Quatre mois après la disparition de Richard Descoings, la désignation de son successeur à la tête de Sciences Po Paris bat son plein et suscite quelques critiques. Pierre Mathiot, le directeur de l'IEP de Lille, dénonce ainsi le mode de management de l'établissement.

Ce week-end vous avez publié un message assez remonté sur votre page Facebook, pouvez-vous nous en dire plus ?

Pierre Mathiot Pierre Mathiot
Pierre Mathiot,
directeur de l'IEP de Lille

"J'avais beaucoup de sollicitations. J'ai donc déposé un petit message pour expliquer qu'aux dernières nouvelles je n'étais pas retenu. Sauf que, dans l'intervalle, il apparaît que la liste qui a fuité ne soit pas une liste officielle. Or un certain nombre de signaux m'invitent à penser que la situation risque de changer pour le mieux...

Ce qui est sûr, c'est qu'il y a deux niveaux de problèmes à Science Po Paris : la procédure, telle qu'elle est engagée, manque de transparence ; et, derrière, il y a la question de la situation réelle de l'école, aussi bien du point de vue de sa gouvernance que de sa situation financière."

Que faut-il changer selon vous à Science Po Paris ?

"Je pense qu'il est extrêmement important de remettre à plat le mode de management, et de le rendre plus transparent. J'ai l'impression que la grande force et l'immense faiblesse de Science Po, c'est que l'école a un gouvernement très resserré et très personnalisé. C'était bien lorsque cela permettait d'impulser et d'innover. Mais, dès lors que celui qui a incarné ce gouvernement est parti, on avance plus...

S'il y avait des directeurs thématiques, tous étaient rattachés directement à Richard Descoings. Je pense qu'il faut désormais un directeur général de service, qui soit le coordonateur administratif de l'école en lien avec un directeur général qui devrait, à mon avis, être un universitaire s'occupant de la politique. C'est comme ça que je fais à Lille : nous avons une gestion politique et administrative séparée. A paris, ça manque de transparence."

Quel type de candidat devrait-être élu à la tête de Science Po Paris ?

"La question est de savoir si les membres du conseil d'administration sont capables de se faire une opinion personnelle, alors même qu'il y a des gens extrêmement influents... Ce qui se dit, c'est que la succession de Descoings ne pourrait tomber que sur quelqu'un qui est déjà à l'intérieur de Science Po.

Il y a une très forte pression à l'interne, émanant de personnes du conseil d'administration, qui craignent qu'une venue de l'extérieur ouvre les placards à secrets de l'école. Moi je pense, au contraire, qu'il faut justement quelqu'un ayant un regard extérieur. Ce quelqu'un pourrait très bien être Jean-Michel Blanquer, Gilles Andréani ou moi-même, par exemple..."