Parti des universités britanniques et relayé par Facebook, le phénomène "Spotted on campus" - "repérer sur le campus" en français - a pris une ampleur mondiale, et a fini par conquérir en janvier dernier les universités et les écoles françaises. Le principe ? Transmettre anonymement, via la page Facebook fan du Spotted, un message à une personne repérée dans les couloirs de son université ou de son école. Depuis l'avènement de ce qui semble être la version 2.0 des petites annonces du journal Libération, le petit monde estudiantin est en ébullition. Une chose est sûre : il y aura bien un "avant" et un "après" Spotted.

Débarqué en France au début de l'année 2013, le phénomène "Spotted" a envahi les universités européennes, soufflant un vent de renouveau au sein de la galaxie estudiantine. A ce jour, la page Spotted de la seule bibliothèque de Manchester University compte 10 665 likes d'étudiants. L'Autriche est aussi touchée par le phénomène, avec plus de 6 000 followers sur la page de l'université d'Innsbruck, tout comme l'Allemagne ou, plus à l'est, la Pologne.

En France, on flirte avec les 9 000 likes pour le Spotted de l'Université Lyon 3, suivi par celui de l'Université de Lorraine avec 6 500 de followers et plus de 2 000 likes pour le Spotted Sciences Po Paris. "On a vu le concept apparaître à la Sorbonne, qui a été parmi les premiers établissements à créer une page Spotted sur Facebook. On a saisi la balle au bond et lancé la nôtre le 14 janvier dernier. Deux jours plus tard, nous avions déjà plus de 700 likes", raconte le fondateur du Spotted de l'IEP de Paris, qui préfère garder l'anonymat.

Le développement du mouvement en France

La plupart des universités françaises ont suivi le mouvement avec un succès toujours plus ou moins unanime. À Brest, le 23 janvier dernier, un groupe de jeunes a ouvert la page "Spotted : campus Brest". En l'espace de deux semaines, la page avait déjà rassemblé près de 2 000 adeptes. Un engouement qui n'est pas sans rappeler celui connu par le Spotted universitaire lyonnais qui se place en tête du classement Orientations, en flirtant avec les 9 000 likes.

A l'origine de sa création, deux étudiants en deuxième année de droit et sciences politiques : Clovis et Sébastien. Le phénomène "Spotted", ils ont vu la rumeur enfler en début d'année, notamment via les universités des pays de l'Est dont Clovis est originaire. Le 20 janvier dernier, ils se sont lancés dans la création du Spotted Université Lyon 3, sans se douter que le phénomène prendrait une telle ampleur. "On s'est contenté de diffuser la page auprès de nos amis et de notre réseau. Quatre jours plus tard, il y avait déjà plus de 5 000 likes. C'est la magie de la viralité", plaisante Clovis.

Extraits de Spotted

"Tu l'as croisé(e) à la BU, au resto U, dans les couloirs en amphi ? On t'aide à retrouver cette personne ! Envoie-nous ta déclaration par Inbox ou à l'adresse spottedlyon3@gmail.com et on se charge de la publier ici, de façon anonyme". Voici le message accrocheur diffusé sur la fan page du Spotted de l'Université Lyon 3, qui tient le haut du pavé depuis sa création, il y a un mois à peine. Avec près de 9 000 likes, le Spotted lyonnais s'est imposé comme un élément à part entière de la vie étudiante du campus. A l'image de son ancêtre le journal des petites annonces, la page Spotted a vocation à faciliter la mise en contact, au moyen d'un message original et inventif destiné à un(e) étudiante croisé(e) à l'université et en théorie inconnu(e) au bataillon. En pratique cela donne des jeux de mots décalés, des excès de prose et des joutes verbales bon enfant qui réinsufflent un peu de poésie dans cette jeunesse bien trop souvent accusée de ne pas savoir manier le verbe.

La carte de l'humour ou de la poésie

Certains vont droit au but - "en direct de l'amphi E L1 droit science po – Miam... Croquante, toi petite blonde de L1 droit-science po remarqué du haut de l'amphi E..." -, quand d'autres lancent à cor et à cri un "Appel au désespoir" ou un "SOS d'une terrienne en détresse". La carte de l'humour est une des voies les plus empruntées : "on m'a dit que tu as une copine, je m'en fous. On m'a dit que tu es un grand séducteur, je m'en fous. On m'a dit que tu as déjà été "spotté", je m'en fous". Mais le plus souvent, et aussi surprenant que cela puisse paraitre, les étudiants osent la prose comme ce sonnet rédigé par un étudiant en lettres à modernes à une étudiante en lettres classiques : "Si, toi, ma muse parfaite, l'alexandrin //à l'hendécasyllabe de mon grand chagrin //A la primauté : ainsi je vais te parler.//Ô muse classique, le moderne te veut".

Le succès de ces pages spotted tient sans doute au maintien de l'anonymat, qui évite à l'instigateur un éventuel râteau. "Notre équipe de modération garantit l'anonymat jusqu'au bout et tous les messages sont lus afin d'éviter tout abus de langage", indique Clovis l'un des fondateurs de la page Spotted Université Lyon 3.

"Spotté n'est pas jouer"

En France, la sauce a si bien pris que les lycéens et les collégiens ont suivi le mouvement, avec à la clé quelques débordement... "Sur certaines pages Spotted gérées par des lycéens, il y a eu de gros problèmes. Ils ne sont pas toujours suffisamment matures pour mesurer les conséquences de la publication de certains messages. Il faut être très vigilant et manier avec beaucoup de précaution ce type d'outils", confirme Clovis, un des administrateurs du Spotted Université Lyon 3. Aux dires des différentes équipes de modération interrogées, il semble que les messages d'insulte restent une denrée rare, même s'ils existent. "A 99 % les étudiants jouent le jeu et, s'il arrive que nous recevions des messages grossiers, nous demandons à ce qu'ils soient reformulés. Le cas échéant, évidemment, nous ne les publions pas. Le sérieux de notre gestion a sans doute participé au fait que notre Spotted s'impose comme le numéro 1 en France", explique Clovis et Sébastien.

Les administrateurs du Spotted Sciences Po Paris invitent également à la vigilance. "Dans une école comme la nôtre où la politisation de la vie étudiante est élevée, cela peut vite virer au règlements de comptes politiques ou syndicaux". Mais, au final, quand on interroge les fondateurs des différents Spotted français sur les raisons de cet engouement, ils répondent pour la plupart que "c'est ce qu'il manquait dans l'univers étudiant".