400 signataires dénoncent l’érection d’un « mur de l’argent ».

Ils s’appellent Lilian Thuram, Juliette Binoche, Cédric Klapish, Thomas Piketty, Isabelle Adajani ou Guillaume Meurice et ont ceci de commun qu'ils demandent le retrait de la mesure instaurant une importante augmentation des frais d’inscription à l’université pour les étudiants extra-communautaires (étrangers de l’Union européenne).

« Mur de l’argent »

Cette augmentation a été annoncée au mois de novembre dernier par le premier ministre Edouard Philippe. A partir de la rentrée 2019, une année de licence coûtera désormais 2 770 euros à un étudiant africain, asiatique, russe ou américain, contre 170 euros actuellement. Les masters et doctorats sont également concernés : 3 770 euros par an au lieu de 243 ou 380 euros.

« C’est un mur de l’argent que le gouvernement est en train de construire contre les étudiants étrangers » écrivent les auteurs du texte paru dimanche dernier dans le JDD, les écrivains et enseignants Vincent Message et Sylvain Pattieu. Les 400 signataires de la tribune, parmi lesquels de nombreux artistes, écrivains, enseignants et scientifiques, dénoncent une mesure « prise par décret, sans débat démocratique », qui « ne figurait pas dans le programme d’Emmanuel Macron » . 

« Sélection selon la richesse et l'origine »

Pour eux, cette augmentation est discriminatoire envers les étudiants les plus démunis, qui ne pourront pas payer les frais d’inscriptions ni se permettre de s’endetter auprès des banques. Ils y voient ainsi une « insupportable » « sélection selon la richesse et l’origine géographique », considérant que l’augmentation portera surtout préjudice aux « étudiants du Maghreb et de l’Afrique francophone (qui représentent 45 % des étudiants étrangers en France) ».

C’est aussi « un coup porté à la francophonie comme institution » et « au français comme langue d’enseignement dans le monde », poursuivent les auteurs. Mais cette mesure fait craindre une suite : « Il est évident que les droits d’inscription augmenteront ensuite pour les étudiants de l’Union européenne, puis pour tous les étudiants français. » 

Ils demandent le retrait de la mesure

Les auteurs de la tribune rappellent que la France est l’ « un des pays développés qui consacre le moins d’argent à l’enseignement supérieur » et que « faire payer tous les étudiants, y compris les plus pauvres » pourrait créer une situation comme celle connue aux Etats-Unis, où les frais d’inscription en université sont très élevés. Une situation peu envieuse. Là-bas, « la dette étudiante atteint 1 500 milliards de dollars et menace l’équilibre de l’économie ».

« C’est la raison pour laquelle nous demandons au gouvernement le retrait de cette mesure et l’ouverture d’un débat national sur le financement des universités », conclut la tribune.