Bien que le niveau de français ne soit pas fameux à la fin de la scolarité, il s'améliore nettement quand vient le temps de chercher un premier emploi. Et pour cause : peu importe la richesse de votre CV, une faute d'orthographe peut vous être fatale. Heureusement, il n'est jamais trop tard pour s'améliorer.

« En orthographe, tout se joue très tôt, mais il n’est jamais trop tard. » La devise du Projet Voltaire a de quoi rassurer bon nombre de lycéens et étudiants. D’après les derniers chiffres du baromètre, les moins de 18 ans ne maîtrisent que 43,7 % des règles d’orthographe, soit 36 règles sur les 84 censées être acquises au collège. Mais ce niveau s’améliore ensuite avec l’âge. A la sortie de leurs études, les jeunes maîtrisent une règle sur deux et près de 60 % des règles à partir de 50 ans. 

Ce « déclic » s’expliquerait par une prise de conscience des jeunes lorsqu’ils s’apprêtent à entrer sur le marché du travail : « Les fondamentaux sont acquis plus tard. A partir de 25 ans, ils se rendent comptent de l’importance du français et ils acquièrent plus de choses », assure Julien Soulié, formateur en orthographe au Projet Voltaire. Des efforts nécessaires donc, surtout face à des recruteurs de plus en plus exigeants.

Des fautes qui en disent long sur la personnalité

Qu’il s’agisse d’une faute d’accord, d’une faute de frappe ou de syntaxe, rien n’échappe aux yeux des recruteurs. Car l’oubli d’un -s sur un CV ou une lettre de motivation n’est pas considéré comme une petite erreur d’inattention. Au contraire, cet oubli donne immédiatement au recruteur l’opportunité de juger la personnalité des candidats. 

Manque de sérieux, manque de rigueur ou manque de motivation, une simple faute d’orthographe peut vite être perçue comme de l’irrespect envers le recruteur. « Cela donne l’impression qu’ils postulent à la chaîne et qu’ils ne font pas attention à ce qu’ils envoient, affirme Marie Kuntz-Huet, consultante en ressources humaines (RH), les fautes font partie des premières choses que regardent les recruteurs, c’est trop important pour être négligé. »

Les candidats triés en fonction de leurs fautes

D’ailleurs, pour certains d’entre eux, les fautes sont rédhibitoires. D’après la responsable RH, beaucoup de ses collègues ne prennent pas la peine de lire le CV s’ils trouvent une faute dans le mail. Y compris si les candidats se sont trompés de destinataire. A force d’envoyer de nombreuses candidatures en même temps, les étudiants finissent par confondre les adresses mail, ce qui n’est pas du goût des recruteurs. « Il m’arrive souvent de recevoir des mails qui ne me sont pas adressés, ce n’est pas très agréable et c’est aussi un signe d’inattention du candidat. »

Aujourd’hui, pour certaines entreprises, l’orthographe est même devenue un mode de sélection. Pour éviter d’avoir à faire un premier tri, certaines sociétés n’hésiteraient pas à utiliser des logiciels pour filtrer les fautes d’orthographe dans les mails. « Et dès qu’il y en a, c’est direction la corbeille », assure la consultante. 

Beaucoup (trop) de fautes d’inattention

Car des fautes, il semble que les jeunes en fassent beaucoup trop. Parmi les plus courantes, la conjugaison d’un verbe au conditionnel ou au futur. « Chaque semaine, nous recevons environ 600 questions pour savoir s’il vaut mieux écrire "je serai ravie de vous rencontrer" ou "je serais ravie de vous rencontrer" », constate Julien Soulié. Autre grande interrogation (450 par semaine) : "merci par avance" ou "merci d’avance". « Toutes ces fautes concernent le milieu professionnel », reconnaît le formateur.

En revanche, d’autres erreurs sont quant à elles beaucoup plus basiques. « Les plus fréquentes ? Un -a avec accent ou sans accent, confondre "et" avec "est" et les fautes d’accord », analyse la responsable RH. Les fautes s’adaptent aussi aux nouvelles méthodes de recrutement : « Les mails ont remplacé les lettres de motivation, on voit donc beaucoup plus de fautes dans les ‘ci-joint’ qui prennent des -s alors que c’est un mot invariable. » 

Un conseil pour améliorer son niveau : « Redevenir feignant »

Des fautes d’inattention qu’il serait pourtant facile de corriger. Pour Cendrine Lebar, orthophoniste, les règles apprises en primaire sont trop compliquées, il faut donc trouver d’autres astuces pour écrire de façon correcte et sans avoir à réfléchir. « Lorsqu’on hésite entre "et" et "est", il suffit de le remplacer par "et puis", en deux mots, si ça marche alors c’est "et", en deux lettres », détaille la coach en orthographe.

Concernant la syntaxe, importante dans des lettres de motivation, il faut rester à la fois précis et concis. « Eviter les phrases trop longues avec des "qui" et des "que", c’est le meilleur moyen de se tromper parce qu’on ne sait même plus où est le sujet, le COD… » La spécialiste conseille aussi de s’exercer à remplacer des mots par d’autres plus précis et adaptés à chaque situation pour enrichir son vocabulaire et ainsi améliorer sa manière d’écrire.

Accorder de l’attention au recruteur

Parvenir à se corriger c’est une chose, mais pour la responsable RH, une autre règle d’or s’impose lorsqu’un étudiant postule à une offre d’emploi : la rigueur. Faire corriger, relire et ré-écrire. Le CV et la lettre de motivation se travaillent comme un vrai projet professionnel.  « Cela demande du temps mais au moins, on sait pourquoi on postule vraiment, c’est plus sérieux », insiste-t-elle. « Mieux vaut envoyer quelques CV parfaits qu’en envoyer des centaines parce qu’on a plus de chances de se tromper », avertit Marie Kuntz-Huet.

En privilégiant les mails, les étudiants doivent aussi penser à leurs interlocuteurs. « Il ne faut pas oublier que cette démarche est un échange humain : lorsqu’on rédige sa candidature, il faut penser à son interlocuteur, lui accorder toute l’attention qu’il mérite et qu’on souhaiterait aussi avoir en retour », conclut la consultante RH. Un sans-faute, des formulations respectueuses et un peu de bon sens seraient donc les clés pour postuler en toute sérénité.