Pendant trois mois, un homme a dirigé l'aéroport de Limoges, alors qu'il n'avait ni les diplômes, ni la formation requise. Un fait divers qui met en lumière une pratique relativement courante : mentir sur son curriculum vitae...

L'histoire est tout simplement à la hauteur de l'usurpation de Jean-Pierre Gaillard. Début novembre, cet homme de 43 ans a été recruté comme directeur de l'aéroport international de Limoges. Et pour cause, son CV était plus que flatteur : ancien pilote de chasse dans la Marine nationale, ingénieur de l'Ecole nationale d'aviation civile (ENAC) et ancien dirigeant d'une filiale du groupe Vinci. A son arrivée, arborant la rosette d'officier de la Légion d'honneur, il prenait plaisir à décrire ses exploits militaires durant les deux guerres du Golfe, en ex-Yougoslavie et au Liban...

Faux CV, certificat falsifiées, casier judiciaire falsifié

Seulement voilà, toutes ces informations étaient fausses ! "Personne n'a eu l'esquisse d'un début de soupçon, il a totalement fait illusion", explique Jean-Pierre Limousin, directeur de CCI de la Haute-Vienne. Philippe Gaillard (le nom qu'il s'était inventé) avait en effet fourni un faux CV, des certificats falsifiés ainsi qu'un casier judiciaire vierge... Et c'est finalement une cliente de l'aéroport qui l'a reconnue sur une photo et a donné l'alerte, fin janvier.

L'homme démasqué a été remercié par la CCI de la Haute-Vienne. "Son contrat de travail prévoyait un essai d'une année, et il a été mis fin mardi à ce contrat sans préavis ni indemnités", a expliqué le président de la chambre. Sur l'aéroport, tout le monde est tombé des nues. Car le quadragénaire aurait, en tant que directeur de l'aéroport, "exercé un boulot formidable. Il a même été d'une compétence qui laisse pantois", confie une source citée par le Populaire du centre, qui a révélé l'affaire... D'ailleurs, aucune plainte n'a été déposée, la CCI s'estimant, pour l'instant, victime d'aucun préjudice !

Mentir sur son CV, une pratique courante

Mentir sur son CV, Jean-Pierre Gaillard, n'est pas le seul à l'avoir fait ! Un tiers des curriculum vitae comporteraient en effet des informations trompeuses, enjolivant la réalité ou passant sous silence certaines périodes d'inactivité, selon une étude du groupe Kroll d'avril dernier. Un travers qui n'échappe pas aux employeurs. 72 % d'entre eux considèrent en effet que les candidats exagèrent souvent leurs responsabilités réelles, montre une enquête du cabinet de recrutement Florian Mantione.

Pour autant, contrairement aux pays anglo-saxons, les entreprises françaises vérifient encore rarement les parcours des postulants. Hormis dans certaines grandes entreprises et dans les cabinets de recrutement, on ne se penche que sur les CV présentant des incohérences. La plupart des DRH compte ensuite sur l'éventuel entretien d'embauche pour analyser le discours des candidats et mettre le doigt sur les failles éventuelles...

Des risques limités, hormis pour certains métiers

Pourtant, si répandue soit-elle, cette pratique du mensonge sur le CV n'est pas sans risque... même s'il est limité sur le plan légal ! En effet, vous ne risquez rien, hormis d'être totalement décrédibilisés et black-listés dans le métier. Car, depuis la loi du 31 décembre 1992, la justice considère que l'employeur a le droit et le devoir de vérifier les informations présentes sur votre CV. S'il ne le fait pas, c'est lui qui est en tort !

Mais attention, il existe quelques exceptions. Certaines professions, comme médecin, avocat ou expert-comptable, sont strictement encadrées par la loi. Vous pouvez ainsi être poursuivi en justice pour usage frauduleux d'un titre ou d'une fonction dont vous ne disposez pas dans ces métiers.

Julien Pompey