A l’heure où le ministère de l’enseignement supérieur se félicite des résultats de Parcoursup, des voix contestataires se font entendre et accusent la plateforme de discrimination. Un lycée de Seine-Saint-Denis était bloqué jeudi matin. 

« On a plus de deux semaines d’avance sur l’objectif initial qui était d’avoir deux tiers de réponses avant le bac », s’est félicité Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, lors d’un déplacement au rectorat de l’académie Aix-Marseille, jeudi 31 mai. Depuis l’ouverture de la plateforme, environ 70 % des jeunes ont reçu une réponse sur la plateforme Parcoursup.

Discriminations géographiques

Ce discours victorieux, partagé par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale, ne convainc pas tout le monde. Cette semaine, plusieurs voix se sont élevées, soupçonnant Parcoursup de discrimination. 

Selon une enquête du syndicat Sud-Education, les établissements des départements défavorisés auraient plus de candidats en attente et sans réponse que la moyenne nationale. Elle prend l’exemple du lycée Paul Eluard, à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis (93). Le 22 mai, 65 % des candidats de ce lycée n’avaient pas de propositions, contre environ 50 % à l’échelle nationale. Une semaine plus tard, ils étaient encore 56 % à Paul Eluard, contre 33 % en moyenne sur toute la France. 

Elus et syndicats réclament plus de transparence

A travers cette enquête, Sud-Education redoute que « Parcoursup porte particulièrement préjudice aux lycéen.n.es du 93 et des départements les plus défavorisés ». Un constat également observé par le syndicat SNESUP-FSU qui accuse sans détour Parcoursup d’être « discriminatoire ».

Ces statistiques ont interpellé Stéphane Troussel, président du département de la Seine-Saint-Denis, qui a adressé une lettre ouverte à Frédérique Vidal à ce sujet. D’autres élus, comme Laurent Russier, maire de Saint-Denis, Meriem Derkaoui, maire d’Aubervilliers, George Pau-Langevin, députée (NG) de Paris et ancienne ministre et Eric Coquerel, député (LFI) du 93 ont également apporté leur soutien aux contestataires. Ce dernier était d’ailleurs présent au lycée Paul Eluard, jeudi matin, lors du blocage organisé par une dizaine de lycéens mobilisés. 

Le gouvernement dément toute discrimination

Du côté du gouvernement, ces allégations sont fermement démenties : « Evidemment que le but de Parcoursup n’est d’accentuer les inégalités sociales, au contraire ! » a martelé Jean-Michel Blanquer, mercredi matin au micro de France Culture. Le ministère de l’enseignement supérieur rappelle quant à lui que l’algorithme national modifie les classements établis dans les formations en appliquant les quotas d’élèves boursiers. 

« La loi ORE s’inscrit résolument dans une perspective de démocratisation réelle de l’enseignement supérieur en instaurant le principe de taux minimum de propositions faites à des boursiers, et ce dans toutes les formations, a rapelé le ministère à Libération. Or, les boursiers du secondaire sont surreprésentés dans les quartiers dits « difficiles » depuis de nombreuses années. » 


« Secret des délibérations des jurys »

Il n’empêche, que l’algorithme national (rendu public par le gouvernement le 21 mai, soit la veille des premiers résultats) augmente le nombre de boursiers dans les formations ne répond pas à la question initiale : les établissements ont-ils utilisé le lycée d’origine comme critère de sélection ou de classement des candidatures ? Les statistiques l’indiquent, le ministère dément. Pour en avoir le cœur net, l’association Droits des lycéens, qui était parvenu à faire publier un algorithme partiel d’APB en 2016, devrait récidiver et demander la publication de « chaque algorithme (informatisé ou non) local », selon Le Monde

« Nous saluons cet effort inédit de transparence au ministère, mais en 2018, c’est sur les algorithme locaux qu’il faut communiquer », précise le président de l’association Hugo Collin-Hardy. Si pour lui, « la nécessité d’une transparence n’est pas seulement légale, elle est aussi morale », la demande de Droits des lycéens risque d’être compromise par un alinéa de la loi ORE assurant le « secret des délibérations des jurys ». Aussi, selon la loi, seuls les candidats refusés ont le droit de savoir pourquoi ils l’ont été.  

Des inégalités selon les filières

Si ces interrogations existent aujourd’hui, c’est que les lycées où sont scolarisés les candidats sont désormais renseignés sur leurs dossiers. Auparavant, seules quelques formations sélectives avaient accès à cette information. Et si l’algorithme national révise les classements établis par les établissements du supérieur, rien dans les faits n’interdit à ceux-ci d’utiliser le lycée d’origine comme critère

Mais si l’enquête menée par Sud-Education lève aujourd’hui des soupçons, le syndicat reconnaît lui-même que son échantillon (environ 300 établissements) est trop faible pour tirer des conclusions. « Sans croiser ces informations avec la filière, cela ne veut pas dire grand-chose et nous n’avons pas assez de réponses pour fournir des informations exploitables croisant filières et départements », indique Leïla Frouillou, maître de conférence en sociologie à l’université Paris-Nanterre.

Les filières sont elles aussi au cœur du débat, puisque selon le syndicat, la part de candidats n’ayant reçu aucune réponse positive mercredi était de 62 % en série professionnelle et 61 % en série technologique, contre 48 % en filière ES, 46 % en S et 41 % en L. Syndicats et élus ne satisferont pas de démentis, et la revendication restera la même : « Nous exigeons la publication régulière par la ministère des résultats par filière et par département. »