Plus de 700 étudiants sont mobilisés contre la réforme de l’université qu’ils jugent discriminante.

« Accepter cette loi, c’est ouvrir la boîte de Pandore », peut-on lire dans le communiqué publié par Sciences Po le 21 avril et reproduit par Le Monde. Depuis une semaine, les « fabriques à élites » font de la résistance. D’abord à Grenoble et à Strasbourg où une centaine d’étudiants ont décidé de bloquer leur établissement pendant quelques jours. Un mouvement suivi par d’autres IEP comme celui de Paris, Lille et Rennes. 

Face à cette mobilisation, 700 étudiants venant de dix établissements français différents ont décidé d’expliquer leur opposition à la loi ORE dans un communiqué commun pour y dénoncer la sélection imposée par le gouvernement.

Une loi discriminante

« Loin de donner à tous le droit à l’éducation, la loi ORE instaure une sélection à l’entrée de l’Université », préviennent les étudiants. D’après eux, la réforme votée le 8 mars dernier, ainsi que celle du lycée et de l’apprentissage, vont contribuer à accentuer les discriminations et l’esprit de compétition entre les élèves. « La sélection est socialement discriminante. (…) Les élèves de terminale (…) devront espérer l’échec de leurs camarades pour accéder aux amphithéâtres de l’Université », regrettent les étudiants.

Mais cette sélection risque également d’empêcher l’université de jouer son rôle de lieu ouvert à tous. « Elle n’aura plus le rôle de forger le ou la citoyenne de demain mais d’identifier les désignés aptes à diriger un peuple étiqueté comme inculte et incapable. » 

Et pire encore, la sélection contribuerait à creuser « les inégalités entre les facultés et les universités ». Les étudiants déplorent d’ailleurs « une attaque majeure contre le service public de l’éducation ». « S’opposer à la sélection, c’est finalement s’opposer à cette idéologie du profit à tout prix, de l’individualisme et du chacun pour soi », détaillent les étudiants.

Bientôt une université payante ?

Outre la discrimination, les étudiants craignent surtout que le système éducatif empire. « La prochaine étape sera d’accepter l’université payante et la suppression des bourses au nom de ce manque [de moyens]. » Car selon les auteurs du communiqué, le problème n’est pas seulement la sélection ou l’absence de places dans les filières en tension mais davantage un problème financier. « Le gel des budgets menace cette capacité essentielle du système universitaire d’accueillir tous les étudiants. »

Les signataires du communiqué ont donc rappelé leur soutien aux manifestants, lycéens et étudiants, « face à la répression qu’ils subissent actuellement ». « L’université doit rester un espace d’émancipation, d’ouverture intellectuelle, de réflexion, de débat d’idées et de positionnement politique », ont-ils précisé. Les étudiants espèrent à présent que « la mobilisation permettra d’établir un rapport de force avec le gouvernement pour le conduire à la raison ».

Un manifeste plus long devrait être publié dans les jours à venir pour « décrire précisément en quoi consiste [leur] opposition ».