Lundi 12 février, Cédric Villani, député LREM de l’Essonne, et Charles Torossian, inspecteur général de l’Education nationale, ont présenté leur rapport sur l’enseignement des mathématiques.

« Multiplier 35,2 par 100 représente un obstacle majeur pour la moitié des élèves en fin de primaire. » C’est l’un des constats que dressent les deux auteurs du rapport sur l’enseignement des mathématiques. Cédric Villani et Charles Torossian ont présenté 21 mesures afin de redonner goût aux mathématiques et surtout améliorer le niveau des élèves.

Les maths : la nouvelle « priorité nationale »

En effet, un jeune sur dix est en difficulté dans l’utilisation des mathématiques dans la vie quotidienne. Un niveau qui ne cesse de se dégrader à en croire l’enquête TIMSS publiée en 2016. Dans ces 21 mesures, Cédric Villani propose donc de faire de cette discipline une priorité nationale dès le CP.  « Pour remédier aux problèmes de l’enseignement des mathématiques, il n’y a pas de recette miracle mais de nombreuses pistes peuvent être suivies », a expliqué le mathématicien, lors de la présentation de son rapport. 

Une formation basée sur l’expérimentation

Inspiré de la méthode de Singapour, l’enseignement des mathématiques devra être fondé sur « la manipulation et l’expérimentation, la verbalisation et l’abstraction ». « Il faut savoir doser plaisir et exercice, la théorie et les problèmes, la rigueur et la souplesse », précise Cédric Villani. Cette méthode devrait permettre aux enfants de mieux visualiser les nombres. Ainsi, dès le CP, les élèves apprendront le système des quatre opérations, contrairement à aujourd’hui, où elles sont apprises tout au long du primaire.

Le rapport prend également exemple sur la Finlande dont la méthode est de favoriser l’intuition des enfants, notamment lors des travaux en groupes. Avec ces nouvelles techniques d’apprentissage, les élèves pourront ainsi développer les automatismes nécessaires pour mémoriser plus facilement les calculs. 

Anticiper la montée du numérique

Cet apprentissage doit continuer tout au long de la scolarité. « Nous devons apprendre à former nos jeunes en science algorithmique de l’école primaire au lycée. C’est une formation cruciale pour les préparer à tous les métiers de demain », estime Cédric Villani. Pour cette raison, le mathématicien propose d’intégrer les mathématiques à d’autres disciplines comme la technologie au collège, l’informatique ou la physique-chimie au lycée. 

Au lycée, les mathématiques deviendront un intermédiaire pour entrer dans l’enseignement supérieur. « La discipline est devenue une des clés pour accéder aux études et aux écoles les plus recherchées », peut-on lire dans le rapport. Le programme des premières et des terminales sera entièrement revu pour être « en synergie avec l’enseignement supérieur ». Les lycéens apprendront à démontrer, utiliser les logiciels, répondre à des questions de réflexion et acquérir une culture mathématiques. Le rapport préconise d’instaurer huit à neuf heures de cours par semaine pour présenter les grands domaines des mathématiques. Ce module de « réconciliation » avec les mathématiques permettra aux élèves de prendre conscience de son importance.

Des professeurs mieux formés en licence

Autre difficulté : le niveau des professeurs en mathématiques. Un tiers d’entre eux déclare ne pas aimer enseigner les maths. « La formation des enseignants est la mesure la plus importante de notre rapport. Il s’agit d’un besoin vital et urgent si l’on veut redresser le niveau de nos élèves », explique Cédric Villani.

Pour cela, les futurs professeurs auront la possibilité d’intégrer une licence adaptée, juste après le bac. Jusqu’à présent, la plupart des étudiants effectuaient une licence en sciences humaines, plus littéraire, avant d’entrer dans un master spécialisé pour se préparer à devenir enseignant. Cette nouvelle licence permettra d’harmoniser le niveau des futurs enseignants, notamment en mathématiques. « Un professeur mieux formé est un professeur plus en confiance et qui n’hésitera pas à recourir à plusieurs méthodes d’enseignement. A l’issue, le niveau de nos élèves ne pourra qu’en être relevé. »

Des syndicats enseignants peu satisfaits

Néanmoins, pour le SNUIPP, syndicat national des enseignant, cette réforme est loin d’être une nouveauté : « Les références aux trois phases d’apprentissage, à l’importance du calcul mental, au travail sur le sens des opérations figurent déjà dans les programmes de 2016. »

Les professeurs s’inquiètent aussi de ces nouvelles méthodes qu’ils jugent inapplicables en France : « Singapour n’est pas Clichy-sous-Bois ni Rodez et le protocole Savoir lire écrire compter calculer (SLECC) cher à l’un des membres de la mission a échoué à faire la preuve de son efficacité. »

D’après le syndicat, ces nouveaux changements sont source de stress. Après une refonte des programmes initiée en 2016, les professeurs ne se sont pas encore bien adaptés. « Enseignants et enseignantes n’ont pas besoin de nouveaux changements, ils aspirent à travailler dans la cohérence et la continuité en bénéficiant de conditions de travail améliorées. »