S'enfermer dans sa chambre. Se poser à son bureau. Sortir ses manuels. Attraper fiches et stylos. Aller checker Facebook. « Deux minutes et après je m'y mets ». Faire un tour sur Twitter. Oublier pourquoi on est là. Lancer une partie de Fifa... Mal engagées, tes révisions !

Et si le plus dur, c'était de commencer ? Orientations a parlé avec Isabelle Pailleau, psychologue clinicienne du travail et des apprentissages et co-auteure de Keep calm et réussis tes exams, qui nous a révélé les secrets pour se motiver à réviser, et surtout à rester concentré.

Les bienfaits de la pédagogie positive

Pour Isabelle Pailleau, l'erreur fatale commise par les élèves (mais aussi leurs profs et leurs parents) est de ne pas prendre de plaisir à réviser. « Le système scolaire actuel ne s'installe que dans l'évaluation, la recherche de performances et la compétition, analyse la psychologue. Cela provoque des peurs et des angoisses. » L'angoisse chez les jeunes, elle la voit quotidiennement à son cabinet, même chez « certains qui réussissent très bien, et qui manquent pourtant de confiance en eux ». 

Pour un travail plus efficace, elle recommande d'avoir recours à la pédagogie positive. « C'est la pédagogie de la joie, explique-t-elle, qui part du principe que la note n'est pas importante, c'est ce qu'on en fait qui est important. C'est se dire qu'on peut apprendre, sans souffrir, en faisant des efforts qui ne nous coûtent pas notre estime de nous-même. » En résumé, c'est valoriser la pratique d' « encouragements, plutôt que la mise sous pression »

Préparation = motivation

Pour Isabelle Pailleau, « la première chose à faire pour réviser est de ne pas ouvrir ses cahiers. Il faut d'abord se donner une vision globale, afin de planifier et organiser. » Concrètement, pose-toi la question : « Qu'est-ce qu'on attend de moi ? » A partir de là, tu peux dessiner une carte de ton programme, par exemple en utilisant le mind mapping. « C'est un travail rassurant, qui permet de connaître sa destination et d'identifier les étapes acquises et manquantes. »

Isabelle Pailleau résume sa pensée avec une règle simple : « S'assoir n'est efficace que si l'on sait pourquoi faire et comment le faire. » Pas de précipitation, donc. Avant de foncer tête baissée dans un manuel de maths, donne toi bien le temps d'identifier ce que tu vas y chercher et comment tu vas le bosser. L'idée est de se fixer un objectif à atteindre, ce qui aide à attaquer et à tenir le cap.

L'art de rester concentré

Préparation rime également avec concentration. Mais comment mettre en place des plages de travail efficaces ? D'abord, éloigner le téléphone et l'ordi, ou au moins couper les notifications. L'idée est évidemment de s'épargner toutes distractions visuelles et auditives. Ensuite, bien adapter son espace de travail en rangeant son bureau, et pourquoi pas en choisissant une musique de fond propice au travail (Youtube regorge de playlists !). 

En outre, d'années en années, le temps de concentration moyen diminue. Aujourd'hui, il est de huit secondes, pour les adultes comme pour les ados, soit une de moins que le poisson rouge. Aussi, s'enfoncer plusieurs heures non stop dans les bouquins n'est pas vraiment une bonne solution. 

« L'idée est de s'adonner à des plages de travail courtes, par exemple de 15 minutes, mais efficaces », conseille Isabelle Pailleau. Et entre chaque, « s'aérer quelques minutes et boire un verre d'eau avant de repartir pour un nouveau quart d'heure. » 

Le sucre, voilà l'ennemi

« Boire beaucoup d'eau est très important, note Isabelle Pailleau, car cela permet au corps et au cerveau de rester hydratés » Toujours dans le registre culinaire, elle déconseille vivement de manger trop sucré. Petit point SVT : « Le sucre fait exploser le boulot du pancréas, alors que pendant les révisions, c'est le cerveau qui a besoin d'être irrigué par le sang. » Exit les sodas, barres chocolatées et boissons énergisantes.

Un autre facteur joue énormément sur la qualité des révisions : le sommeil. Si « on n'est pas tous égaux face au sommeil », selon la psychologue, une constante existe, valable aussi pour les adultes : « Pour mieux dormir, il faut décrocher des écrans au moins une demi-heure avant de se coucher. » Autre technique toute simple : faire du sport en fin de journée, qui accentue la fatigue physique au moment de se coucher. 

Ne pas oublier les pauses

De temps à autre, de plus longues pauses sont essentielles, notamment lorsqu'on bloque. Isabelle Pailleau donne un exemple que l'on connaît tous : « Si on est coincé sur un problème pendant trop longtemps, s'arracher les cheveux ne sert à rien. Il faut sortir 10 minutes et prendre l'air, marcher, faire un tour de vélo... En rentrant, le problème sera abordé sous un angle totalement différent et beaucoup plus simple à résoudre. » 

A l'attention des petits malins : « Faire beaucoup de pauses ne veut pas dire couper les révisions par une heure de jeux vidéo ». En revanche, le soir, après une journée de travail efficace, il n'y a aucun mal à se récompenser, par exemple en sortant se faire un ciné avec des potes. 

D'ailleurs, si tu aimes voir tes potes, pourquoi ne pas réviser en groupe ? Pour certains, « l'expérience vivante d'échanger va ancrer le souvenir », explique Isabelle Pailleau. Mais pour bosser, hein, pas pour chiller sur Netflix.

Bosser la nuit ? Mauvaise idée

Et pour les retardataires (oui, toi, qui lis cet article une semaine avant le bac), est-ce que réviser la nuit est une solution ? « Ça ne sert à rien de bosser quand on est fatigué, le cerveau n'enregistre pas, prévient Isabelle Pailleau. Il vaut mieux mettre son réveil très tôt pour travailler que réviser la nuit. »

La pédagogie positive prônée par Isabelle Pailleau ne propose pas de recette miracle, mais part du principe qu'on peut « travailler moins, mais mieux ». Mais ne serait-ce pas un peu laxiste ? « Ce n'est pas la pédagogie des feignants, mais la pédagogie du bien-être, se défend-elle. Travailler de cette manière donne du plaisir et déclenche la motivation. » 

« Il vaut mieux peu de bon travail que beaucoup de semblant de travail, qui en plus est épuisant », conclut la psychologue.