Concurrence, stress, surcharge de travail, étudiants déprimés et professeurs cassants. Les Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) traînent encore leur lot de clichés.

Cette mauvaise réputation des classes préparatoires tient - en grande partie - aux quelques professeurs de la "vieille école" encore en poste, et qui ont tendance à se montrer "hautains et à tenir un discours vexant", explique Armelle Picardat, professeur de géographie en prépa littéraire au Lycée Jules Ferry à Paris. Le problème, c'est "qu"on ne parle que d'eux", poursuit-elle.

Des professeurs plus à l'écoute

Or, l'Education nationale recrute désormais des professeurs plus jeunes, eux-mêmes passés bien souvent par la case prépa. Conscients de l'incapacité à communiquer de leurs "maîtres", les nouveaux professeurs sont plus à l'écoute de leurs élèves et des difficultés qu'ils peuvent rencontrer. Car les élèves sont plus "infantiles" qu'avant, remarque Armelle Picardat.

"Aujourd'hui, ils ressemblent à des élèves de Seconde : ils manquent de maturité. Depuis un an, je dois faire de la pédagogie comme je n'en faisais plus. Les étudiants doivent comprendre qu'ils sont là pour bosser !"Et c'est là, le message essentiel quand on entre en prépa. Le volume de travail exigé est en effet très important. "Mais les élèves s'en sortent plutôt bien, et jouent le jeu", assure Caroline Chevalier, professeur de chimie en prépa scientifique au Lycée Carnot, à Paris.

"La prépa, c'est comme l'armée, mais au niveau intellectuel"

Pour passer cette étape, il faut être psychologiquement mais aussi physiquement prêt. Les journées de travail sont longues, et les nuits de sommeil courtes. "La première année, je ne savais pas travailler, reconnais Jean, ancien élève en prépa Bio Chimie Physique et Sciences de la Terre (BCPST) à Lamartinière mon Plaisir à Lyon. La deuxième année je suis devenu une machine de guerre. Je faisais des fiches tous les jours en sortant de cours et après dîner je faisais les DM (devoirs maison), les exercices et je préparais mes colles."

Jean n'est pas le seul à emprunter une thématique militaire voire guerrière pour décrire l'adversité qu'il a connu pendant ses années de prépa. "C'est comme l'armée, mais au niveau intellectuel", raconte Jean-Yves, ancien étudiant en prépa littéraire entré à l'ENS Lyon et aujourd'hui professeur d'histoire-géo à Stains. Une réflexion que vient confirmer le dicton que répétait souvent l'un des professeurs d'histoire de Jean-Yves pour galvaniser ses troupes : "En prépa, il faut avoir la rigueur du moine... et l'ardeur du guerrier !"

L'ancien soldat ayant combattu sur le champ de bataille près de la Place de Clichy poursuit : "Les exigences sont telles, qu'il faut être solidaires. C'est en prépa que j'ai découvert que travailler en groupe pouvait être amusant. Petit à petit ma vie d'étudiant a même fini par fusionner avec ma vie sociale.Si j'ai réussi mon concours, c'est grâce à l'entraide qui s'est installée avec mes potes, et parce qu'on a partagé les mêmes difficultés. L'idéologie du 'self-made man', c'est bidon", conclut-il.

En effet, sans un minimum de solidarité, la vie en prépa peut être très dure et décourager les profils les plus fragiles. "Aller à la bibliothèque en groupe permet de se soutenir, d'échanger et de mieux assumer la charge de travail", confirme Vincent, ancien étudiant en prépa littéraire à Saint-Ouen. Idem pour Jean : "J'étais en internat et c'était primordial. On était tous dans la même optique et on avait moins de tentations. Un vrai esprit de groupe s'était instauré."

Souvenirs de nuits blanches...

La rudesse de la prépa a aussi la vertu de créer de la cohésion entre "frères d'armes à bille". Les anciens élèves de prépas entretiennent d'ailleurs bien souvent de bonnes amitiés et de bons souvenirs. "Je me suis fait pas mal d'amis, avec qui je partage une curiosité et des perspectives communes, raconte Vincent. J'ai aussi des souvenirs de fous rires en bibliothèque et de nuits blanches à faire des dissertations de lettres... pour avoir 6 au petit matin !"

Même constat pour Jean-Yves : "J'ai fait des rencontres extraordinaires. Aujourd'hui mes anciens amis de prépa sont journaliste, réalisateur, chercheur, professeur, travaillent dans le cinéma ou dans l'édition. Mes années de prépas m'ont ouvert l'esprit et j'en ai gardé des amis de référence."

... mais tout n'est pas rose

Mais il faut bien admettre que tout ne se passe pas toujours aussi bien. Talia qui a été en hypokhâgne dans un célèbre lycée parisien en a fait la triste expérience. Son jugement est sans appel : "Si c'était à refaire, je ne m'inscrirais pas dans un tel lycée. C'était le meilleur académiquement parlant, et pourtant je n'ai pas eu l'impression d'évoluer. C'était une expérience assez pauvre humainement. Les étudiants étaient beaucoup dans la compétition, et il était difficile de créer des liens."

Mais la mauvaise expérience de Talia ne s'arrête pas là. "J'ai une anecdote qui m'a beaucoup marqué. Un professeur m'a dit, un jour, lors d'une colle : 'Ce que vous dites est très bien pour le JT de TF1 mademoiselle, mais très mauvais pour une colle de prépa...' J'étais choquée par un tel cynisme."

Talia a ensuite rejoint un lycée plus simple en khâgne où elle a pu s'épanouir. "A Jules Ferry, j'ai retrouvé le goût de lire et des mots, alors que l'ambiance de mon ancien lycée m'en avait dégoûté. J'ai même eu le temps d'avoir une vie amoureuse, ce qui a beaucoup compté pour moi."

Il est donc important de choisir une prépa adaptée à sa personnalité. Il en existe de plusieurs niveaux de difficulté, et toutes sont accessibles... à condition de s'en donner les moyens !