Chaque année, des milliers d'étudiants participent au programme Erasmus. Voyages, rencontres, découverte d'autres cultures, apprentissage de la langue, chacun y trouve son compte. Pour Orientations, quatre d'entre eux racontent leur expérience loin de France.

268 143. C'est le nombre d'étudiants européens à avoir suivi le programme Erasmus en 2012-2013, selon des chiffres publiés par la Commission Européenne le 10 juillet 2014. Un nouveau record qui atteste de cette envie qu'ont les étudiants européens de découvrir d'autres pays. Voyage, découverte, apprentissage, les raisons qui poussent ces jeunes à partir sont nombreuses. Que vivent-ils pendant ces longs mois loin de France ? Quels sont leurs doutes, leurs surprises ? Quel bilan tirent-ils de cette expérience ? Quatre d'entre eux reviennent sur cette expérience inoubliable.

L'apprentissage de la langue

L'envie d'apprendre une langue étrangère. Souvent, c'est la principale raison qui pousse les étudiants à vouloir partir dans un autre pays. C'est le cas de Gautier Cases, 22 ans, qui a décidé de faire sa première année de master à Copenhague, au Danemark. « Si j'ai voulu partir en mobilité Erasmus, c'est pour perfectionner mon anglais, explique l'étudiant. Dans la liste proposée par le bureau des relations internationales, j'ai éliminé les destinations où les cours n'étaient pas dispensés en anglais. Mon choix s'est porté sur Copenhague car leur université était classée 8e parmi les établissements européens, c'était donc un défi », détaille-t-il.

Grégoire Nartz, lui aussi, voulait progresser en anglais : « J'ai choisi de partir à Chypre ! D'abord, parce que c'était le pays le plus éloigné, aussi bien culturellement que géographiquement. Puis, la situation politique me paraissait intéressante, avec la séparation de l'île en deux. Mais la raison principale est que les habitants y parlent bien anglais. Je voulais améliorer mon niveau car mon but était de rentrer en école de journalisme », témoigne-t-il.

Pour Julia, 21 ans, étudiante en Langues Etrangères Appliquées (LEA), Erasmus s'imposait comme une obligation dans son parcours. Malgré un refus à l'université de traduction de Grenade, elle est acceptée à Soria, en Espagne. « Ça faisait longtemps que j'avais pris la décision de partir, avant même de savoir quelles études j'allais faire. Ce qui me plaisait, c'était l'idée de pouvoir voyager tout en continuant ma formation », décrit-elle.

De son côté, Aïcha Tazi, 25 ans, a opté pour l'université de Galatasaray, en Turquie, pour une tout autre raison : « c'est un pays qui m'avait toujours fasciné de par son histoire et son métissage culturel Orient/Occident. Je ne voulais pas partir dans un pays où j'avais déjà séjourné ou dont je parlais la langue. Mon choix a été guidé par le fait qu'il s'agissait d'une université francophone séculaire ayant reçu de nombreuses personnalités internationales telles que Georges W. Bush ou Jacques Chirac », expose-t-elle.

Un enrichissement culturel

Dans un pays voisin ou à l'autre bout de l' « Europe », ces étudiants ont pu découvrir d'autres cultures. Aïcha se souvient de ces « découvertes culinaires et linguistiques » en Turquie. « Une année riche, parsemée d'aventures qui se sont aujourd'hui transformées en anecdote », explique-t-elle. « J'ai pu visiter des lieux de cultes multiconfessionnels ainsi que les pays voisins », ajoute l'étudiante.

« La période Erasmus, c'est là où tu te rends compte que des personnes qui sont d'une culture très différente de la tienne peuvent devenir tes potes en deux minutes parce que vous aimez rire, parler de filles, boire et manger », plaisante Grégoire. « Je pourrais en parler des heures, continue-t-il, il faut savoir profiter du pays, des gens là-bas. Il y a beaucoup de gens qui repartent après 6 mois en ne connaissant rien de l'histoire du pays, en n'ayant jamais eu de conversation avec un autochtone et en ayant visité un seul lieu : la boîte de nuit des Erasmus. Je trouve ça inutile de partir pour faire ça », plaide-t-il.

« Puis il y a les fêtes espagnoles, s'exclame Julia, qui font le charme d'Erasmus, les 'San Juanes', fêtes locales de Soria, étaient vraiment quelque chose d'incroyable et complètement nouveau pour moi. J'ai trouvé ça beau de voir les espagnols attendre et préparer ces fêtes avec tant d'enthousiasme », décrit-elle. « C'était aussi l'occasion de faire des voyages. J'ai eu la chance de visiter le nord, le sud, Madrid la capitale et même de partir à Milan avec une autre amie Erasmus. On découvre de nouvelles cultures, de nouvelles façons de vivre et de voir les choses, c'est très enrichissant » enchérit-elle.

Gautier aussi a tenté de s'acclimater à la culture locale et de vivre comme un danois : « Il a été plus facile pour moi de m'habituer à parcourir 10 à 15 km par jour à vélo que d'apprécier la nourriture danoise », ironise l'étudiant. « En tout cas, j'ai visité de superbes lieux », ajoute-t-il avec mélancolie. Des descriptions qui ravivent en eux d'heureux souvenirs, à en croire leurs généreux sourires.

Des souvenirs impérissables...

Erasmus, c'est aussi l'année des rencontres. « Des personnes extraordinaires, raconte Gautier, tant mes amis étudiants internationaux avec qui j'ai pu tisser des liens très forts qui nous amèneront à nous revoir malgré la distance entre nos pays respectifs, mais également l'équipe éducative, l'administration, disponible et aimable comme la majorité des danois ».

Un facteur humain qui a aussi beaucoup marqué Aïcha lors de son année en Turquie : « J'ai rencontré des australiens, des hollandais, des taïwanais, des qataris, j'ai découvert énormément sur leur culture et leur mode de vie, ça m'a donné envie de découvrir leur pays et j'ai gardé contact avec eux grâce aux réseaux sociaux », dévoile-t-elle.

Même remarque pour Julia, qui a « tissé des liens d'amitié très forts » avec certaines personnes pendant cette période et qui pense « garder contact encore longtemps ». Une ouverture qui a beaucoup aidé Grégoire : « je suis revenu beaucoup moins timide d'Erasmus, maintenant, je sais comment adresser la parole à des inconnus. Ce qui est bien c'est que tout le monde soit sur la même longueur d'onde, ça aide beaucoup pour parler aux gens et se faire des amis », analyse-t-il.

... malgré les difficultés

Même s'ils ne retiennent que le positif de leur année loin de l'Hexagone, les quatre étudiants préviennent : tout n'est pas toujours tout rose. En Turquie, Aïcha a eu beaucoup de mal à cause de la « barrière de la langue ». Pour Gautier, l'éloignement a été très difficile les premières semaines. « Les débuts ont été très durs : le climat différent de mon sud natal, la vie dans une capitale, dans un pays inconnu, la barrière de la langue. Puis il a été compliqué de vivre loin de mes proches puisque même si j'habitais seul depuis des années, j'étais à moins de 50 km de leur domicile et je rentrais les voir souvent », confie-t-il.

L'étudiant évoque aussi les méthodes éducatives et les cours, « très différents de ceux dispensés en France » avec lesquels il a mis un certain temps à s'adapter. Des difficultés qu'a ressenties Julia au début de son séjour à Soria : « j'ai eu du mal à choisir quelles matières correspondaient le mieux à ma Licence LEA, car en Espagne, je suivais une licence de traduction et d'interprétation. En plus, j'étais la première de mon université à bénéficier de cet échange Erasmus avec la fac de Soria donc je n'avais pas l'aide d'anciens Erasmus ou le bordereau des matières préétablies », ajoute-t-elle.

Grégoire quant à lui, a eu du mal à trouver un logement. « J'ai alterné entre le couchsurfing* et les auberges de jeunesse la première semaine et au bout de 10 jours j'avais trouvé un appart avec quatre filles », raconte-t-il. « Autre difficulté peut-être : l'administration du pays, reprend l'étudiant. Il faut comprendre comment ils fonctionnent, s'adapter aux horaires. Par exemple les banques à Chypre fermaient en début d'après-midi et vu que le réseau de bus est miteux, je ne pouvais pas aller à la banque et à la poste dans la même journée car elles étaient trop éloignées l'une de l'autre. »

Un bilan incroyable

Tous sont d'accord : une année Erasmus est riche en découvertes, en rapports humains. Une période qui fait grandir, qui ouvre à d'autres cultures. Mais surtout, une étape clé dans la vie d'étudiant qui fait évoluer sur le plan scolaire. « J'ai validé ma licence avec de bonnes notes et j'ai vraiment amélioré mon niveau d'espagnol », souligne Julia. Une remarque partagée par Gautier qui a effectué « des progrès fulgurants en anglais » et validé ses deux semestres avec des moyennes très satisfaisantes.

De son côté, Grégoire a atteint son « objectif en anglais », et en plus, il a pu suivre des cours sur l'histoire chypriote, les sciences politiques et s'initier au Grec : « j'ai pas mal appris », se réjouit-il. « Au niveau scolaire, en Turquie j'ai eu l'opportunité d'assister à des séminaires avec des personnalités politiques telles que Robert Badinter, Alain Juppé, le consul de France en Turquie, le ministre des affaires européennes turc, ou encore Cristina Kirchner, la présidente de l'Argentine. J'ai aussi pu participer à la rédaction d'un ouvrage collectif sur la question préjudicielle de constitutionnalité », raconte Aïcha.

Un apport indéniable pour la suite de leurs études et leur entrée dans le monde du travail. « Ça m'a beaucoup apporté sur le plan personnel : autonomie, confiance en soi, mais aussi au niveau relationnel », détaille Julia. Une aventure « formidable », définit-elle que « tout le monde devrait avoir la chance de vivre. L'Erasmus est en fait le 'Grand Tour' du 21e siècle », finit-elle.

* Le couchsurfing permet de voyager à travers le monde en logeant gratuitement chez différents habitants. En contrepartie, il faut aussi accueillir des voyageurs sur son canapé.