Une nouvelle formation dans le marché de l'art. Et elle n'est pas proposée par n'importe qui : le célèbre hôtel des ventes Drouot, fondé en 1852. La première promotion a accueilli cette année 40 étudiants, qui ont suivi une formation généraliste afin de devenir  consultants spécialisés du marché de l'art. Petit aperçu de cette toute nouvelle école...

"Certains de mes confrères, qui ont créé des conférences, avaient la volonté de fonder ce cycle de formation. Au départ, c'était un mode plutôt associatif. Mais le concept a bien pris : il s'est développé et a été organisé au fur et à mesure." Jean-Philippe Allardi, président de Drouot Formation, semble plutôt fier de l'avancée et de la réalisation de la formation proposée par célèbre hôtel des ventes. Il faut dire que la société a mis près d'une quinzaine d'années avant de proposer cette formation, reconnue par la profession ainsi que par l'Etat.  

"Une véritable école du marché de l'art"

"On avait une vraie mission à remplir, avec de vrais talents. En créant cette filiale de Drouot, nous pouvions nous structurer comme une véritable école du marché de l'art", précise Jean-Philippe Allardi. Une chose qui s'est bel et bien concrétisée : "Sur le plan administratif, nous sommes une école à part entière", poursuit-il. Et en effet, l'école est considérée comme un "établissement d'enseignement supérieur libre". Les étudiants sont ainsi perçus comme n'importe quels autres étudiants : sécurité sociale, conventions de stage, réductions,... Si tout va bien, dans deux ans, Drouot Formation aura même la certification professionnelle, délivrée par l'Etat. Et, plus important encore : la profession reconnait d'ores et déjà cette formation intensive.

L'admission se fait sur dossier et entretien. Il arrive ainsi que des candidats soient refusés. Bien qu'il ne faille pas de titre pré-requis, les postulants sont bien souvent "bardés de diplômes", selon l'expression de Jean-Philippe Allardi. Des étudiants d'ailleurs principalement issus d'une formation double en droit et art, prêt à déboursés 9200 euros pour suivre une année.

Une formation généraliste

La formation est généraliste : on n'y forme pas des experts, mais on leur inculque les réflexes des experts. "Nous proposons notre cycle long pour les étudiants, mais nous disposons également de cycles très courts, ainsi que de formules "à la carte" pour les entreprises et les particuliers", détaille Frédéric Ballon, directeur de Drouot Formation. Les élèves sont encadrés : tutorat, entretiens,... Mais ils sont également en immersion, en face, dans l'hôtel des ventes.

La formation comporte quatre volets. Le premier concerne évidemment l'histoire de l'art, à savoir les beaux-arts et les arts décoratifs. Les élèves jouissent également d'une initiation aux outils d'expertise. Ils bénéficient ensuite d'un solide exposé du fonctionnement du marché. C'est l'occasion d'apprendre la législation : tous les objets ne peuvent, par exemple, être proposés à la vente. Enfin, les étudiants abordent la construction du réseau, c'est-à-dire le travail avec d'autres professions.

Plusieurs phases de formation

Philippe Ancelin est commissaire priseur, historien de formation. Il enseigne aux étudiants qui poursuivent cette formation professionnalisante. Aujourd'hui, il anime l'atelier expertise en joaillerie. La première phase consiste à regarder l'aspect général de l'objet. "Un bijou vraiment caractéristique d'une époque, d'un style, va être considéré à l'égal d'un objet artistique pour l'estimation", précise-t-il. Des ateliers auxquels prennent part les étudiants. "Je les teste un peu. Je leur présente l'objet. Je ne peux évidemment pas me contenter d'un "oh, c'est beau !" J'essaie de les faire aller au-delà". Et cet au-delà, c'est la phase deux : examiner à la loupe un bijou, pour en apprécier les diamants. Cela permet de savoir si l'objet a été réalisé grâce à des matériaux de récupération, ce qui diminue sa valeur. L'objet présenté, une broche en or jaune sertie de diamants, sera estimée à 3 000 euros. Si elle avait été porteuse d'une signature de marque, elle aurait valu 8 000 à 10 000 euros...

Une école tournée vers l'international

"Les profils de nos étudiant sont hétérogènes. Nous avons des personnes d'une quarantaine d'années, en pleine reconversion. Des étudiants disposant de plusieurs diplômes, et souvent étrangers, postulent également. Mais nous avons aussi des jeunes issus d'un cursus en école de l'art, comme l'Ecole du Louvre, qui possède une formation académique excellente, mais propose très peu de pratique", explique Frédéric Ballon. Le brassage de cultures est donc opéré au sein de la formation, ainsi que par la pratique, dans l'hôtel des ventes, qui accueille chaque jour entre 5 000 et 6 000 personnes.

De plus, l'école signera l'an prochain des partenariats avec des écoles anglaises et américaines. Enfin, dès cet été, les premiers cours en anglais seront donnés à Drouot Formation. L'école se tourne donc résolument vers l'international, plus par obligation que par choix : le marché de l'art est en effet un marché mondial !