Dans une interview accordée à Orientations, la ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud-Belkacem, revient sur ses différentes mesures en matière d'orientation.

Orientations : Depuis le 1er janvier 2015, vous avez décidé de généraliser le service public régional d'orientation après l'avoir expérimenté dans 8 régions de France pendant un an. Quels premiers résultats ont donné ces expérimentations ?

Najat Vallaud-Belkacem : L'expérimentation a montré que le SPRO pouvait réduire la difficulté des usagers, jeunes et adultes, à se repérer dans la profusion des services et intervenants chargés de l'information et du conseil en matière d'orientation. L'État et les Régions sont ainsi amenés à créer les conditions d'une meilleure complémentarité et articulation de leurs services.

Les résultats peuvent s'apprécier à trois niveaux différents. Au niveau des politiques en matière d'orientation d'abord, la mise en place du SPRO traduit des stratégies territoriales communes répondant à la réalité des besoins des usagers. Nous sommes ainsi passés d'une logique de pilotage par l'offre à celle d'un pilotage par la demande.

Au niveau des acteurs concernés par la mise en œuvre de ces stratégies ensuite, Pôle Emploi, les missions locales, les centres de bilans de compétences, les réseaux jeunesse, les services d'orientation de l'éducation nationale, etc. se rencontrent désormais et partagent leurs informations pour ajuster leurs prestations aux besoins d'un public se sentant parfois démuni devant la diversité des prestataires.

Et enfin, car tel est l'objectif de cette nouvelle organisation dans les territoires, les usagers peuvent bénéficier à la fois d'une information professionnelle de qualité correspondant à leurs attentes et d'un ensemble de prestations adaptées à leur situation.

Est-ce que l'on est plus efficace ? Est-ce que le niveau de service s'est accru ? Il est encore trop tôt pour le dire. J'ai confié une mission d'évaluation de la mise en place du SPRO aux inspections générales. J'attends des retours et des préconisations pour la rentrée.

Orientations : Quel est le rôle des conseillers d'orientation-psychologues des lycées dans ces dispositifs ?

Najat Vallaud-Belkacem : Le cœur de métier des conseillers d'orientation-psychologues (COP) consiste à aider les élèves et les étudiants à construire leur projet d'orientation, à disposer des moyens leur permettant de choisir leurs parcours de formation et plus tard, leurs parcours professionnels. C'est la raison pour laquelle ils partagent leur activité entre les établissements scolaires, les collèges comme les lycées ou les universités dont ils maîtrisent à la fois les formations et les débouchés et les CIO, où ils reçoivent aussi les familles et les adultes.

Leurs interventions dans le cadre du SPRO relèvent de différents registres selon le type de public qui s'adressent à eux : information sur les formations et les professions, conseil personnalisé, accompagnement dans la conception d'un parcours individualisé, etc. Toutefois, puisque ce sont des psychologues, ils mettent au service des structures du SPRO une compétence spécifique qui garantit aux usagers un éclairage permettant d'appréhender les dimensions personnelles de leurs choix. Dans un contexte de forte tension sur le marché de l'emploi, leur valeur ajoutée dans ce domaine est précieuse.

Orientations : Concrètement, qu'est-ce que ce service propose aux étudiants décrocheurs ?

Najat Vallaud-Belkacem : Ce sont les personnels des structures qui participent au SPRO qui sont chargés de mettre en œuvre les dispositions du droit au retour en formation initiale prévu par la loi de refondation de l'école et dont j'ai signé les décrets d'application en décembre dernier. Concrètement, tout jeune de 16 à 25 ans, sorti sans diplôme et sans qualification du système éducatif, qui en fait la demande, est pris en charge dans les 15 jours qui suivent.

Après un bilan de ses compétences, une analyse de sa situation et une évaluation de son projet, il est dirigé vers un établissement de formation qui le prend en charge. Soit pour l'intégrer dans la formation qui correspond à son projet, soit pour le préparer, par une remise à niveau, un stage d'observation, un bilan de compétences approfondi, à s'engager dans une telle formation. Le suivi est personnalisé et s'inscrit dans la durée. Le but est de ne pas « perdre de vue » un jeune candidat au « raccrochage ».

Orientations : On évalue à 140 000 le nombre de décrocheurs chaque année. En novembre dernier, vous avez lancé un plan contre le décrochage scolaire. Quel est l'objectif chiffré ?

Najat Vallaud-Belkacem : Oui, le gouvernement a lancé un plan de lutte contre le décrochage mais qui comporte également un important volet de prévention du décrochage. L'objectif chiffré du président de la République est de diviser par deux le nombre de sortants sans qualification (c'est-à-dire sans diplôme du second degré) d'ici 2017. Ce que nous observons à partir des données du système interministériel d'échanges d'informations (SIEI), c'est une première tendance à la baisse des effectifs de décrocheurs. Cependant, il faut l'interpréter avec prudence, car ce n'est pas un outil de mesure statistique, mais de suivi.

Ce qui est certain c'est que la mise en application progressive du plan national « tous mobilisés pour vaincre le  décrochage scolaire » va amplifier de façon structurelle et systémique cette tendance. L'ensemble des indicateurs disponibles doit permettre d'en mesurer l'impact sur le système éducatif de manière quantitative et qualitative.

La mise en œuvre du plan en particulier le droit au retour en formation va renforcer ce processus en actionnant tous les leviers éducatifs, pédagogiques, sous différents statuts, avec une grande souplesse dans les modalités de certifications (formation initiale, apprentissage, certifications professionnelles, validation des acquis et de l'expérience...).

Orientations : Aujourd'hui, un peu moins de 20 % des étudiants quittent l'enseignement supérieur sans diplôme. Quelles mesures comptez-vous prendre pour ces jeunes ?

Najat Vallaud-Belkacem : Tout d'abord, j'ai souhaité que l'application du « droit au retour en formation initiale » soit étendu aux jeunes de 16 à 25 ans, titulaires d'un baccalauréat, mais ne disposant pas d'une qualification professionnelle reconnue. C'est le cas par exemple des jeunes qui après leur baccalauréat général se sont inscrits à l'université et ont décroché. Désormais, ils peuvent bénéficier d'une prise en charge et d'un accompagnement dans une formation professionnalisante comme les non diplômés.

Par ailleurs, conformément aux engagements de la feuille de route de la grande conférence sociale de juin dernier, les universités mettent en place un accompagnement précoce des étudiants en situation d'échec leur permettant d'accéder à une formation qualifiante de l'enseignement supérieur, en s'appuyant sur l'expérience acquise au sein d'une activité professionnelle.

D'autres projets sont en préparation pour répondre à la demande présidentielle, en particulier la création d'une Grande école du numérique, dont les cursus et les pédagogies favoriseront l'accueil des jeunes en situation de décrochage.

Orientations : Le taux de réussite des baccalauréats technologiques et professionnels est très bas lorsqu'ils décident d'aller à l'université. Beaucoup de présidents d'université pensent que ces étudiants devraient être prioritaires pour intégrer les BTS et DUT, et bénéficier d'un meilleur accompagnement lorsqu'ils choisissent l'université. Quelle est votre position ?

Najat Vallaud-Belkacem : Ce n'est pas seulement une réflexion des présidents d'université, ce sont les dispositions prises en application de la loi ESR du 22 juillet 2013 sur l'accès des bacheliers professionnels aux STS et celui des bacheliers technologiques aux IUT. Les recteurs fixent un pourcentage minimal de bacheliers de chacune de ces catégories dans ces formations.

J'ai reçu très récemment un rapport des inspections générales sur l'application de ces dispositions. Ce qui me frappe c'est que le bilan est mitigé. S'il y a eu progression des poursuites d'études des bacheliers pros et technos en BTS et en IUT, celle-ci reste très limitée (+0,6 % et +1,6 %).

En outre la part de ces bacheliers en licence a augmenté, jusqu'à représenter le quart des effectifs de L1. Ces résultats me préoccupent et nous allons travailler précisément cette question avec les recteurs, en particulier à partir des recommandations des inspections générales.