Le directeur de l'ESC Dijon détaille les raisons pour lesquelles l'établissement de management a pris la décision de proposer son bachelor sur Lyon dès l'année prochaine. Il aborde également les points forts et faibles de ce diplôme qui connaît actuellement un très fort développement, et dévoile les ambitions de l'école de commerce en matière d'alliances stratégiques et de fusions.

L'ESC Dijon a présenté, il y a quelques semaines désormais, son plan stratégique pour les cinq prochaines années. L'un des axes majeurs de ce plan est le lancement de votre bachelor Marketing & Business du côté de Lyon. Quelles sont les raisons qui vous ont incité à aller dans ce sens, alors qu'il se crée de plus en plus de diplômes bachelor actuellement ?

Stéphan Bourcieu, directeur de l'ESC Dijon Stéphan Bourcieu, directeur de l'ESC Dijon
Stéphan Bourcieu, directeur
de l'ESC Dijon

"Le bachelor Business & Marketing de l'ESC Dijon existe depuis 2010, après avoir pris la suite d'un programme lancé en 1985. Nous avons décidé de le proposer à Lyon, sur un nouveau marché, car non seulement il existe déjà, mais en plus il a fait ses preuves.

L'objectif de l'ESC Dijon est ainsi de monter en gamme, avec une logique de différenciation, notamment dans la qualité et la spécificité des programmes, ainsi qu'à l'international.

Ce bachelor s'inscrit dans cette perspective : il s'agit d'un programme pertinent, haut de gamme, et reconnu par le marché. En atteste le fait ce diplôme comptait 37 étudiants en 2007, et en recense désormais 120."

Comment se traduit cette reconnaissance du marché ?

"La majorité des étudiants passant par ce bachelor poursuivent par un master grande école. Ainsi, sur les 80 élèves de la promotion de l'année passée, 30 étudiants ont continué dans un master de l'ESC Dijon, la même proportion dans un master d'une autre grande école de commerce, et 10 ont poursuivi dans des écoles diverses."

Pourquoi avoir choisi de vous lancer à Lyon, alors que l'EM Lyon a annoncé une offre prochaine en matière de bachelor, suite à son rapprochement avec l'ESC Saint-Etienne ?

"Nous nous y sommes pris bien avant que l'EM Lyon annonce son rapprochement avec l'ESC Saint-Etienne. Avant cette décision, l'école de commerce lyonnaise ne proposait pas de programme bachelor, tout comme l'école de commerce ESDES. Pour nous, Lyon représente un autre marché à fort potentiel, susceptible d'être sensible à cette offre. Nous ne sommes pas forcément en position frontale avec l'EM Lyon, surtout que nous considérons que le marché du bachelor reste un marché de bassin.

Il n'y avait pas d'offre d'écoles de commerce membres de la CGE (Conférence des Grandes Ecoles) sur Lyon, ce qui nous a poussé à avoir des réflexions concernant cette ville. D'autant que notre bachelor a un positionnement très international. Et ce, même s'il y a des concurrents sur Lyon, avec des écoles de commerce ayant des bachelors tout à fait respectables."

Comment ressentez-vous l'arrivée prochaine du programme bachelor de l'EM Lyon ?

"Le lancement de ce programme va contribuer à offrir de la visibilité au marché du bachelor, l'EM Lyon étant une école ayant un niveau d'excellence. Pour autant, l'école ne va pas prendre tous les étudiants. Alors que, de notre côté, notre objectif est avant tout de répondre au marché. Car, nous avons calculé que Lyon représente un marché cinq fois supérieur à celui de Dijon, que ce soit en population, en nombre d'étudiants... Notre objectif est d'abord de recruter pour répondre et servir les besoins du bassin Rhône-Alpes."

Comment allez-vous procéder au niveau logistique ?

"Entre Lyon et Dijon, nous allons mettre en place un certain nombre de synergies. Nous sommes ainsi actuellement en train de valider un certain nombre de propositions. Nous allons également faire bénéficier les élèves lyonnais de tous les services supports de l'ESC Dijon, et nous investissons fortement dans la dimension numérique : une bibliothèque intégralement virtuelle sera ainsi mise en place, des systèmes de visioconférence seront installés..."

Quelles sont les particularités de ce bachelor ?

"Ce bachelor, visé par le ministère de l'Enseignement supérieur, comporte plusieurs dimensions. Il a tout d'abord une forte orientation internationale, avec notamment le double parcours proposé en partenariat avec Oxford Brookes.

Cette dimension se retrouve dans les diplômes mais également dans les séminaires, en plus des périodes en entreprise. Il y a ensuite la poursuite d'études, qui est choisie par la grande majorité des étudiants. Il y a ainsi une très forte préparation au concours Passerelle. Nous sommes d'ailleurs le programme au sein de Passerelle ayant le plus fort taux de réussite à ce concours."

De manière générale, quels sont les avantages et les faiblesses, selon vous, du diplôme bachelor ?

"La principale faiblesse est que le marché du bachelor, qui est en plein foisonnement, n'est pas très visible. Nous faisons partie du concours Atout+3 qui n'est pas, par exemple, sur la plateforme Admission Post-Bac (APB). C'est un maquis assez difficile à comprendre... Je suis ainsi favorable à la mise en place d'un grade bachelor, permettant notamment de différencier les institutions et les formations.

Du côté des forces, ce programme s'inscrit complètement dans le système européen LMD (Licence-Master-Doctorat). Il combine à la fois des connaissances académiques et des formations professionnalisantes. Autre force, plus ou moins importante suivant l'école : il s'agit de la dimension internationale. Sur ce point, je considère que plus l'élève bénéficie tôt d'une ouverture internationale, mieux c'est. D'ailleurs, du côté de l'ESC Dijon, nous avons beaucoup misé sur cette dimension. Enfin, la dernière force réside dans le fait que le bachelor fait rapidement le lien avec l'entreprise."

Avec cette stratégie différenciante et originale présentée dernièrement, quelles sont vos ambitions ?

"De manière globale, l'ambition de l'ESC Dijon repose sur trois piliers. Le premier est que l'école reste un établissement de management de référence sur le plan national. Il y a, en France et de manière synthétique, trois groupes : les élites, les incontournables dont nous faisons partie et les valeurs sûres. Nous voulons conforter notre position dans les écoles de commerce incontournables.

Pour cela, nous allons notamment vers une montée en gamme pédagogique : certains font du volume ; nous, nous faisons du cousu main. Ce qui rejoint notre deuxième objectif : continuer de nous affirmer sur la scène internationale. En cela, notre modèle est particulièrement originale avec l'alliance stratégique que nous développons depuis plusieurs années avec Oxford Brookes, en vue de devenir une business school de nature internationale.

Troisième axe : l'ESC Dijon reste une école de commerce généraliste, mais experte et leader dans un domaine, le management du vin et des spiritueux, qui constitue une véritable locomotive. Cette locomotive, c'est une expertise sur laquelle nous investissons depuis 25 ans, avec un corps professoral extrêmement développé, et lié à une force du territoire. On est et on veut rester l'école de référence dans le wine and spirit business à l'échelle internationale."

Vous avez également pour objectif de donner à vos étudiants une culture business. Comment comptez-vous procéder dans les faits ?

"Cette volonté est liée à la pédagogie, et passe par deux choses. Tout d'abord, il y a une pédagogie de référence, qui est celle des études de cas, comme elle se pratique à Harvard. Celle-ci confère une précieuse expérience. Nous sommes en train de former nos professeurs à cette pédagogie, qui de fait l'appliqueront beaucoup plus.

Deuxième dimension : nous avons, depuis 35 ans, énormément investi en recherche dans les business schools. Cette recherche a été conçue pour satisfaire aux exigences des accréditations et des classements. La recherche doit désormais être beaucoup plus connectée aux réalités économiques et aux entreprises, pour avoir un impact direct sur leurs activités. Tout cela en faisant en sorte que ça apporte également aux élèves."

Après Oxford Brookes, de nouvelles alliances stratégiques sont-elles envisagées ?

"L'idée est d'élargir cette alliance pour lui donner une dimension encore plus européenne, en s'orientant vers l'Allemagne ou le Benelux. Il y a aujourd'hui un axe Dijon-Oxford, pourquoi ne pas se diriger vers un triangle voire un quadrilatère allant dans le sens de la collaboration."

Un rapprochement dans le cadre d'une fusion est-elle envisageable ?

"Ce n'est pas le souhait que nous avons fait et, pour l'instant, nous n'avons pas la volonté de fusionner. La course à la taille peut avoir de la cohérence, mais ce n'était pas le cas dans les projets proposés. Nous sommes donc partis dans une logique qualitative, et nous travaillons, par exemple actuellement, à des partenariats poussés avec les écoles d'ingénieurs du Polytechnicum de Bourgogne Franche-Comté.

Nous avons bien été sollicités à l'origine de la création de France Business School. Mais un tel rapprochement n'avait pas, pour nous, de cohérence géographique ou pédagogique. Ce pourquoi nous avons décidé de ne pas prendre part à cette fusion. D'autant que nous étions déjà engagés dans l'alliance avec Oxford Brookes. Cette école est notamment spécialisée dans l'hospitality management, ce qui nous apporte une véritable complémentarité."

D'ailleurs, que pensez-vous des axes mis en avant par France Business School, qui souhaite également se différencier de ce qui se faisait, notamment au niveau des concours ?

"La diversité existe déjà fortement dans les écoles du management. En témoignent les profils très hétérogènes qu'on retrouve au sein du concours Passerelle. Cela atteste qu'il n'y a pas besoin de sortir des banques d'épreuves. La diversité existe déjà, et je ne vois pas en quoi ces concours vont être différents. Les banques d'épreuves sont d'ores et déjà très ouvertes..."

Y a-t-il d'autres projets dans les cartons ?

"Dans notre logique de montée en gamme, nous allons lancer une série de parcours d'excellence en parallèle des cours. On y ajoute une dimension transversale sur la base du volontariat, avec trois parcours : "Global management", "Entrepreneurship" et Leadership", qui vise à préparer les élèves à rejoindre les programmes de haut potentiel des entreprises.

Ce dernier devrait ouvrir dès septembre 2013, tandis que les deux autres sont prévus pour 2013-2014. Chaque parcours spécifique devrait compter un effectif d'une vingtaine de personnes."