Dans son rapport, la Cour des comptes alerte les ministères sur le niveau des jeunes professeurs à la sortie de leur master et la nécessité d’améliorer leur formation.

Cinq ans après leur mise en place, l’heure est au bilan pour les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé). En 2017, 68 000 étudiants se sont inscrits en master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » (Meef). Avec 32 écoles sur le territoire, la formation attire de plus en plus chaque année mais le niveau des candidats n’est pas à la hauteur des espérances. 

Remis aux ministres de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur le 12 mars dernier et rendu public le 4 juin, le rapport de la Cour des comptes est sans appel : la formation des futurs enseignants doit être repensée. 

Plus de candidats mais peu de diplômés

« La formation des enseignants doit allier une solide préparation académique, plus bivalente ou polyvalente qu’aujourd’hui, et une professionnalisation accrue qui permette aux jeunes enseignants, dès l’entrée dans le métier, de maîtriser l’essentiel des savoir-faire et des savoir-être pour faire classe. » Dès le début de son rapport, la Cour des comptes donne le ton : le master ne forme pas correctement ses étudiants à leur profession.

A l’origine, le master devait permettre de former davantage de professeurs, en primaire comme dans le secondaire. Diplômés d’un bac +3, les futurs enseignants sont formés pendant deux ans. Depuis 2013, en plus de leur master, de leurs stages et de leur mémoire, les étudiants passent un concours, la CRPE pour les professeurs des écoles et le Capes pour les enseignants du secondaire. Ce concours, qui se déroule durant la première année de master, valide les compétences des candidats et leur permet d’être titularisés et donc de pouvoir exercer. 

Mais leur niveau à la sortie de leurs études n’est pas celui attendu : « La création du master Meef et la rénovation des concours n’ont pas, paradoxalement, garanti une élévation du niveau de compétences disciplinaires, ni une professionnalisation nettement accrue. » Preuve en est avec le nombre de diplômés : un peu plus d’un étudiant sur deux a validé sa première année de master en 2015. « Les rapports des jurys de concours, comme les travaux des inspections générales, soulignent les insuffisances de certains candidats et relèvent des fragilités chez certains lauréats », admet la Cour des comptes.

Des licences tournées vers l’enseignement 

Des difficultés qui s’expliqueraient par des cursus peu adaptés aux étudiants. Notamment parmi les futurs professeurs des écoles : « Nombre d’entre eux sont insuffisamment formés soit en français, soit en mathématiques. » Et pour cause, la moitié des étudiants de première année de master sont diplômés d’une licence, en sciences humaines (histoire, sociologie, géographie, etc. soit 32 %) ou en sciences (17,5 %). Des cursus assez généraux qui ne forment pas les élèves à devenir enseignant. 

La Cour des comptes préconise ainsi de mettre en place une licence générale avec une majeure, comme les mathématiques, et une mineure, comme le français. Cette formation s’appuierait aussi sur des modules qui orienteraient davantage les étudiants sur les métiers de l’enseignement.  

Un concours dès la licence

Autre recommandation et pas des moindre :  instaurer un concours sur deux ans dès la licence. Comme c’est le cas actuellement, les étudiants passeraient également deux épreuves : l’écrit puis l’oral. Mais cette fois, l’épreuve d’admissibilité aurait lieu dès la fin de la licence afin de valider les compétences disciplinaires des candidats. « Les épreuves d’admission, qui seraient alors placées au cours de l’année de M1, seraient plus axées sur la professionnalisation. » Le but : ne garder que les meilleurs et les plus motivés.

Un concours plus difficile à obtenir mais au cours duquel les étudiants seraient bien encadrés. La Cour des comptes conseille d’organiser « un plan de formation et de suivi individualisé » pour ceux qui auraient le plus de difficultés.

Si les ministres n’ont pas encore réagi, Jean-Michel Blanquer a d’ores et déjà annoncé que la question de la formation des enseignants ferait partie d’une prochaine réforme.