Vendredi dernier, un étudiant de 22 ans s’est immolé par le feu devant le Crous de Lyon (Rhône). Le jeune homme, étudiant en sciences politiques, venait de perdre sa bourse et son logement du Crous après avoir triplé sa deuxième année de licence.

Depuis, partout en France, en signe de soutien et de protestation, des étudiants manifestent devant les CROUS (Centres Régionaux des Œuvres Universitaires et Scolaires) de France. Leur slogan ? « La précarité tue ».

Cet acte désespéré pose donc la question de la précarité financière des étudiants ; où en sont-ils ? Comment vivent-ils ? Quelles sont les conséquences ?

L’UNLY vient justement de publier une étude concernant l’égalité des chances dans l’enseignement supérieur. Menée auprès de 1556 étudiants sur l’été 2019*, elle met également en lumière le ressenti et les difficultés des étudiants, face au financement de leurs études, à la gestion d’un emploi étudiant…

Orientation-education a extrait certains des chiffres énoncés. 

D'après l'étude, en France, 20 % des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 1 026 € par mois). Un étudiant sur trois a déjà renoncé a un besoin primaire (nourriture, soinsà à cause d'un manque de ressources financières. D'ailleurs, cette précarité a déja fait envisager à 1 étudiant sur 5 l'arrêt de ses études.
 

* ces chiffres et données sont issu(e)s de l'étude UNLY d'après l'échantillon composé des 1156 étudiants interrogés.
 

Budget mensuel moyen et provenance des ressources
 

Le budget mensuel moyen d’un étudiant en France est de 715 € par mois. Ce budget provient de 3 sources principales : la famille, les revenus d'activités (job étudiant, emploi) et les aides sociales (APL, prime d'activité ...) La répartition entre les différents types de ressources varie fortement en fonction du contexte familial de l’étudiant. Pour les étudiants de familles aisées, la part du budget provenant de la famille avoisine les 40 %.

L'Observatoire national de la vie étudiante (OVE), avance quant à lui la somme de 887 euros (d'après sa dernière enquête de 2016, qui a exploité les réponses de 46.000 étudiants. L'aide de la famille correspond à 38% des ressources mensuelles selon cette enquête).

Pour les familles modestes, c’est moins de 10%, compensé par des bourses (qui représentent en moyenne 66 % des ressources mensuelles)

Les étudiants issus de familles modestes ont un budget mensuel inférieur d’au moins 10% à celui des autres étudiants. L’écart entre leurs ressources mensuelles et celles des étudiants dont les parents sont cadres monte à plus de 20 %. Un enfant d’ouvrier dispose en moyenne de 225 € de moins de budget par mois qu’un enfant de cadre. Cela sans prendre en compte tous les avantages et financements directs en provenance de la famille qui ne transitent pas par le compte de l’étudiant et n’ont donc pas été mentionnés dans les témoignages des étudiants.
 

Du côté de la banque
 

Saviez-vous que 13 % des étudiants ont contracté un prêt pour financer leur scolarité ? Le montant d’endettement est de 23 000 € en moyenne. Dans les établissements privés, ce sont 30 % des étudiants qui sont endettés pour un montant moyen de 31 000€.

Et dans plus d'un cas sur trois, les demandes de prêts reçues par les banques sont rejetées (31,6 %). Pour les familles les plus modestes, c’est 40 % des demandes de prêts qui sont refusées. Les motifs de refus ne sont pas explicitement présentés par les banques, mais dans la plupart des cas c’est le risque, et donc la solidité de caution qui est en cause.
 

Un job étudiant pour mettre du beurre dans les épinards
 

Pour contribuer au financement de leurs études, 51% des étudiants disposent d’une activité rémunérée. Cette activité peut prendre la forme d’un stage, d’un contrat d’apprentissage, mais souvent aussi d’un emploi salarié.

Plus d’1 étudiant sur 3 occupe un poste salarié : 1 sur 4 travaille pendant l’année scolaire, les soirs et weekends. En parallèle, 1 étudiant sur 5 est salarié pendant l’intégralité des vacances scolaires.

Parmi les étudiants qui ont un emploi, 51% d'entre eux déclarent qu’il leur est “indispensable pour vivre”.

Les autres évoquent des motivations telles que l’indépendance à l’égard de la famille, l’amélioration de son niveau de vie ou l’acquisition de l’expérience professionnelle.
 

Du côté de l'Etat

L'Etat consacre 5,7 milliards d'euros aux aides sociales pour les étudiants, soit " plus que le budget du ministère des Affaires étrangères », fait valoir le ministère de l'Enseignement supérieur.

Aujourd'hui, environ 40 % des étudiants à l'université (plus de 700.000) touchent une bourse sur critères sociaux.  Cette aide est accordée en raison de difficultés matérielles qui ne permettent pas aux étudiants d'entreprendre ou de poursuivre des études supérieures.

Les associations étudiantes (comme l'Unef ou la Fage) réclament de leur côté « un plan d'urgence de refonte des aides sociales pour répondre à la précarité ».

L'Unef souhaite notamment la revalorisation de 20% des bourses et l'ouverture du système à 100.000 étudiants supplémentaires.

Mise à jour : Le conseil d’administration du Cnous, sur proposition de sa présidente, Dominique Marchand, a annoncé le 28 novembre avoir voté en faveur du gel du montant des loyers 2020 « pour la totalité du parc des résidences Crous ».

Une décision prise « en plein accord avec le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation », et « de manière tout à fait exceptionnelle, alors que la réglementation prévoit que soit appliqué un indice de revalorisation des loyers. »

Ce gel représentera un montant de l’ordre de 6 M€.