Ils votaient cette année pour la première fois mais n’ont pas tous vécu cette campagne présidentielle 2017 de la même façon. Après une large victoire de Jean-Luc Mélenchon chez les jeunes au premier tour et une explosion de l’abstention au deuxième, les 18-24 ans dressent le constat de cette élection. Témoignages.

Emmanuel Macron élu, Marine Le Pen à la ramasse et l’abstention (34%) qui bondit au second tour de l’élection présidentielle chez les jeunes, les 18-24 ans ont déjoué tous les pronostics. Dès le premier tour, c'était la suprise : alors que la candidate Front national se voyait déjà rafler les voix des plus jeunes, c’est vers Jean-Luc Mélenchon que ces derniers se sont massivement tournés. Le candidat de la France Insoumise est en effet parvenu à réunir 30 % des jeunes votants, le 23 avril dernier.

Jeunes et déjà désabusés ?

« J’ai senti que c’était une campagne inédite. Au lieu de se retrouver dans une campagne avec deux candidats forts, on a vu cinq candidats de tous bords politiques se démarquer », avance Victoria, étudiante en journalisme à Lyon. Elle renchérit : « J’ai voté pour la France Insoumise au premier tour car je me considère comme faisant partie de cette jeunesse qui rejette la politique menée ces trente dernières années. »

Corentin, 21 ans et étudiant en économie à Paris, fervent supporter d’Emmanuel Macron rejoint le point de vue de cette dernière mais nuance toutefois son propos. Lui, voit dans le leader d’En Marche ! l’homme de la situation. « Les idées portées par Macron m’ont séduit. Je pense que son programme a les clés pour s’approcher du meilleur cap possible pour la France ces cinq prochaines années », argumente-t-il.

« Marre d’être pris pour des cons »

Comme Victoria, Grégoire, 20 ans en bac pro commerce, n’hésite pas à se décrire comme un peu lassé de la politique française.  Première élection ou non, le jeune homme n’a pas jugé utile de se déplacer jusqu’aux urnes à cette occasion. « Beaucoup de gens en ont marre d’être pris pour des cons ! Je n’ai pas voté mais c’est surtout une façon pour moi de montrer un certain ras-le-bol. Chaque fois les politiques promettent des choses et ne font rien. Ils veulent le pouvoir et ne se préoccupent jamais réellement des gens », estime-t-il.

Le Front national, un épouvantail… enfin presque

Contrairement à ce qu’annonçaient les sondages, les jeunes ne se sont finalement pas orientés en masse vers le FN. A en croire Corentin et Victoria, Marine Le Pen à l’Elysée était le dernier scénario souhaitable pour la France. « Il ne faut pas oublier que l’extrême droite est à nouveau arrivée au second tour et que sa présence se banalise. Il faut prendre ces résultats avec beaucoup d’humilité », avance Corentin. « Marine Le Pen à la tête de ce pays, c’était vraiment la pire chose que je pouvais imaginer », lâche Victoria.

Mais l’ensemble des 18-24 ans ne voit pas nécessairement le Front national comme un parti à bannir. Grégoire, malgré son abstention, reste dubitatif sur la question : « Honnêtement, si le FN était passé, ça n’aurait rien changé à ma vie. Cela aurait juste montré à quel point les Français sont désespérés. » Face à cette situation, le jeune homme originaire de Vienne dans l’Isère, semble convaincu que le FN aurait pu s'en sortir. « On ne sait pas au final ce qu’ils auraient pu faire et puis les médias ont beaucoup accentué la position extrême du parti », fustige-t-il.

Le casse-tête du vote utile

Si Corentin a pu, le 7 mai dernier, allier « vote utile et vote d’adhésion » en glissant dans l’urne un bulletin Macron, Victoria a, quant à elle, accompli son devoir de citoyenne avec beaucoup plus de réticence. « Je suis allée voter mais j’ai longtemps hésité à voter blanc, ne me retrouvant dans aucun des candidats. Pour moi, voter Macron était, certes, un vote utile mais surtout un moyen de faire barrière au Front national », confesse l’étudiante.  

D’autres n’ont même pas réussi à se diriger jusqu’aux bureaux de vote, notamment à cause de cette pression du vote utile. « Pourquoi devrais-je voter pour qui je hais le moins… ça fait limite viol politique », résume agacée Clémentine, 22 ans en BTS mode à Lyon. 

Les jeunes instrumentalisés par les candidats ?

Les 18-24 ans semblent en tout cas s’accorder sur un point : la place qui leur a été consacrée au cours de cette campagne présidentielle. Même s’ils applaudissent une plus large représentation des jeunes dans le débat politique, ces citoyens voient d’un mauvais œil la façon dont ils ont été « instrumentalisés » par les prétendants à l’Elysée. « Outil politique », « communication », « moyen de se donner une image dynamique », Corentin, Grégoire et Victoria ne sont pas dupes.

« Certains candidats parlaient beaucoup des jeunes mais ne proposaient rien de concret pour nous derrière », remarque Victoria. « A mes yeux, la question des jeunes est restée trop absente ou alors seulement évoquée sous l’angle de l’insertion professionnelle ou de la délinquance », regrette, de son côté, Corentin.  Tous attendent désormais qu’Emmanuel Macron fasse ses preuves.