A partir de la rentrée 2018, quatre universités parisiennes pourraient interdire le redoublement en Paces.
    
Ce n’est pas un secret : la première année commune aux études de santé (Paces) est une formation difficile et sélective. Seuls 11,5 % des étudiants la valident en un an, et 22,2 % en deux ans.

Pour Jean-Luc Dubois-Randé, président de la conférence des doyens de médecine, ces statistiques représentent un « prix humain beaucoup trop élevé ». C’est pourquoi plusieurs universités parisiennes vont expérimenter, dès la rentrée 2018, l’interdiction du redoublement en Paces. 

Selon plusieurs sources, les universités Paris-Descartes, Sorbonne, Paris-Diderot et Paris-Est-Créteil envisagent ce nouveau dispositif, qui commencerait par un examen revisité. 

La Paces devient « Paces One »

En cours d’expérimentation dans la moitié des facs de médecine depuis 2013 et la loi Fioraso, ce nouvel examen donne une plus grande importance à la motivation et au profil des candidats. Jusqu’ici, tous les étudiants passent le concours écrit de fin d’année, sous forme de QCM, et les meilleurs, dont le nombre dépend du numerus clausus, accèdent en deuxième année. 

Désormais, les meilleurs élèves au QCM ne rempliront que 75 % du numerus clausus. Les 25 % de places restantes seront attribuées après un oral de motivation et de compétences de 40 minutes. Celui-ci sera passé par les élèves recalés au QCM mais ayant obtenu au moins 10/20

Mais la grande nouveauté de cette nouvelle mesure, appelée « Paces One », c’est bien la fin du redoublement de la Paces pour les étudiants non-sélectionnés. Les universités devront alors obligatoirement proposer un autre dispositif, celui de l’AlterPaces. 

AlterPaces : la formation de la seconde chance

Cette passerelle, créée en 2013, permet aux étudiants de retenter leur chance au concours de la Paces tout en suivant une autre licence. « Le principe général est de réorienter activement les étudiants en échec à l’issue de la première année », détaille Jean-Louis Beaudeux, doyen de la faculté de pharmacie Paris-Descartes, sur FranceInfo.


Cela signifie qu’après leur Paces, les étudiants pourront s’inscrire directement en deuxième année de licence de mathématique, Staps, sciences humaines, sciences ou même droit. En parallèle, ils recevront une formation à distance avec plusieurs modules à valider telles que les sciences exactes, biologiques, de la santé et de santé publique. 


Une fois leur AlterPaces validée, les étudiants pourront directement intégrer la deuxième année d’études de santé. 

Limite de perte du temps 

Pour Jean-Louis Beaudeux, c’est une façon pour les étudiants qui échouent de ne pas « perdre de temps avec un redoublement ».

La Fage, première organisation étudiante de France, dresse le même constat. « Ce nouveau système sans redoublement permettra aux candidats d’accéder à leur seconde chance tout en progressant dans leur parcours universitaire. Il devient ainsi possible à un étudiant de valider une licence en trois ans tout en ayant tenté sa chance deux fois aux concours Paces. Le bénéfice pour les étudiants est donc majeur », écrit-elle dans un communiqué.

L'AlterPaces offre moins de chances que le redoublement

Mais qu’en est-il des résultats ? Selon la Fage, préférer l’AlterPaces au redoublement ne change rien aux chances d’accéder en deuxième année : « Au final, un étudiant aura un nombre équivalent de chances d’accéder aux études de santé par rapport à celui du modèle Paces classique ». 


Selon elle, cette nouvelle organisation est donc « en faveur de la réussite ».


L’Unef, de son côté, explique que cette alternative en licence ne donne pas à l’étudiant « autant de chances d’accéder aux études de santé », notamment car « le nombre de places accordé par le biais de l’AlterPaces sera plus limité que via la Paces ».

Les chiffres donnent raison à l’Unef. Aujourd’hui, d’après le ministère de l’enseignement supérieur, « les chances de réussite des redoublants sont de moitié ». Redoubler sa Paces augmente donc considérablement les chances de passer en 2e année.

En outre, si environ 4 000 néo-bacheliers réussissent la Paces (4 068 en 2015), ils ne correspondent qu'à la miotié du numerus clausus (8 205 en 2018), ce qui signifie qu'environ 50 % des étudiants qui réussissent la Paces sont des redoublants, des triplants ou des étudiants en réorientation. Or, selon le décret, « au moins 5 % et au plus 30 % du nombre total de places [seront] offertes » via l’AlterPaces. Concrètement, les redoublants d’aujourd’hui ont donc plus de chances d’entrer en deuxième année que les AlterPaces de demain.

L’année de transition en suspens

Par ailleurs, certains enseignants se montrent réticents quant au fonctionnement du dispositif lors de l’année de transition. En effet, à la rentrée 2018, les universités accueilleront à la fois des redoublants et des nouveaux étudiants qui n’auront qu’une seule chance au concours. Pour garantir une égalité des chances, les ministères pourraient décider d’augmenter le numerus clausus de 25 %.

En projet depuis novembre dernier, la réforme n’a pas encore été validée. D’après Jean-Louis Beaudeux, l’ensemble du texte « devrait être prochainement publié par le ministre de l’Enseignement supérieur. »