Le débat sur la sélection en master va être long. Alors que l'Unef et le gouvernement sont toujours contre, les présidents d'université la demande, tout comme un sénateur UDI.

Alors que Najat Vallaud-Belkcam a annoncé cette semaine vouloir réformer le master, plusieurs voix du monde de l'éducation se sont fait entendre. Et tous les acteurs de la communauté éducative ne sont pas d'accord.

Le discours de la ministre de l'éducation nationale comportait deux axes principaux. D'une part, il s'agit de favoriser la poursuite d'études vers le master après la licence. Ensuite, toujours hostiles à la sélection, elle voudrait que les universités « recrutent » leurs étudiants à l'entrée de la première année et non en milieu de cycle. Aujourd'hui, plusieurs universités sélectionnent leurs étudiants entre les deux années de master. Jugée illégale, cette sélection avait été autorisée par un décret dans quelques centaines de formations, en mai.

L'Unef : « Au moins une proposition de master à chaque étudiant »

William Martinet, président de l'Unef, est favorable à une réforme mais pense qu'elle doit se faire « dans l'intérêt des étudiants ». « Au moins une proposition de master doit être faite à chaque étudiant dans l'établissement où il a obtenu sa licence, ce qui permettra d'éviter toute mobilité forcée », a-t-il annoncé dans une interview au Monde. Le premier syndicat étudiant du pays est toujours opposé à toute forme de sélection.

La CPU : « Des garanties du gouvernement »

Cette proposition de William Martinet ne plaît pas aux universités. Pas plus que le discours de Najat Vallaud-Belkacem. « Elle évoque seulement un équilibre entre deux principes, qui entrent en contradiction : le +recrutement+ des universités à l'entrée du master et le droit à la poursuite d'études. Que veut dire ce +recrutement+ ? », questionne Gille Roussel, en charge du dossier master à la Conférence des présidents d'universités (CPU). Il demande « un texte clair sur lequel travailler et des garanties du gouvernement ».

Concrètement, la CPU aimerait que les établissements puissent sélectionner les étudiants à l'entrée du master, avec des exceptions pour des filières spécifiques (droit et psycho) qui pourraient sélectionner entre les deux années. Sur ce sujet, elle soutient la position du sénateur UDI Jean-Léonce Dupont.

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Une proposition de loi prônant la sélection déposée par l'UDI

L'élu du Calvados a en effet déposé une proposition de loi visant à laisser aux universités de « définir des capacités d'accueil en première année des formations qu'ils proposent et subordonner l'admission des candidats à l'examen du dossier du candidat et à une épreuve ou un entretien ». En d'autres termes, à sélectionner leurs étudiants. « A l'université, cela revient à prendre les étudiants qui ont une chance d'aller au bout », estime le sénateur.

Problème : sa proposition manque de poids, n'ayant pas été réalisée en concertation avec les acteurs du dossier. Alexandre Leroy, président de la Fage (deuxième syndicat étudiant), s'est indigné sur Twitter d'une proposition de loi qui « sort de nulle part ». Autre problème : Najat Vallaud-Belkacem reste ferme et « s'oppose à une sélection qui laisserait sur le carreau un certain nombre d'étudiants ». Les négociations ne font que commencer.