Eric Maurincomme, directeur de l'INSA de Lyon, vient d'être élu à la présidence du Groupe INSA. De la stratégie aux ambitions, en passant par les projets nationaux et internationaux, il répond aux questions d'Orientations.

Vous venez d'être élu à la tête du Groupe INSA. Quelle va être la stratégie désormais appliquée ?

"Nous avons une stratégie qui est déjà celle mise en œuvre depuis plusieurs années, à savoir l'encouragement et le développement du modèle INSA. C'est-à-dire de former des ingénieurs en cinq ans après le bac. C'est le modèle auquel nous croyons et que nous souhaitons développer, tout en partageant les valeurs qui ont fait les INSA originaux, à savoir la diversité sociale permettant d'accéder à une formation d'ingénieur de qualité.

Ces valeurs, nous continuons de les défendre. De plus, autour de notre ADN, nous avons des particularités que le dernier INSA nous a permis de réaffirmer. Nous avons en effet vraiment travaillé ensemble, depuis trois ans, sur le programme de formation, la place des travaux en groupe, le mode projet dès la première année..."

Le lancement d'un nouvel INSA en France, est-ce une possibilité envisagée ?

"Oui, pourquoi pas ! C'est un projet proposé au ministère chargé de l'Enseignement supérieur et qui a reçu un avis positif. L'idée du ministère est d'avoir des établissements ou des écoles d'ingénieurs ayant une taille critique, de l'ordre de 1 500-2 000 étudiants, comme cela est le cas notamment des INSA de Toulouse et de Lyon".

Où en est le projet de création d'un INSA au Maroc ?

"Le projet a quelque peu évolué. Nous venons de rendre l'étude de faisabilité au ministère, et nous partons désormais vers la création d'un INSA Euro-méditerranéen, un établissement marocain basé au sein de l'Université de Fez délivrant des titres accrédités par la CTI (Commission des Titres d'Ingénieur), accueillant 2 000 étudiants dont 50 à 100 docteurs par an.

Il s'agira ainsi d'un institut alliant la formation, la recherche et beaucoup de relations avec les entreprises. Il sera notamment prévu une expérience de six mois, au minimum, en Europe, soit dans un des INSA, soit chez un de nos partenaires au Portugal, en Espagne, ou en Italie. Car ce projet international est soutenu par 10 ministères : cinq en Afrique (Maroc, Algérie, Tunisie, Mauritanie et Lybie) et cinq en Europe (France, Italie, Espagne, Portugal et Malte).

L'étude de faisabilité étant terminée, nous attendons désormais de savoir les moyens accordés par les ministères français et marocains. D'ici au moins de juin, si le feu vert est donné, nous continuerons et recruterons des étudiants début 2015. En attendant, nous travaillons sur la maquette pédagogique et l'étape suivante concernera l'implémentation."

Le Groupe INSA a-t-il d'autres projets en vue ?

"Ce projet international nous permet de balayer l'ensemble des cours que nous proposons actuellement et nous souhaitons en proposer davantage sous la forme de MOOC. Notre premier cours en ligne massif et gratuit, "Introduction à HTML5", est actuellement en ligne sur France Université Numérique (FUN). Nous soutenons ce genre de projet, et nous réfléchissons ensemble pour lancer d'autres initiatives.

Par ailleurs, le lien avec les entreprises est très fort, car nos étudiants vont deux fois en stage. Sur les 13 000 étudiants du groupe, 5 000 partent en stage toutes les années. Et, justement, nous allons essayer d'analyser les caractéristiques et l'image de l'ingénieur INSA, et nous réfléchissons à des partenariats plus privilégiés. Au niveau international, les INSA reçoivent environ 30 % d'étudiants étrangers, ce qui est très important, d'autant plus que notre recrutement se fait après le bac. Nous allons continuer d'assurer le recrutement en commun, et nous avons désormais des bureaux de représentation au Mexique, en Chine, au Vietnam, au Maroc... Pour autant, nous nous posons la question de notre rayonnement international.

Dernier axe : nous aimerions davantage ouvrir les INSA pour inciter les jeunes filles, les élèves de ZEP ou les bacheliers technologiques à venir. Car c'est de la diversité que née l'innovation. Nous pensons ainsi que mêler divers étudiants, cela peut créer une ouverture, une richesse, mais aussi de la créativité et de l'innovation. Nous essayons d'accueillir et de faire réussir cette diversité : c'est un projet que nous menons en commun. Et, dans ce cadre, nous venons de signer un accord avec l'institut du service civique pour permettre à des étudiants ayant décroché de les faire revenir pour des études plus longues et leur permettre d'exprimer et d'exercer leur talent !"

Quelles sont vos ambitions en tant que président du Groupe INSA ?

"Le Groupe INSA a un rôle important de pionnier, et c'est une véritable ambition que de le rester. Nous avons l'objectif de faire rayonner l'enseignement supérieur français à l'international, avec un modèle hybride entre grande école (sélectivité, insertion professionnelle et très forte professionnalisation) et université (diversité, doctorat).

Nous voulons également montrer que nous sommes capables de créer les leaders de demain, très tournés vers l'entreprise tout en s'insérant dans nos écosystèmes. Ce sont nos spécificités qui font notre force !"