Sylviane Fontana, directrice du programme bachelor de Toulouse Business School (TBS), détaille les points forts et les points faibles du bachelor, ainsi que les bonnes et les mauvaises raisons pour lesquelles il faut opter pour un tel diplôme.

Quels sont les trois points forts actuels du bachelor et, a contrario, les trois principales faiblesses de ce diplôme ?

Sylviane Fontana, directrice du programme bachelor de Toulouse Business School Sylviane Fontana, directrice du programme bachelor de Toulouse Business School
Sylviane Fontana, directrice du programme
bachelor de Toulouse Business School

"Le bachelor est une formation très opérationnelle, avec une pédagogie active, disposant d'une forte composante internationale et un diplôme reconnu au niveau international. Il s'agit également d'une formation interconnectée avec le monde de l'entreprise, entre les nombreux stages, les intervenants professionnels...

Et, au niveau des faiblesses, ce diplôme manque de notoriété auprès des recruteurs, des entreprises et des cabinets de recrutement du fait de la jeunesse de ce diplôme.

Il manque également de visibilité en raison du foisonnement de l'offre : bachelor en trois ans, bachelor en quatre ans, écoles de commerce post-bac, bachelor en management, bachelor en commerce international, bachelors spécialisés... Enfin, dernière faiblesse : le fait que le bachelor soit un diplôme de niveau bac+3, alors que les 'Français' - surtout les parents - plébiscitent le bac+5."

Quels sont aujourd'hui les éléments qui font la différence entre un bon et un très bon diplôme bachelor ?

"Il y a trois éléments essentiellement. Le premier est la situation des diplômés bachelor. C'est essentiellement à travers l'analyse des diplômés d'une école que l'on peut mesurer la qualité du diplôme, à savoir : dans quelles entreprises et à quels postes ils sont après le bachelor et trois ans après ; mais aussi dans quelles écoles françaises et internationales ils ont poursuivi leurs études.

Second élément : la reconnaissance nationale et internationale, la marque. La notoriété et l'image de l'école à laquelle est rattaché le programme bachelor, sa marque, son rayonnement international, ses partenaires internationaux (le nombre mais aussi la qualité des universités partenaires de l'école), ses accréditations, la reconnaissance par l'Etat (le visa et encore mieux la durée d'obtention du visa) contribuent à cette reconnaissance et sont des gages de sérieux.

Enfin, troisième élément, il s'agit du réseau. Un très bon bachelor est adossé à une école qui a un réseau : de diplômés, d'entreprises partenaires, d'écoles et d'universités partenaires..."

Quelles sont, selon vous, les bonnes raisons pour lesquelles il faut opter pour un bachelor ? Et les mauvaises ?

"Parmi les bonnes raisons, il y a tout d'abord le marché de l'emploi à bac+3 : les entreprises sont à la recherche de jeunes diplômés bac+3, ayant une bonne connaissance de l'entreprise, des qualités relationnelles et une ouverture internationale.

Vivre une expérience d'école dès l'obtention de son bac également, avec de nombreux travaux de groupe, des enseignements très pratiques, une vie associative très développée... autant d'éléments qui créent une vraie rupture après les "années lycées". Autre bonne raison : le bachelor est une formation généraliste. Choisir un tel programme, c'est choisir un cursus peu spécialisé, qui offre de nombreuses opportunités, sans avoir à choisir un métier dès 18 ans, sauf dans le cas des bachelors spécialisés.

Du côté des mauvaises raisons, il y a par exemple le fait de penser que le bachelor est seulement un moyen d'éviter la classe prépa, et qu'il s'agit d'une solution de facilité. Ou encore de penser que le bachelor sera une sorte de prépa intégrée pour rentrer facilement dans le programme 'Grande Ecole' du même groupe..."

Le nombre de diplôme bachelor est en plein développement depuis un certain temps. Ce dynamisme va-t-il continuer selon vous ?

"Je pense que ce développement va se poursuivre car le format du bachelor correspond à une attente des jeunes et des entreprises. Des jeunes, d'une part, car les bachelors sont généralement adossés à des écoles, et offrent un enseignement plus "accompagné", plus opérationnel, plus pratique que les licences des universités, mais aussi plus "international" que les BTS et les IUT.

Les entreprises, d'autre part, car elles recherchent des profils bien préparés au monde de l'entreprise, très internationaux, à l'aise dans des équipes multiculturelles et "intrapreneurs" (forces de proposition, "agiles", capables d'innover, aptes à conduire le changement...).

Par ailleurs, le label "bachelor" est un label international. La désaffection pour les classes préparatoires, d'un côté, et pour les universités, de l'autre, et ce pour des raisons différentes, explique le fort développement des bachelors."

L'IFOP a dévoilé, il y a un an désormais, une étude révélant la relative méconnaissance des recruteurs quant au diplôme bachelor. Qu'en est-il aujourd'hui et comment procéder pour davantage faire connaître ce diplôme auprès des recruteurs ?

"Effectivement, c'est une des faiblesses du bachelor, due essentiellement à sa jeunesse. Comme il existe de plus en plus de programmes bachelor en France, cette faiblesse devrait s'atténuer au cours des prochaines années.

En effet, plus il y aura de diplômés bachelor dans les entreprise, de préférence de bons éléments, porteurs de cet ADN du bachelor (la multi-compétence, la multi-culturalité, le savoir-être...), fiers d'avoir fait cette formation, plus cette formation et ce diplôme seront reconnus par les recruteurs.

Un autre levier de notoriété serait que les meilleurs bachelors obtiennent l'autorisation du ministère de l'Enseignement supérieur de délivrer le grade de licence, comme cela a été le cas pour les programmes "Grande Ecole" qui ont, pour certains, l'autorisation de délivrer le grade de master. Ce sujet est en discussion depuis quelques années."