L’annonce du Plan étudiants a fait réagir les syndicats, qui sont majoritairement méfiants, voire opposés aux mesures annoncés. 

C’est un mot banni de leur vocabulaire. Lors de la présentation du « Plan étudiants », les ministres présents ont soigneusement évité de parler de sélection à l’université. « Je n’ai pas et je n’ai jamais eu peur du mot sélection, mais ce n’est pas ce que nous proposons », a même assuré le Premier ministre Edouard Philippe.

Vocabulaire qui fâche

Dans les faits, les universités proposant des filières en tension, dans lesquels le nombre de demandes est supérieur au nombre de places disponibles, pourront pourtant prioriser des dossiers par rapport à d’autres, et choisir les étudiants les plus motivés et aux parcours les plus adéquats. Autrement dit, elles auront la possibilité de sélectionner les étudiants qui rejoindront leurs amphithéâtres.

Si cette mesure ne s’appliquera que dans ces cas précis et restera minoritaire dans l’enseignement supérieur français, elle représente un symbole fort. A travers elle, c’est la notion même de droit à la poursuite d’études pour tous qui est mise à mal. C’est pourquoi le gouvernement se défend d’utiliser un vocabulaire qui fâche. Mais les lycéens et les étudiants ne sont pas dupes, et la quasi majorité ont répondu de manière très critique à cette réforme. 

« L’hypocrisie du gouvernement »

La plupart des grands syndicats lycéens sont montés au créneau. Valentin Heitzler, président de la Fidl, dénonce à RTL.fr « l’hypocrisie du gouvernement », qui propose « bien une forme de sélection ». « Il y a la volonté d’enlever une partie des élèves des bancs de la faculté, or, la sélection est une forme de discrimination », ajoute-t-il. 

Même son de cloche du côté de la SGL, qui a tweeté à la suite de l’annonce du Plan étudiants que « le gouvernement cache sous des ornements l’arrivée de la sélection à l’université, injuste et intolérable ». L’UNL – La voix lycéenne estime quant à elle que « le problème des filières en tension n’est toujours pas résolu » et pense que « les élèves sans affectation dû à un manque de places seront redirigés vers une filière imposée et se verront soumis à une orientation forcée ».

Les syndicats lycéens unis contre la sélection

Rappelant que les bacheliers pro et techno seront « les plus touchés par cette réforme », le syndicat a du mal à se réjouir des autres mesures, « louables mais insuffisantes ». Pour l’UNL, la nomination de deux profs principaux, la mise en place de deux semaines de l’orientation et la création d’une application d’échanges ne remplaceront pas « l’accompagnement humain (…) nécessaire à la construction d’un parcours d’orientation ».

Les nouvelles affectations du conseil de classe, qui pourra désormais conseiller les élèves de terminales et donner un avis sur leurs vœux d’études sont également prises avec prudence. « On ne peut pas décider de l’avenir d’un élève en cinq minutes en conseil de classe », met en garde Valentin Heitzler.

L’Unef et Solidaires vent debout

Chez les étudiants, les voix sont un peu plus mitigées. « Le gouvernement permet une sélection à l’entrée de la licence au lieu de prendre ses responsabilités en terme de financement des universités », écrit Solidaires-étudiant-e-s dans un communiqué. Regrettant ainsi de voir « une sélection officielle » s’ajouter à « la sélection par l’échec due au manque de places et de moyens », le syndicat estime que « pour former correctement les étudiants, c’est plus de 3 milliards d’euros par an qu’il faudrait ». Or, le Plan étudiants prévoit une enveloppe d’un milliard d’euros sur cinq ans. 

Ce sentiment est partagé par l’Unef, pour qui « le gouvernement fait le pari du découragement des lycéen.nes ». Le deuxième syndicat de France craint de voir le nombre de filières en tension augmenter suite à cette réforme : « Face au manque de moyen et à la hausse des effectifs étudiants cette situation va s’accroître pour la rentrée 2018. A court terme, ce sont ainsi la majorité des filières qui pourront être concernées. »

La Fage méfiante mais satisfaite

Comme Solidaires, l’Unef s’oppose à « toute forme de sélection dans la réforme du premier cycle universitaire ». La sélection est également un sujet qui inquiète la Fage : « Le manque de capacité d’accueil ne saurait justifier une sélection sur dossier », alerte-t-elle. 

Le premier syndicat étudiant du pays se montre toutefois plus réceptif que les autres, puisqu’il « salue une réforme ambitieuse qui contribue à concrétiser la démocratisation de l’accès et de la réussite dans les études supérieures ». La Fage se réjouit notamment du rattachement des étudiants au régime général de la sécurité sociale, qui était l’une de ses revendications historiques. 

Malgré tout, elle « exige la mise en place d’un plan d’urgence pour rehausser les capacités d’accueil des établissements concernés ». Le terme « plan d’urgence » est par ailleurs partagé par Solidaires.

L’UNI, seule déçue de l’absence de sélection

Enfin, l’UNI, syndicat étudiant marqué à droite, se désolidarise de ses confrères. S’il pense également que la réforme n’est pas à la hauteur, c’est parce qu’elle n’est pas allé assez loin. « Le gouvernement a eu peur du mot sélection », explique Olivier Vial, son président, à Challenges. Lui souhaitait généraliser la sélection, et regrette que « les filières hors tensions continueront finalement à accueillir tout le monde, sans condition ».

A travers la voix de son président, l’UNI réclame elle aussi plus de moyens dans le supérieur, mais n’est pas favorable à l’augmentation de places dans les filières en tension. Au contraire : « Il fallait réduire les places dans les filières surchargées qui ne donnent pas de débouchés pour les étudiants qui s’y précipitent. »