Le master professionnel est le symbole du rapprochement des universités et des entreprises.

Le master pro : diplôme phare des universités

Si l'université est un haut lieu de recherche, elle forme aussi des jeunes diplômés prêts à l'emploi. L'avènement du master professionnel en est la preuve. Ce diplôme est le symbole du renouveau des facultés françaises engagées avec la Loi relative aux responsabilités des universités (LRU) en 2008.

Aux côtés de son alter égo recherche, il est l'autre diplôme phare de niveau I de l'université française. Une suite logique de la licence pour les étudiants souhaitant acquérir une formation pointue en vue d'intégrer le marché du travail. Et cette mission maintes fois mise en avant par le ministère de l'enseignement supérieur attire de plus en plus de candidats. Un vrai succès : entre 2007 et 2010, les demandes d'inscriptions ont augmenté de près de 15 %. Cet afflux massif d'étudiants s'explique aussi par un effort conséquent des facultés dans la création de nouvelles filières couvrant un très large panel de professions.

Un modèle de coopération

Le rapprochement universités entreprises

Pour déterminer les formations qu'elles allaient devoir développer, les universités ont dû se rapprocher des entreprises, une démarche auparavant inhabituelle. Pourtant, c'est grâce à ces nouveaux liens tissés avec le monde économique qu'elles ont pu se rénover et rapprocher leurs formations des réalités du terrain. En moins d'une dizaine d'années, l'université française a créé avec les représentants du monde économique et social plus de 2 500 masters professionnels.

"Depuis très longtemps, les enseignants-chercheurs sont en contact avec des professionnels. Ils travaillent à leurs côtés dans les laboratoires et connaissent bien leurs problématiques. Mais ce n'est que depuis quelques années que ce réseau est utilisé pour rendre l'université plus compétitive et plus professionalisante", explique Philippe Lalle, professeur et ancien vice-président à la formation de l'université Lyon 1 Claude Bernard. Désormais, les acteurs économiques participent activement au développement de la formation universitaire.

Un diplôme évolutif

Chaque master dispose d'une équipe de formation qui se réunit régulièrement pour réfléchir aux évolutions possibles. Elles débattent sur les éventuelles modifications nécessaires des contenus des programmes, à de nouvelles méthodes pédagogiques et préparent également les maquettes d'habilitation des formations. Elles sont désormais composées d'enseignants, d'étudiants et de professionnels.

Aujourd'hui, de nombreuses universités demandent à leurs entreprises partenaires les compétences qu'elles estiment nécessaires pour les jeunes diplômés. Ainsi, les enseignants recoupent ces informations avec le référentiel de connaissances théoriques indispensables à l'obtention d'un niveau master universitaire. "Il est devenu indispensable d'aborder la formation avec une vision académique et professionnelle, surtout concernant les master pro, prévient Marc Vauquier, professeur de sociologie à l'université de Limoges, les professeurs ne sont pas complètement coupés des réalités économiques mais le monde actuel évolue très vite et la participation des professionnels dans le processus de réflexion pédagogique rend les universités plus réactives".

Place à l'application de la théorie

La pratique au coeur de la formation

Ce discours est de plus en plus entendu dans les couloirs de la fac, surtout chez les professeurs de masters professionnels. "Il y a encore certains collègues qui restent un peu trop académiques. S'attachant toujours autant à la mission universitaire de former des chercheurs, ils s'appuient encore beaucoup sur le cours magistral. Mais les enseignants de master professionnel sont certainement les plus innovants", affirme Philippe Lalle. En effet, les méthodes pédagogiques en cours dans les masters professionnels sont très modernes et évoluent chaque année.

Si la théorie est toujours très présente au sein des formations, les cours magistraux perdent peu à peu du terrain face aux exercices pratiques : "On ne peut pas attendre d'un étudiant qu'il soit opérationnel à la fin de son diplôme si il n'a fait qu'apprendre par coeur des méthodes sans presque jamais les appliquer", insiste Marc Vauquier. Les professeurs de masters pro semblent avoir entendu les arguments de leur collègue.

Le master pro en alternance

En quelques années, la formule des études en apprentissage a su conquérir l'enseignement supérieur jusqu'à se hisser au niveau bac+5. A l'université, ce sont les masters professionnels qui sont le plus concernés par l'alternance, encore mal perçue dans les filières estampillées recherche.

Les cours eux-mêmes ont évolué sous l'impulsion de professeurs souhaitant rendre les programmes plus pratiques et dynamiques. Marc Vauquier propose par exemple à ses étudiants de travailler tout au long de l'année sur un projet concret, inspiré des réelles problématiques des entreprises : "Certains de mes étudiants ont réalisé une étude précise sur l'évolution des besoins des nouvelles générations en termes de service bancaire. Leurs travaux ont impressionné un grand groupe du secteur qui en a d'ailleurs embauché deux".

A Claude Bernard, Philippe Lalle relate d'autres expériences du même acabit : "Les étudiants de masters pros sont de plus en plus amenés à travailler dans des conditions proches de celles d'une entreprise et ce au sein même de l'université".

Les méthodes d'apprentissage universitaires ne sont plus figées. Elles visent de plus en plus à préparer l'étudiant au monde du travail, que ce soit en entreprise ou en laboratoire. Pour ce faire, elles avouent s'inspirer du modèle des grandes écoles de management et d'ingénieurs. Comme les interventions de plus en plus fréquentes d'intervenants professionnels dans les salles de classes : "Elles sont encore trop rares dans les masters de recherche mais les masters pro assistent de plus en plus à des conférences de spécialistes de grandes entreprises. Ces derniers viennent aussi bien présenter leur activité, leurs métiers que pour débattre de sujet d'actualité et des dernières innovations de leurs secteurs", constate l'ancien vice-président de l'université lyonnaise.

Mais rien ne vaut une immersion totale dans l'univers entrepreneurial pour se préparer à la vie active. Ainsi, quand les étudiants des masters recherche vont faire leur stage dans les laboratoires, les masters professionnels prennent le chemin de l'entreprise. Dans les deux cas, le stage se déroule sur une durée minimum de deux mois mais la moyenne s'établit le plus souvent aux alentours de quatre mois. "Cette expérience est essentielle pour les étudiants de master professionnel. Ils s'apprêtent à intégrer une entreprise dans l'année qui suit et le stage leur permet de mieux découvrir les codes du monde de l'entreprise", assure Marc Vauquier. Le plus, les stages font désormais partie intégrante des politiques de recrutements des entreprises.

Objectif insertion

Ainsi, les stagiaires se voient de plus en plus fréquemment proposés une embauche ferme à l'issue de leur formation. Une opportunité exceptionnelle pour l'université de faire grimper ses chiffres sur l'insertion professionnelle, désormais l'une de ses mission prioritaires.

Dans la même optique, les universités délivrent depuis peu des Unités d'Enseignement (UE) projet professionnel obligatoire dès la licence. "Les étudiants les plus jeunes se montrent moyennement intéressés par ces UE mais pour les masters souhaitant intégrer une entreprise à la fin de leur formation, c'est l'occasion de mieux préparer leur insertion professionnelle", prévient Patrick Porcheron, ancien vice-président formation de l'université Pierre et Marie Curie (UPMC).

Au programme, des simulations d'entretiens d'embauches, des conseils sur la réalisation de CV et de lettre de motivation et sur les méthodes de recherche d'emploi. "A Claude Bernard, ce sont souvent des intervenants professionnels extérieurs qui s'occupent de ces enseignements car ils sont encore les mieux placés pour en parler. Ça permet également aux étudiants de nouer de nouveaux contacts avec les professionnels, avance Philippe Lalle, pour l'instant, cela n'existe pas dans les masters de recherche mais je compte bien élargir le dispositif".

Le master professionnel est un parfait exemple de la professionnalisation de l'université mais la marge de progression est encore grande. "Notamment sur le plan pédagogique, nous devons développer davantage l'apprentissage par projet comme le font déjà très bien les écoles d'ingénieurs, avoue Patrick Porcheron de l'UPMC, On est trop longtemps resté arcbouté sur une notion du travail très théorique et un peu pratique en faisant l'erreur d'oublier de stimuler la créativité de nos étudiants".

Une sélection relevée

La sélection pour entrer en Master 2 professionnel est sévère, avec seulement 10 à 25 % des candidats admis. Les mentions "Bien" de licence et de M1 sont appréciées, mais ne suffisent pas toujours. Les stages de M1 et le projet professionnel entrent également en compte lors de l'entretien de motivation. Le jury vérifie que l'étudiant connaît le secteur professionnel et les métiers auxquels il souhaite se former (master à finalité professionnelle).

Validation des études

L'évaluation s'effectue par le contrôle continu, des examens semestriels ou une combinaison des deux modalités. Le master ne peut être délivré qu'après validation de la maîtrise d'au moins une langue vivante étrangère. Il est validé par 120 crédits ECTS (60 pour le M1 et 60 pour le M2, dont 8 pour le stage).