La Fédération des associations générales étudiantes (Fage) accuse le Parlement de « sabotage pur et simple de la réforme » de l’accès à l’université.

Après deux mois de discussions, l’Assemblée nationale et le Sénat sont parvenus à trouver un accord sur le projet de loi sur l’orientation et la réussite des étudiants. Jeudi 15 février, le Parlement a adopté la version finale du texte suite aux modifications apportées par la commission mixte paritaire deux jours plus tôt. Un nouveau texte qui n’a pas convaincu la Fage, dernier soutien étudiant du gouvernement.

Une sélection à l’entrée à l’université

« Cette réforme était censée mettre un terme au fiasco du tirage au sort et favoriser la réussite de tous les étudiants », indique la Fage dans son communiqué. Une promesse non-tenue, selon la première organisation étudiante, qui estime que le nouveau texte instaure une sélection à l’entrée à l’université. C’est « un sabotage pur et simple de la réforme. » 

En cause : la modification des critères concernant les capacités d’accueil des universités. L’année dernière, les filières en tension n’ont pas pu satisfaire toutes les demandes, faute de places dans leurs établissements. Pour désengorger les formations, le Sénat souhaitait déterminer les capacités d’accueil des universités en prenant en compte le taux d’insertion et de réussite professionnelle des filières, contrairement à l’avis de l’Assemblée nationale.

Finalement, la notion de « taux d’insertion professionnelle » a été remplacée par celle de « perspectives d’insertion professionnelle » : « Pour déterminer ces capacités d’accueil, l’autorité académique tient compte des perspectives d’insertion professionnelle des formations, de l’évolution des projets de formation exprimés par les candidats ainsi que du projet de formation et de recherche de l’établissement. » 

Un texte « vidé de sa substance »

Pour la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, ces « perspectives d’insertions professionnelles n’ont rien à voir avec des taux d’insertion constatés », a-t-elle précisé devant les parlementaires. « Nul ne peut réduire la mission de l’enseignement supérieur à la préparation à l’insertion professionnelle. Le rôle de l’université est de créer du savoir, de le transmettre, de se préoccuper de l’insertion professionnelle et de veiller à la diffusion de la culture scientifique et technologique », a-t-elle rappelé.

Cette « perspective » n’a pas satisfait la Fage, pour qui il s’agit d’une « hérésie adéquationniste » (l’adéquationnisme dénonce une théorie mettant en adéquation la formation et l’emploi). L’organisation reproche au Parlement de ne pas prendre en compte l’émergence des nouveaux métiers. « La garantie d’un accès aux études supérieures dans les meilleures conditions possibles aurait dû représenter le cœur d’une réforme ambitieuse », estime la Fage. Elle demande donc la suppression du critère de l’insertion professionnelle et attend d’être reçu par la ministre de l’enseignement supérieur pour trouver un arrangement.

Avec ce changement de dernière minute, le gouvernement perd son dernier soutien étudiant. La Fage a expliqué qu’elle ne pouvait « plus soutenir un texte vidé de sa substance ne reflétant plus des aspirations des jeunes ni sa vision de l’enseignement supérieur ». Seul le SGEN-CFDT, syndicat de l’éducation nationale, soutient encore le gouvernement. Quant aux autres organisations et syndicats étudiants comme l’Unef, ils poursuivent leur mobilisation contre la « sélection déguisée ».