La nouvelle génération de jeunes actifs se serait « habituée » à la précarité de l’emploi, suite à la crise financière de 2008.

Même s’ils sont presque deux fois plus inquiets que la génération précédente, les jeunes actifs se seraient, semble-t-il, « habitués » à la précarité. C’est l’une des analyses des auteurs de l’enquête de la Céreq. « Tout se passe comme si ces jeunes avaient intériorisé la situation durablement dégradée du marché du travail et ne s’inquiétaient pas de l’absence de perspectives professionnelles qu’elle pourrait impliquer », résument les auteurs. 

Quand la précarité devient banale

En effet, après avoir passé cinq ans dans la vie active, 77 % des jeunes, sortis du système éducatif en 2010, se disent optimistes quant à leur avenir professionnel. C’est légèrement plus qu’en 2013, où 72 % de ces jeunes se disaient optimistes, trois ans après avoir commencé à travailler. 

Pourtant, la plupart de ces jeunes ont connu plus de difficultés à s’insérer dès leur entrée dans la vie active. Trois ans après, 68 % d’entre eux ont un emploi, quant 82 % de la génération 1998 en avait un à la même période. De même, 59 % de la génération 2010 possède un emploi stable, alors qu’ils sont 64 % pour la génération précédente. Même si la situation professionnelle de la génération 2010 est donc plus précaire que la génération de 1998, les jeunes imaginent, au contraire, qu’ils ont plus de chances d’améliorer leurs conditions professionnelles que leurs ainés.

Situation des jeunes face à l'emploi © Céreq Situation des jeunes face à l'emploi © Céreq

Le diplôme ne garantit pas l’optimisme des jeunes

D’après les auteurs, la nouvelle génération aurait aussi davantage conscience des réalités. Lorsque les jeunes sont saisonniers ou intermittents du spectacle, l’enchaînement des contrats aidés ou précaires sont perçus comme « un mode ‘normal’ d’intégration au marché du travail »

Cependant, le niveau d’inquiétude reste toujours plus élevé pour les jeunes chômeurs. En 2015, 42 % des chômeurs s’inquiètent, alors qu’ils ne sont que 31 % parmi les jeunes en situation précaire et 16 % parmi ceux ayant un emploi stable. « La formation est donc plutôt vécue comme un investissement rassurant pour l’avenir professionnel », estiment les auteurs de l’enquête. 

Phénomène plus surprenant, les jeunes intégrés à l’entreprises depuis plusieurs années montreraient plus de signes d’inquiétude : « La durée passée en emploi serait vécue non pas comme une situation privilégiée, mais comme une stagnation, sans perspective d’accès à une situation plus avantageuse. »

Le diplôme, quant à lui, même s’il ne garantit pas un emploi stable, peut également influencer l’optimisme des jeunes. Les diplômés d’école de commerce ou d’ingénieur seraient moins inquiets que les jeunes non-diplômés. Cependant, les diplômés d’un CAP, d’un BEP ou d’une licence générale se disent également plus optimistes que les doctorants. « Les conditions d’emploi et les perspectives professionnelles ont alors un effet bien plus important », affirme les auteurs.

Les femmes toujours plus inquiètes

Mais le niveau d’inquiétude ne dépend pas seulement de la stabilité de l’emploi. Un tiers des jeunes sont inquiets car leur « chance d’accéder à l’emploi souhaité est faible ». La moitié estime aussi que les « perspectives d’évolution professionnelle sont bouchées ». La crainte de perdre ses conditions de travail et de salaire (56 %), ou tout simplement, voir son emploi menacé (38 %) sont également des sources d’inquiétude pour les jeunes.

L’enquête montre également que l’inquiétude est propre à chaque individu. Les femmes, par exemple, restent toujours plus pessimistes que les hommes, « alors même qu’elles ont un meilleur parcours scolaire ».  Les jeunes vivant seuls, chez leurs parents, ou ceux sans ressource financière sont également plus inquiets.

Au contraire, avoir exercé des « fonctions d’encadrement », avoir bénéficié d’une promotion ou travailler en Ile-de-France protège les jeunes de l’inquiétude face à l’emploi.


* Etude du Céreq, publiée le 1er février 2018, réalisée sur des jeunes sortis du système éducatif en 1998 et en 2010