Les filles sont encore minoritaires dans les études d'ingénieur. En cause, le manque d'information sur l'accès à ces filières et la persistance de certains stéréotypes.

Les études d'ingénieurs attirent encore trop peu les filles. Chaque année, les écoles sont donc de plus en plus nombreuses à organiser des opérations leur étant destinées. L'objectif ? Susciter des vocations auprès des lycéennes et des étudiantes.

Des chiffres éloquents

Même si chaque année, leur présence semble augmenter, les femmes sont encore peu nombreuses en écoles d'ingénieurs. Selon le ministère de l'Education nationale, en 2014, 41 % des élèves des terminales scientifiques (S, STI2D et STL) sont des filles.

Après le baccalauréat, elles sont une minorité à s'orienter vers des études scientifiques. Et pour cause, dans les classes préparatoires scientifiques, il n'y a que 29,7 % d'étudiantes. Ainsi, en 2012-2013, les femmes représentaient 28,1 % des effectifs des inscrits en écoles d'ingénieurs. Un chiffre en très légère hausse, puisqu'il était de 26,8 % en 2007-2008.

Quelles causes ?

« Les femmes, il faut qu'on aille les convaincre, explique Christian Lerminiaux, ancien président de la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs (CDEFI), dans une interview accordée à Orientations. Pour cela, il faut que l'on communique un peu plus sur le fait que le métier d'ingénieur peut aussi être un métier de femme. Aujourd'hui, ce n'est pas ce qu'elles ont en tête. Cette profession est toujours vue comme un métier en blouse grise, blanche ou bleue, les mains dans le cambouis », détaille-t-il.

Pour Yvonne Pourrat, ingénieure agronome et docteur en physiologie végétale, experte à la Commission européenne et chargée de mission à la Commission Recherche Etudes et prospective de la Conférence des écoles françaises d'ingénieurs (CDEFI), « Le problème vient de tous les stéréotypes sociaux, de l'éducation. A l'école, les parents comme les professeurs attendent moins d'une fille que d'un garçon dans des matières comme la physique ou les mathématiques. C'est inconscient mais réel. Nous vivons dans une société très peu imprégnée des préoccupations scientifiques et nous ne donnons pas aux filles le goût des sciences. Un garçon peut s'identifier à Bill Gates alors qu'une femme a très peu de modèles auxquels s'identifier », argue-t-elle.

Des efforts pour y remédier

Depuis plusieurs années, de nombreux efforts sont menés par les établissements pour remédier à ce problème. Ainsi, la CDEFI a par exemple mis en place l'« Opération Ingénieuse », reconduite chaque année. L'objectif ? Promouvoir les filières et les métiers scientifiques et techniques auprès des jeunes filles, lutter contre les stéréotypes de genre et les idées reçues, et promouvoir l'égalité femmes-hommes.

De même, d'autres projets ont été créés pour inverser la tendance. C'est le cas de « Femme Ingénieure », initiative créée par plusieurs écoles d'ingénieurs pour montrer que la profession est ouverte et prometteuse pour toutes les jeunes femmes qui aiment les sciences et souhaitent faire carrière dans le domaine.

Pour Yvonne Pourrat, il faudrait aller plus loin. Selon elle, il convient avant tout d'« améliorer l'image de la technologie dans la société ». « Les machines et la technologie sont considérées comme liées à la masculinité, expose-t-elle. Si vous tapez 'femme ingénieur' sur Google, vous verrez des photos de filles portant un casque de chantier. Mais ingénieur, ce n'est pas seulement être sur un chantier. En Angleterre, ils font des concours à la télévision, des scénarios où les héros sont des femmes scientifiques. En France, ces femmes sont très peu présentes dans les médias », témoigne-t-elle.

Un diplôme d'ingénieur, plusieurs accès

Les écoles d'ingénieurs, soucieuses d'instaurer plus de parité parmi leurs élèves, sont désormais nombreuses à mener aux côtés d'associations des actions de sensibilisation auprès des collégiennes et lycéennes. Une partie de leur message consiste à informer sur les différentes voies d'accès aux filières d'ingénieurs.

En effet, certains élèves peuvent être découragés par la perspective de faire une classe préparatoire, par leur côté trop théorique ou trop compétitif. Pourtant, de nombreux diplômés d'écoles d'ingénieurs ne sont pas passés par la case prépa.

De plus en plus d'écoles d'ingénieurs peuvent également être intégrées à l'issue d'un autre cursus (BTS, DUT, L2, Master...) grâce aux admissions parallèles.

Une diversité de métiers

Le manque de visibilité des métiers auxquels mènent le diplôme d'ingénieur et la persistance de stéréotypes peuvent expliquer le manque d'attractivité de ces études chez les filles. Pourtant, un diplôme d'ingénieur ouvre de nombreuses portes.  Recherche-développement, fabrication, conseil,... les ingénieurs se retrouvent dans de multiples fonctions de l'entreprise, dans tous les secteurs.

La polyvalence de leur diplôme leurs permettront d'évoluer avec facilité vers d'autres métiers comme le marketing ou les ressources humaines. « Il y a des secteurs dans lesquels les femmes considèrent qu'elles ne veulent pas être. Peu savent que quand on fait un diplôme d'ingénieur, on peut rentrer dans un service achat, c'est pourtant aujourd'hui un débouché classique », argue Christian Lerminiaux.

Les femmes ingénieurs séduisent les entreprises

Les filles sont de plus en plus recherchées par les entreprises. Et pour cause : sur près de 750 000 ingénieurs recensés en France, les femmes ne représentent, pour le moment, qu'une part moyenne de l'ordre de 17 %, révèle l'enquête 2012 de l'Observatoire des ingénieurs. La profession est, par conséquent, celle dans laquelle la proportion de femmes reste la plus faible par rapport aux autres domaines scientifiques...

Des progrès sont néanmoins visibles puisque les chiffres grimpent à 26 % pour les moins de 30 ans. Et cette proportion devrait, sans nul doute, augmenter, les entreprises se démenant également pour attirer des femmes ingénieurs et booster leur parcours.

« Nous multiplions les opérations, et faisons  intervenir des opérationnels, notamment des femmes, dans les différents salons et forums étudiants. Avec l'objectif clairement affirmé qu'il est possible de faire une très belle carrière en étant une femme ingénieur », explique, Émilie Rambaud, responsable recrutement de l'équipementier aéronautique et nucléaire Daher. Une tendance qui offre de belles perspectives aux femmes qui voudraient se lancer dans une carrière d'ingénieure.

Dernière mise à jour : 3 juin 2015