Entre 2013 et 2016, les licenciements d’enseignants stagiaires auraient doublé selon un document du ministère de l’Education nationale. Un constat qui remet en question l’accès à la profession d’enseignant.  

« Il faut aller à la rencontre de ces ex-stagiaires pour savoir ce qui ne leur a pas convenu et apporter des modifications au concours, au processus de mutation ou à la formation, ou aux trois », propose auprès dEducPros Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa, syndicat enseignant. Une réaction qui fait suite à la divulgation d’un document du ministère de l’Education nationale concernant les renvois d’enseignants stagiaires entre 2013 et 2016.

« 1% sur 15.000 ce n’est pas si énorme que ça »

Le constat est sans appel : les licenciements de ces jeunes enseignants en voie de titularisation a doublé en l’espace de trois ans. Ainsi, selon le rapport que s’est procuré Educpros, sur 9.000 stagiaires en 2012-2013, 44 étaient licenciés après leur première année de stage et 79 après la seconde. En 2015-2016, ces chiffres grimpent respectivement à 144 et 189, sur 15.000 personnes toutefois.

Cette augmentation se traduit donc par une part de licenciement passant de 0,5% à 1% pour les enseignants en première année de stage. Des résultats que Jacques Ginestié, président du réseau national des Espé (École supérieure du professorat et de l'éducation) tend à minimiser : « 1% sur 15.000 personnes, ce n’est pas si énorme que cela », assure-t-il à EducPros.

Un enseignant stagiaire, qu’est-ce que c’est ?

Les enseignants stagiaires sont en fait des étudiants ayant réussi leur concours, qui, en parallèle de leur master 2 MEEF à l’université commencent à enseigner par le biais du statut de fonctionnaire stagiaire en responsabilité. A la fin de cette année de stage, si l’étudiant n’obtient pas un avis favorable à sa titularisation, une deuxième année de stage lui est alors proposée.

Un passage obligé pour les jeunes enseignants jugé très pesant par les syndicats. « L'année de stage est très lourde. Les stagiaires en difficulté se retrouvent dépassés et n'ont pas le temps de se reprendre », déclare Alain Billate du SNES (Syndicat National des Enseignants de Second degré). Et pour cause, il y a quelques semaines, les enseignants stagiaires à l’Espé de Grenoble s’étaient sensiblement mobilisés pour dénoncer leur surcharge de travail.

Hausse des démissions

Si les motifs de licenciements restent relativement classiques (difficultés autour de la didactique, de la gestion de la classe ou de la pédagogie), ce document témoigne aussi des difficultés pour les futurs enseignants titulaires d’accéder à la profession. Le nombre de démissions des enseignants stagiaires, en hausse, vient le rappeler. Ces dernières sont passées de 1,9 % à 2,8 % pour les stagiaires du premier degré et de 1,4 % à 1,7 % pour ceux du second degré entre 2014-2015 et 2015-2016.

« Le mi-temps entre responsabilité en classes et préparation du master fait que les gens sont tellement sous tension qu'ils échouent », justifie Stéphane Crochet (SE-Unsa) à Educpros. De son côté, Jacques Ginestié s’inquiète : « Nous n'avons pas beaucoup d'éléments pour comprendre cette hausse ».

Un concours pas assez sélectif ?

Ces données interrogent par ailleurs sur la nature du concours enseignant. Est-il assez formateur pour permettre aux futurs profs d’être jetés tout de suite dans le grand bain en parallèle de leurs études ? Est-il assez sélectif ? Des questions auxquelles tente de répondre Stéphane Crochet : « Nous entendons beaucoup de stagiaires expliquer qu’ils ont un choc lors de leur stage. Le concours devrait mieux refléter la réalité. » Il ajoute : « Plus on est en difficultés de vivier, plus on recrute des gens qui ne répondent pas aux attentes. »