Le numérique n'en finit pas de se développer. Acteur déterminant du monde quotidien et professionnel, il nécessite déjà la formation de nouveaux talents.

« On est sur la première vague du tsunami du numérique. » C'est ainsi que Christian Colmant, directeur général (DG) de l'association pasc@line, voit le monde d'aujourd'hui. « Demain, tout le monde sera confronté au numérique, encore plus qu'aujourd'hui », anticipe-t-il.

L'association pasc@line va fêter ses dix ans en 2016. Son but ? « Fédérer entreprises et établissements d'enseignement supérieur dans le secteur du numérique. » Parmi ses membres, 1 700 entreprises et « presque toutes les écoles de France qui proposent des formations au numérique de niveau bac+5 », se félicite Christian Colmant. 

Un rôle d'informateur

Pour lui, le numérique fait partie intégrante de la vie professionnelle. « Les métiers du transport, du courrier, de la finance et même de l'agriculture sont dépendants du numérique », analyse-t-il. Et la situation devrait durer : « Le numérique est en train de changer la vie quotidienne. Bientôt, les objets seront encore plus connectés. » Problème : la France, comme l'Europe, est en retard sur le développement de ce secteur. « On a des points à gagner », admet pudiquement le DG. 

Dans l'Hexagone, le numérique ne représente en effet que 5,5 % du PIB. Dans les pays leader du secteur, la part du numérique atteint « 12 % du PIB », selon Christian Colmant. Ces leaders, « Israël et la Californie », risquent fort d'être bientôt dégradés. « L'Inde et la Chine ont fait de gros efforts sur ce marché stratégique, observe-t-il. Ils forment des bataillons d'élèves. » 

L'association pasca@line se donne un rôle d'informateur. « Les conseillers d'orientation sont demandeurs d'informations sur le numérique », constate son directeur. Mais la cible principale reste les lycéens. Si nombre d'entre eux sont réceptifs, notamment dans les filières scientifiques, le travail de communication est important. Christian Colmant s'efforce ainsi de faire tomber les clichés : « Le numérique n'est pas un travail de garçon réservé aux geeks. » Pas question toutefois d'enrôler de force. « Il faut avant tout que les lycées fassent ce qu'ils ont envie, philosophe le directeur, mais ils se retrouveront confrontés au numérique dans tous les cas. » On observe ce constat dans les formations. Si elles sont nombreuses à s'être spécialisées dans le domaine « avec chacune leurs spécificités », le numérique s'intègre de plus en plus dans toutes autres formations « sous forme de culture générale ». 

Problèmes de spécialisation

Est-ce suffisant ? « Il faudra développer d'autres formations », prévient Christian Colmant. Il estime qu'en France, 50 000 postes ne sont pas pourvus dans le secteur. Et dix fois plus en Europe. Paradoxalement, Pôle emploi comptait 46 000 chômeurs inscrits dans la catégorie « Système d'information et de télécommunication » en juillet 2015. « Il y a pénurie de profils très spécialisés », expliquait Régis Granarolo, président de l'association professionnelle des informaticiens, à Manpower en août 2015.

Même si tout n'est pas rose, le numérique reste donc un secteur d'avenir. En témoigne la dernière étude du cabinet McKinsey en 2015, selon laquelle la part du numérique dans le PIB français pourrait augmenter de 100 milliards d'euros d'ici 2020, « à la condition que les entreprises accélèrent nettement leur transformation numérique. »