Alors que les inscriptions sur ParcourSup sont ouvertes depuis le lundi 22 janvier, de nombreuses voix s’élèvent contre plusieurs aspects de la réforme, notamment la sélection, et les soutiens se font rares.

Lundi 22 janvier, les inscriptions sur ParcourSup, la nouvelle plateforme d’admission à l’enseignement supérieur, ont débuté avec l’ambition affichée de supprimer le tirage au sort pratiqué par APB, son prédécesseur, et de garantir une place à chaque étudiant dans le supérieur. 

Un lancement dans un climat tendu, alors que les critiques de ses opposants (mais aussi ses soutiens) se multiplient. Sont notamment en ligne de mire : la sélection des étudiants, les attendus et le manque de moyen. 

Unis contre la sélection 

Sans surprises, les premières alertes sont venues de deux des plus farouches opposants à la réforme : l’Unef, deuxième syndicat étudiant du pays et le Snesup-FSU, première organisation des enseignants du supérieur, qui dénoncent une « sélection déguisée ». Ils sont rejoints par l’association des sociologues enseignants du supérieur (Ases). Dans une pétition ayant recueilli près de 5 000 signatures, elle parle d’une « sélection pure et simple qui frappera en premier lieu les élèves des classes populaires et petites classes moyennes ». 

Mais en plus de s’indigner d’une sélection représentant « la suppression de la liberté de s’inscrire dans l’établissement de son choix pour les lycéen-ne-s », les membres de  l’Ases annoncent au Monde qu’ils refuseront de « répondre aux injonctions d’une mise en œuvre d’une procédure prévue par une loi non encore votée ». Le projet de loi ne sera en effet examiné par le Sénat que les 7 et 8 février prochains. 

Les attendus divisent

Autre point de mécontentement chez les universitaires : les attendus. C’est une nouveauté de ParcourSup. Désormais, les universités publient sur la plateforme une liste de compétences ou connaissances recommandées pour accéder à telle ou telle formation. Si le profil du candidat ne correspond pas à ce qui est demandé, ParcourSup adressera la réponse « oui, si », synonyme d’accompagnement ou de parcours adapté obligatoire.

Problème : les universités n’ont pas toutes le temps ou les moyens de mettre en place ces dispositifs, selon Pierre Chantelot, co-secrétaire national du Snesup-FSU. Il indique au Télégramme que plus d’une vingtaine de motions ont été déposées par des personnels d’universités contre la mise en place des attendus locaux

Pas de panique, tente de rassurer la Conférence des présidents d’universités (CPU). En porte-parole, François Germinet déclare au Télégramme être « assez optimiste » et veut rappeler aux universités que ces parcours existent déjà, mais sont aujourd’hui facultatifs. 

Pro-réforme, la Fage prend ses distances

Comme la CPU, la Fage est une alliée du gouvernement dans la mise en place de cette réforme. Mais la première organisation étudiante semble prendre ses distances. Regrettant un « faible engouement » des universités dans la mise en place des parcours personnalisés, son président Jimmy Losfeld observe que « les universités ne semblent pas toutes avoir compris l’objectif de ces attendus : identifier les bacheliers en difficulté pour leur proposer des parcours d’accompagnement ». 

Concernant les critères de sélection, il s’alarme également de voir que « certains universités ne veulent prendre en compte que les notes au lycée. Or ce n’est pas le seul indicateur de réussite, il faut aussi apprécier la motivation, le progrès, etc. »

Opération de communication

Parmi les autres critères, l’avis du conseil de classe devrait aussi entrer en compte dans l’examen des dossiers des lycéens. Ce qui ne convient pas à la FCPE , l’une des principales organisations de parents d’élèves. « On est très loin d’une instance d’accompagnement pédagogique, déplore sa présidente Liliana Moyano. Par manque de temps, ces conseils se déroulent à la chaîne, avec au  mieux quelques minutes par élèves, des avis très arrêtés et des professeurs loin de l’orientation. »

« Si on veut orienter, on doit nous donner le temps », confirme Sophie Santraud, secrétaire fédérale à la Sgen-CFDT. Pour elle, obliger le conseil de classe à donner un avis pour chaque vœu de chaque élève n’est qu’une opération de communication destinée à « donner l’impression de changer ce qui fonctionnait déjà ». 

En somme, la réforme de l’accès au supérieur ne fait que « formaliser ce qui se faisait de façon disparate avant », explique la professeur de SVT, mais par un travail supplémentaire pour lequel les professeurs « ont besoin de temps ».

Journée de mobilisation le 1er février

Un autre manque semble être celui de l’argent. Car le fond de la contestation est moins la sélection des étudiants que le manque de moyen alloués à l’enseignement supérieur pour permettre aux établissements d’accueillir tout le monde. La CFDT estime qu’un investissement d’un milliard d’euros par an est nécessaire. Or, l’enveloppe prévue par la réforme est de 950 millions d’euros sur cinq ans. « C’est un premier pas qui n’interdit pas de demander plus », relativise le syndicat.

En attendant, acteurs et observateurs craignent de voir un problème en remplacer un autre. Comme le think tank L’Hétairie, qui parle dans une note publiée le 15 janvier d’un « risque de passer d’un système trouble à un système opaque. (…) Il y a fort à craindre que les usagers n’aient in fine guère plus confiance en Parcoursup qu’en APB. »

En conséquence de ces voix contestataires, des mouvements anti-sélection ont fleuri dans différentes facs, et plusieurs organisations syndicales (CGT, FO, Solidaires, FSU, SUD) et étudiantes (Unef, UNL, SGL) ont appelé à la mobilisation et à une journée de grève, le jeudi 1er février.