Le 28 juin, la ministre de la santé, Agnès Buzyn a dévoilé sa feuille de route pour réduire le nombre de suicides chez les jeunes. Stage, plateforme d’écoute, campagnes de prévention : au total, 37 actions sont envisagées.

« Il n’y a pas de santé sans santé mentale », a martelé la ministre lors de l’ouverture du comité stratégique de la santé mentale et de la psychiatrie. Depuis toujours considérées comme « les parents pauvres » des politiques de santé, les maladies mentales pourraient bien revenir au cœur des ambitions du gouvernement. Prévenir, écouter, rassurer et aider, les objectifs d’Agnès Buzyn sont clairs : il faut « changer le regard sur la santé mentale ». Notamment auprès des jeunes, un public particulièrement sensible aux troubles psychiques.

1,5 million de jeunes ont besoin d’un suivi psychologique

« En priorité, je souhaite agir en faveur des jeunes afin de leur donner des outils pour préserver leur santé mentale et pour augmenter les chances de rétablissement de ceux touchés par un trouble psychique », a annoncé la ministre. En effet, 80 % des troubles mentaux se déclarent entre 15 et 20 ans. Au total, ce sont près d’1,5 million de jeunes âgés de 10 à 20 ans qui auraient besoin d’un suivi ou de soins psychiatriques selon le ministère. 

Une détresse psychologique qui peut parfois s’avérer beaucoup plus grave. Echecs scolaires, harcèlement, problèmes affectifs, de nombreux facteurs sont sources d’angoisse et de stress pour les adolescents. D'ailleurs, un lycéen sur dix déclare avoir déjà eu des pensées suicidaires. Chez les étudiants, ils sont deux fois plus nombreux : 22 % en 2018. Le suicide est même la deuxième cause de décès après les accidents de la route chez les 15-29 ans, selon les chiffres de 2017 de l'OMS (organisation mondiale de la santé).

Un nouveau programme basé sur le modèle australien

Pour mieux anticiper ces comportements à risque, Agnès Buzyn compte mettre en place un programme de formation aux premiers secours en santé mentale. Déjà appliqué dans une vingtaine de pays dont plusieurs européens, le programme australien « mental health first aid » devrait servir de référence. Comme pour la formation aux gestes de premiers secours, les étudiant apprendront à repérer les troubles mentaux et les attitudes à adopter en cas de crise. 

Particulièrement exposés aux risques de burn-out, les étudiants en santé bénéficieront d’une attention spécifique. Tout comme les futurs médecins qui pourraient suivre un stage en santé mentale entre leur quatrième et sixième année d’études.

Anticiper les risques

Mais les mesures ne s'arrêtent pas au milieu médical. Outre les futurs soignants, les étudiants en journalisme pourraient aussi suivre une formation pour prévenir la « contagion suicidaire », aussi appelé « effet Papageno ». Une formation nécessaire puisque des études ont déjà montré l'existence d'un lien entre la manière dont les suicides sont abordés dans les médias et le nombre de décès.

De plus, à partir de 2019, une nouvelle expérimentation appelée Ecout’émoi devrait être lancée en Ile-de-France, en Grand-Est et en Pays-de-la-Loire. Des professionnels de santé seront présents pour repérer les troubles mentaux des jeunes âgés de 11 ans à 21 ans et les orienter gratuitement vers un psychologue en cas de besoin. 

Quant au dispositif « VigilanS », déjà mis en place dans six régions, il devrait être généralisé d’ici 2020 pour maintenir une relation entre les patients et les professionnels de santé après une hospitalisation. 

Néanmoins, toutes ces mesures ne sont encore qu'un projet. A la fin de son discours, la ministre de la santé a précisé que cette feuille de route n’était « pas figée » et qu’elle pourrait « être adaptée si le besoin s’en fait sentir ».