Le gouvernement ne cesse de le répéter pour démontrer la réussite de Parcoursup : « C’est mieux que l’an dernier avec APB. » Une comparaison qui n’a pas lieu d’être, les deux plateformes ayant des fonctionnements et des calendriers différents. 

Depuis plusieurs jours, les ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur vantent les mérites de Parcoursup en comparant ses résultats avec ceux de son prédécesseur, Admission post-bac (APB). Le message qui ressort est toujours le même : à la même date l’année dernière, APB n’avait répondu à aucun candidat quand sur Parcoursup, de nouveaux inscrits reçoivent des réponses tous les jours.

« L’année dernière, à la même époque, à quinze jours du bac, personne ne savait où il irait dans l’enseignement supérieur », a ainsi déclaré la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal sur LCI, le lundi 4 juin. Elle reprend l’argumentaire utilisé la veille par le ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer sur BFM-TV : « Au moment où je vous parle, on arrive à 585 000 élèves qui ont reçu au moins une proposition, dont 200 000 ont déjà confirmé. Je rappelle que l’année dernière à la même date, c’était zéro. »

Calendriers différents

S’il peut sembler convaincant, cet argumentaire ne tient pourtant pas la route. Car comme le dit lui-même le ministre de l’éducation dans cette interview : « A la même date, APB n’était même pas entré en vigueur. » En effet, en 2017, les premières réponses d’APB ont été délivrées le… 8 juin

De fait, les deux plateformes répondent à des règles de fonctionnement différentes. Sur APB, les candidats classaient leurs vœux par ordre de préférence et les résultats étaient annoncés au cours de trois phases d’admission de cinq jours chacune : début juin, fin juin et mi-juillet. A chaque phase, les candidats recevaient une seule réponse : celle de la première formation de leur classement les ayant acceptés. Ils pouvaient y répondre « oui », « oui, mais », qui permet de bloquer cette place tout en maintenant leurs candidatures dans les formations mieux classées, « non, mais », qui signifiait un refus mais un maintien des candidatures dans les formations moins bien classées, et une « démission » de la plateforme et donc de toutes les candidatures.

Après chaque phase d’admission, APB entrait de nouveau en sommeil pendant quelques jours avant de faire de nouvelles propositions aux candidats restants, selon le même principe.

Fonctionnements différents

Cette année, Parcoursup ne propose plus qu’une seule phase, mais beaucoup plus longue, puisqu’elle s’étend du 22 mai au 5 septembre. C’est presque tout le fonctionnement qui est différent : les candidats ne classent plus les vœux, ils peuvent recevoir plusieurs réponses à la fois, de nouvelles propositions sont faites tous les jours et le délai de réponse n’est pas le même (sept, trois ou un jour selon le calendrier).

Avec cette configuration, les élèves les mieux classés par les formations du supérieur disposent de plus de choix que les suivants. Les premiers peuvent choisir leur affectation parmi plusieurs propositions, quand les autres doivent attendre des désistements avant de quitter les listes d’attente et de pouvoir choisir leur affectation définitive parmi les formations restantes.

Avec de telles différences dans le fonctionnement et le calendrier, comparer les données de l’un par rapport à l’autre est donc malhonnête, surtout aux dates auxquelles APB n’avait pas encore délivré ses premières réponses. 

Situations des candidats différentes

Outre les chiffres en eux-mêmes, il ne faut pas négliger les situations dans lesquelles se trouvent les candidats lors des phases d’admission. Car, si à la même date l’année dernière, aucun candidat n’avait en effet reçu de proposition, aucun candidat n’était non plus refusé ou en attente. Les phases d’admission n’ayant pas débuté, les lycéens n’étaient donc pas (encore) préoccupés par les résultats d’APB. A l’inverse, cette année, les candidats se connectent à la plateforme tous les jours depuis le 22 mai et les premières réponses. 

Reste que s’il est bancal, on peut aujourd’hui établir un état des lieux comparatif de Parcoursup par rapport à APB. 

Le 8 juin 2017, 652 980 de 864 324 candidats ont reçu une proposition de la part d’APB, soit 75,6 %. Cette année, ils sont 615 173 sur 812 053 à la même date, soit 75,7 %. De ce point de vue, les résultats sont assez similaires. Mais là encore, les différentes situations des candidats rendent les comparaisons malhonnêtes, sinon injustifiées. 

Parcoursup ne permet pas de mesurer la satisfaction des candidats

Car sans classement des vœux, impossible avec Parcoursup de connaître le taux de satisfaction des candidats ayant reçu une proposition. Sur APB, on pouvait en avoir un ordre d’idée : le 8 juin, 400 861 candidats avaient obtenu leur premier vœu, soit 46,4 % des inscrits. Cette année, les contestataires à Parcoursup appuient le fait que seuls les candidats ayant accepté une proposition peuvent être considérés comme satisfaits, soit, à ce jour, 298 432 personnes (36,7 %). Mais une fois de plus, cette mise en parallèle est sans fondement car elle ne s’appuie pas sur des données comparables.

Cette bataille de chiffres sera en outre pondérée par une donnée importante : le taux de réussite au bac, indispensable au passage dans l’enseignement supérieur. 

Au final, d’un point de vue purement statistique, on ne pourra comparer les deux systèmes qu’en septembre, quand la procédure de Parcoursup sera terminée. Et cela ne sera probablement possible que par des sondages, puisque Parcoursup ne collecte pas les préférences des candidats.