D’après le Baromètre Voltaire 2018, l’apprentissage des langues anciennes, des langues étrangères et même de la musique permettrait d’améliorer son niveau en orthographe.

Peut être ou peut-être, intéresser ou interresser, vous dites ou vous dîtes, ces ou ses, elle a chanté ou elle a chantée… Chaque jour, perdus dans les règles grammaticales et lexicales, les Français font de nombreuses erreurs sur leur langue maternelle. C’est en tout cas ce qu’a constaté le Projet Voltaire. Cet organisme, fondé en 2008, répertorie les fautes les plus courantes des Français pour ensuite les aider à mieux maîtriser l’orthographe grâce des exercices pratiques.

Car les Français ont de réelles lacunes. D’après l’étude du Projet Voltaire menée en mars dernier auprès de 8 762 utilisateurs du site, nombreux sont ceux qui ne maîtrisent pas les 84 règles de bases censées être acquises au collège.

Les jeunes maîtrisent seulement 40 % des compétences en orthographe 

A commencer par les plus jeunes. Les moins de 18 ans ne maîtrisent que 43,7 % des règles d’orthographe. Un niveau qui augmente au fil des générations, atteignant 48,9 % pour les 18-25 ans et 63,5 % pour les plus de 55 ans. « Les fondamentaux sont acquis de plus en plus tard, quand on se rend compte que le français est important dans le monde du travail », indique Julien Soulié, ancien professeur de lettres.

Ces disparités se vérifient également entre les hommes et les femmes. Depuis quatre ans, les femmes observent un score légèrement plus élevé que les hommes (50,3 % contre 46,4 % des règles maîtrisées). Dernière inégalité : la zone géographique. Cette année, la région Grand Est a obtenu le meilleur score au Projet Voltaire avec 54 % des règles de français maîtrisées. La Provence-Alpes-Côte d’Azur arrive dernière avec huit points d’écart par rapport au premier du classement.

Un apprentissage qui s’acquiert dès le primaire

« Tout se joue à l’école primaire, ceux qui ont acquis les bases très tôt ont un meilleur niveau en orthographe », précise Julien Soulié. Un constat qui s’appuie sur des chiffres : ceux qui gardent un bon souvenir de l’école maîtrisent davantage des règles de français contrairement à ceux qui ont détesté l’école (50 % contre 44 %).

Néanmoins, l’apprentissage de la langue reste difficile pour tous les élèves. « On mettrait environ dix ans à bien maîtriser le français, détaille l’enseignant, c’est une langue très compliquée qui, contrairement à d’autres langues, ne repose pas sur la phonétique. Par exemple, on n’écrit pas ‘monsieur’ comme on le prononce et ça, c’est particulièrement difficile à assimiler pour les élèves. » 

Un apprentissage long alors que les élèves font de moins en moins de français à l’école. Ce qui expliquerait en partie les disparités entre les générations. « Les personnes qui ont 50 ans aujourd’hui ont eu deux fois plus d’heures de français à l’école primaire que celle qui ont 20 ans », précise le rapport du Baromètre Voltaire.

Quand l’espagnol, anglais et allemand améliorent le niveau de français

Pour autant, le niveau de français ne dépend pas seulement de l’école. Langues étrangères, langues anciennes, musique, tous ces facteurs permettraient d’améliorer son niveau en orthographe. D’après Julien Soulié, « les interactions entre la langue d’apprentissage et la langue maternelle » seraient bénéfiques. En moyenne, les latinistes, les bilingues et les musiciens maîtrisent 51,6 % des règles de français. Contrairement aux autres qui maîtrisent à peine plus de 46 % des compétences en orthographe.   
 
Mais l’élément central reste tout de même la lecture. Visualisation des mots, des expressions, de la conjugaison… A force de s’entraîner sans s’en rendre compte, le cerveau devient plus performant lorsqu’il s’agit d’écrire. D’ailleurs, ceux qui lisent plus de cinq livres par an auraient un meilleur niveau que les non-lecteurs (6 points d’écart). Tout comme ceux qui regardent moins la télé, « parce que le temps que l’on passe devant nos écrans, ce n’est généralement pas du temps qui est consacré à la lecture ou l’écriture ».