes de ce que nous faisons."

La prépa est un système qui fonctionne relativement bien par rapport à de nombreux autres cursus. N'y a-t-il pas, dans l'enseignement supérieur, d'autres chantiers plus prioritaires à réformer ?

"Il faut comparer ce qui est comparable. En prépa, les élèves sont sélectionnés sur dossier. Nous avons une certaine expertise, nous ne nous trompons pas sur les élèves qui réussiront à intégrer une école d'ingénieurs. En licence, ils ne peuvent pas sélectionner. D'ailleurs, les filières sélectives, à l'université, marchent très bien aussi. Les doubles-licences, les licences sélectives à Dauphine, par exemple, le cursus en médecine une fois la première année passée...

Mais il y a des chantiers dans l'enseignement supérieur, c'est vrai. L'université traverse une période difficile, on le constate en discutant avec les collègues qui y enseignent. Eux-aussi sont très mobilisés en ce moment sur les problèmes de financement de leurs établissements. Nous y sommes attentifs, les frontières entre nos deux systèmes ne sont pas si étanches."