Fuite au Bac, fraudes au BTS : le  débat sur la triche aux examens en France ne fait que commencer. Le débat agite désormais l'opinion publique et ne peut pas laisser le gouvernement sans réaction. Les ministères concernés ont promis des mesures pour septembre et devraient notamment se prononcer pour l'interdiction des smartphones durant les examens. Tour d'horizon des raisons qui, dans le monde entier, amènent les élèves à tricher, et des solutions pour les en empêcher.

Si la triche aux examens a toujours existé et persiste sous ses anciennes formes (antisèches, échanges de brouillons, substitutions de candidats), les avancées technologiques lui donnent une toute autre dimension.

Les outils électroniques de plus en plus discrets peuvent contenir de plus en plus de données, la connexion à internet est désormais possible en tous lieux : tricher semble ne jamais avoir été facile. Si des parades existent, leur bonne mise en œuvre nécessite de bien appréhender les raisons, parfois fort différentes, qui vont inciter les candidats à frauder.

Pourquoi triche-t-on ?

Les motivations qui peuvent inciter des candidats à tricher aux examens peuvent-être fort différentes, et influencent généralement les modalités employées pour parvenir à ses fins.Tour d'horizon en France et à l'étranger des raisons qui amènent les élèves à tricher

Quand la fin justifie les moyens

La Chine et la Corée font partie des pays qui ont mis en place un vaste éventail de dispositifs préventifs et répressifs, faisant appel aux solutions high-tech, pour lutter contre la triche aux examens : portails de détection des métaux, examens filmés, détecteurs ou brouilleurs d'ondes… La lutte contre les fraudeurs est âpre.

En Chine, selon le journal Asia Times, la fraude aux examens est même devenue l'apanage du crime organisé : de véritables gangs réussissent aux débuts des épreuves à voler les sujets grâce à des outils high tech (caméras sans fils de la taille d'un bouton, transmetteurs dissimulés dans une montre ou une gomme, micro oreillettes) et donnent les bonnes réponses en quelques minutes aux candidats ayant souscrit à leur "service", pour la coquette somme de 20 000 yuans (2 130 €).

Dans les deux pays ce sont les mêmes types d'examens qui entrainent cette débauche de moyens, tant du côté des organisateurs  que des fraudeurs : le Gaokao chinois et les SAT coréens, qui conditionnent l'entrée des lycéens vers les études supérieures. L'enjeu est énorme pour ces élèves, car de la note obtenue à ces examens, standardisés pour tout le territoire, dépendra l'établissement auquel ils  pourront postuler et le reste de leur carrière. Il l'est également pour leurs parents, qui ont souvent investi financièrement dans toute la scolarité primaire et secondaire de leurs enfants

Quand les établissements laissent faire

Et si les établissements avaient intérêt à voir leurs élèves tricher ? Cela serait le cas aux Etats-Unis, où depuis la loi "No Child Left Behind", instaurée par le gouvernement Obama, les financements des collèges et lycées dépendent des résultats de leurs élèves aux examens.

Selon l'organisation américaine "Fair Test" qui défend la mise en place d'autres moyens d'évaluations que les tests standardisés, la triche a augmenté considérablement depuis la promulgation de ce texte. Alors que les établissements peuvent détecter très facilement les cas de fraudes aux examens grâce à des logiciels (comme l'outil "Turnitin"), ils seraient nombreux à ne pas employer ces dispositifs par crainte de voir leur moyenne globale baisser dangereusement.

Quand c'est facile

Tricher est le plus souvent une question d'opportunité et de gestion des risques. Si l'on s'en tient au seul exemple de la France, le cas du baccalauréat est significatif. Dans une récente enquête* 35% des étudiants interrogés avouaient avoir triché pendant le lycée, or lors du baccalauréat 2010, seuls 272 cas de triche ont été rapportés pour près de 600 000 candidats.

Même si certains cas de triche au baccalauréat peuvent ne pas être remontés jusqu'au ministère, on peut néanmoins supposer que la surveillance accrue et les sanctions plus élevées en cas de triche incitent les élèves à moins tricher durant cet examen. A contrario, lors des contrôles continus durant l'année et pour peu que l'attention du professeur surveillant l'interrogation soit relâchée les cas de triches pourront survenir à une fréquence bien plus élevée.

Quand la triche est ignorée

Parfois les élèves ne se rendent pas compte qu'ils trichent. Cette affirmation, qui peut paraître étonnante, s'explique par les nombreux comportements entrant dans la définition de la triche. Si la plupart des élèves savent en effet qu'utiliser une antisèche, copier sur son voisin ou lui demander une réponse lors d'un examen s'apparente de la triche, ils sont sûrement moins nombreux à se rendre compte que donner plusieurs réponses à une question, en espérant que le correcteur notera celle qui sera juste, ou donner une réponse à son voisin le sont aussi.

Enfin, ce peuvent être les professeurs et les établissements qui se montrent ignorant des différentes modalités de triche. Si aujourd'hui peu nombreux sont ceux qui ignorent encore les "potentialités de triches" permises par les smartphones, il restent encore souvent peu familiarisés par le manque de sécurité que représente par exemple l'envoi d'un sujet de devoir dans un mail non crypté ou la facilité d'accès aux dossiers d'un ordinateur connecté à un réseau pour un pirate un peu expérimenté.

Quand tout le monde le fait

Dernier élément permettant de comprendre le phénomène : on triche rarement seul. Les observateurs s'accordent à dire que la triche est un comportement contagieux. Il peut y avoir un effet d'émulation et élèves peuvent se dire que si "tout le monde triche" c'est que cela n'est pas si grave.

Comment éviter la triche

Différentes formes de triches impliquent en général différentes solutions pour les contrer, certaines sont éprouvées de longue date, d'autres restent à inventer. Reste que tous les efforts qui sont déployés pour entraver les phénomènes de triche ne trouvent leur motivation que dans une raison unique et fondamentale : maintenir la valeur d'une formation ou d'un diplôme.

La prévention

L'utilisation de moyens simples permet de se prémunir de la plupart des fraudes. L'emploi de feuilles de brouillon de couleurs différentes permet par exemple que celles-ci ne soient pas échangées entre les candidats. Les concours ont en outre souvent mis en place un protocole sévère : émargement, code barre,  vérification de l'identité des candidats.

La fraude "high-tech" demande des moyens de prévention plus sophistiqués. L'interdiction des smartphones ou des lecteurs Mp3 en salle d'examen est nécessaire mais peut être insuffisante, car il est difficile de s'assurer qu'un candidat ne pourra pas dissimuler un de ces objets et le consulter en allant aux toilettes.

Des moyens techniques, de plus en plus accessibles, existent néanmoins pour faire face à ce type de fraudes. L'Angleterre, la Corée ou la Chine utilisent par exemple des portails détecteurs de métaux, des brouilleurs d'ondes ou encore des détecteurs permettant de révéler la présence de micros ou d'ondes wi-fi.

La Chine a également mis en place des dispositifs de vidéo surveillance durant les épreuves du GaoKao. Si ce type de mesures pose des questions de liberté individuelle et de droit à l'image, elle extrapole d'une certaine manière une des méthodes de prévention les plus efficaces : celle de doter les épreuves de surveillants attentifs et en nombre suffisant.

La sensibilisation

La sensibilisation est un des aspects de la prévention. Elle consiste à informer les candidats aux examens des différentes formes de triches et des risques qu'ils encourent s'ils s'y prêtent. En Angleterre, les salles d'examens ont ainsi désormais l'obligation d'afficher un poster rappelant l'interdiction formelle des téléphones portables et autres objets électroniques et les peines encourues. Le Maroc ou la Mauritanie ont également pris diverses mesures pour enrayer la triche "endémique" au baccalauréat, parmi lesquelles la distribution d'un livret informant les candidats mais aussi leurs parents des différents comportements de triche et des risques encourus.

Outre les candidats et leurs parents, une sensibilisation peut également être menée auprès des professeurs et des institutions, et porter sur tous les types d'examens, qu'il s'agisse ou non d'examens nationaux. Cette sensibilisation doit définir les comportements qui se rapportent à de la triche, les sanctions encourues mais également les enjeux qui justifient que ces comportements soient évités.

La répression

Le risque pour le candidat fautif d'être puni pour sa fraude, ou au contraire le sentiment d'impunité, constituent souvent des facteurs déterminants. En France il existe une panoplie législative assez complète en cas de triche à des examens nationaux et les établissements ont la possibilité d'expulser un élève en cas de fraude à un examen en cours d'année. Seuls les cas les plus graves subiront néanmoins ces sanctions, les élèves fautifs découverts risquant plus souvent un "zéro" qui grèvera leur moyenne. Ce n'est néanmoins pas tant le manque d'application des sanctions, la "menace" fonctionnant plutôt bien, que l'ignorance de l'existence de ces sanctions qui incitera plus souvent les élèves à tricher.

L'adaptation

On peut se demander si les tricheurs n'auront pas toujours une longueur d'avance, même face aux technologies les plus avancées. Transformer l'épreuve elle-même permet néanmoins de contourner le problème de la triche pour mieux y remédier. L'exemple le plus souvent cité est celui de l'expérience  menée au Danemark depuis 2010 d'autoriser les lycéens à accéder à internet pendant leurs examens finaux.

L'initiative, menée en partenariat avec le ministère de l'éducation danois, consiste à mesurer davantage les capacités d'analyse et d'utilisation raisonnée d'internet des candidats dans un temps limité, plutôt que leur capacité à apprendre "par cœur" leurs leçons et à les restituer. Dans cette configuration, les candidats rendent une copie informatique, ce qui permet aux lycées de passer leur production par un logiciel détectant le plagiat afin de vérifier qu'il n'y ait pas de phénomène de "copié-collé". Les candidats ne peuvent pas non plus avoir accès à une messagerie quelconque leur permettant de solliciter de l'aide de l'extérieur.

La France, très attachée aux concours nationaux considérés comme la meilleure des manières pour assurer l'égalité de l'ensemble des candidats, serait-elle prête à se prêter également à ce type d'expérience ? La question ne devrait pas manquer de faire débat. D'ores et déjà de nombreuses voix se sont élevées pour demander qu'une réflexion sur l'encadrement mais aussi la forme des examens soit menée dès à présent.

* Pascal Guibert & Christophe Michaut – Les facteurs individuels et contextuels de la fraude aux examens universitaires.