D’ici 2021, les filières S, ES et L au lycée pourraient être supprimées. Mais proposer un dispositif à la carte ne serait peut-être pas le système le plus adapté aux lycéens.

Bac L, ES ou S ? Chaque année, à la fin de leur année de seconde, les lycéens doivent choisir leur filière de prédilection. Un choix déterminant mais qui n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Pourtant, d’années en années, les chiffres indiquent la même hiérarchie : les bacheliers S sont sur-représentés. 

Le constat est édifiant. Plus de la moitié des bacheliers généraux choisissent la voie scientifique. Alors que les bacs ES ne représentent qu’un tiers des candidats. Quant aux L, ils sont à peine plus de 15 %. Pourtant, seuls 25 % des bacheliers poursuivent leur cursus dans une licence scientifique. En réalité, le bac S serait plutôt la voie des bons élèves que des scientifiques.

Le bac S : une filière générale d’excellence 

En effet, si autant d’élèves préfèrent la filière scientifique, c’est souvent parce qu’elle est considérée comme la voie de l’excellence. Elle est même souvent choisie par défaut, comme l’explique Sophie Santraud, professeure de Sciences de la vie et de la Terre. D’après elle, même si beaucoup de lycéens scientifiques « aiment les sciences », ce n’est pas ce qui les a poussés dans cette voie. « Il y a beaucoup de bons élèves, qui travaillent beaucoup, qui sont plutôt scolaires, sérieux et impliqués. Pour eux et leurs parents, c’est la voie normale à suivre », résume-t-elle.

Pour d’autres lycéens, difficile de décider de leur avenir dès la seconde. Le bac S serait donc la meilleure option pour prendre le temps de réfléchir à son orientation. « C’est la filière qui ouvre le plus de portes, même à ceux qui veulent faire des études de lettres. Cela leur permet de choisir au dernier moment », constate Isabelle Avenas-Payan, présidente du comité Promotion des métiers de l’ingénieur et du scientifique au sein de l’IESF (Ingénieurs et scientifiques de France), « quand on ne sait pas quoi faire, on a bien évidemment intérêt à ne pas se fermer des portes ».

Bac S et licence de lettres : pas si incompatibles

C’est d’ailleurs le cas de Margaux Fleuret, étudiante en deuxième année de LEA (langues étrangères appliquées) à l’Université de Nantes. « J’ai fait un bac S parce que je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire plus tard, même si je n’aimais pas forcément les maths. Je pense qu’un bac L ou ES m’aurait fermé des portes, le bac S me rassurait », explique-t-elle. 

En terminale, la jeune fille compte s’inscrire en Staps mais un problème médical l’en empêche, la filière LEA s’est donc imposée d’elle-même : « Comme j’avais des bonnes notes en langues et que j’avais envie de découvrir d’autres cultures, je me suis dit que c’était une bonne idée ». D’après elle, avoir fait un bac S n’a pas été un obstacle. « Un bac L ne m’aurait pas beaucoup plus servi, parce qu’on ne fait pas beaucoup d’heures de langues au lycée, qu’on soit en S ou dans une autre filière. »

Un bac S trop général pour les futurs scientifiques

Même si la situation de Margaux concerne de nombreux étudiants, cela ne représente pas pour autant la majorité des bacheliers scientifiques. En effet, la plupart d’entre eux continuent leur formation par une licence scientifique. En 2015, sur les 47 026 néo-bacheliers S entrés première année de licence, 62 % ont choisi les sciences (SVT, sciences fondamentales ou Staps). En 2016, selon le ministère de l’enseignement supérieur, un quart des bacheliers S se sont inscrits en études de santé.
 

Malgré ce constat, François Lureau, ancien président de l’IESF, estime que la filière scientifique est devenue trop générale. Dans une interview donnée au Monde en janvier 2017, il affirme que « la filière scientifique au lycée n’existe plus. Le bac S sélectionne seulement les meilleurs lycéens. La filière S n’est pas vraiment conçue pour les scientifiques. » Pour l’ancien directeur, la filière scientifique doit être plus spécialisée, « il faudrait permettre à ceux qui veulent faire des sciences de le faire vraiment dès le lycée. »

Une réforme qui ne tient pas compte de la réalité

C’est justement l’une des propositions du gouvernement. En supprimant les filières au lycée, le gouvernement souhaite permettre aux lycéens de choisir leur parcours en fonction de leurs besoins et de leurs envies. Tous les élèves auraient des matières en commun mais ils devront choisir en plus, deux majeures, entre les neuf combinaisons possibles. Ainsi que des mineures, des matières qui viendront compléter leur formation, et qui peuvent être les mêmes que les majeures, pour une plus grande spécialisation.

Cette réforme va de pair avec le Plan étudiant et la réforme de ParcourSup qui vise à impliquer davantage le supérieur dans le choix des lycéens. Mais certains, comme Sophie Santraud, émettent tout de même quelques réserves. La professeure de SVT estime que c’est à l’enseignement supérieur de s’adapter. « Le supérieur doit prendre en compte la réalité. » Un avis partagé par l’IESF : « La réforme de la suppression des filières ne marchera que si les écoles s’adaptent en même temps. »

« Il n’y aura plus seulement trois mais neuf filières au lycée »

De son côté, le syndicat général des lycéens (SGL) pense que la réforme ne changera rien. Pourtant « favorable et même optimiste » vis-à-vis de la suppression des filières, le syndicat estime que le système de majeures et mineures est « un concept très mauvais ». Pour Thomas Le Corre, porte-parole du SGL, « il n’y aura plus seulement trois filières mais neuf ». Cette situation reviendra donc « à mettre les lycéens dans des cases, alors que le lycée est censé ouvrir les élèves à leur avenir ».

Le SGL souhaite donc une réforme plus globale. « On veut que tous les élèves puissent s’y retrouver selon leurs goûts et leur milieu social, avec un système où le choix serait véritablement existant. » Pour le porte-parole, cela n’est possible qu’en remettant en avant l’orientation, dès le collège. « Le choix des lycéens n’est pas seulement un problème de maturité mais plutôt un problème de moyen, aujourd’hui, trop peu de temps est consacré à l’orientation. »