Depuis près d'un mois, des milliers d'étudiants et lycéens se réunissent chaque semaine dans la rue pour protester contre la loi Travail. Une récente note d'information semble leur donner raison : depuis 35 ans, les politiques publiques sont défavorables aux jeunes.

Les politiques publiques sont-elles défavorables aux nouvelles générations ? C'est le constat que font Marine Boisson-Cohen et Pierre-Yves Cusset dans une note d'information publiée par l'organisme de réflexion France Stratégie.

Les seniors avant les juniors

Le message de cette note est clair : depuis plus de 35 ans, les politiques publiques sont favorables aux personnes âgées, au détriment des moins de 25 ans. Les auteurs de la publication notent des difficultés pour les jeunes dès les années 1970, avec « une aggravation depuis la crise de 2008 ».

Cela se traduit par des chiffres édifiants : entre 1979 et 2011, la part du PIB consacré aux seniors de plus de 60 ans a progressé, de 11 à 17 %. Dans le même temps, celle accordé aux jeunes de moins de 25 ans a été réduite de 8,5 à 8 %. 

« La principale raison pour laquelle les dépenses à l'égard des plus âgés sont plus importantes est simplement liée au fait que les plus âgés sont plus nombreux », explique Pierre-Yves Cusset. Si le vieillissement de la population est un facteur inévitable, si bien qu' « il n'y a rien d'anormal à ce que les plus âgés absorbent une part importante des dépenses de protection sociale », « le vieillissement démographique rend la poursuite de cette tendance non soutenable pour les années à venir », écrit la publication.

Taux de pauvreté record chez les moins de 30 ans

Les auteurs de la note soulignent ainsi l'importance de rééquilibrer les dépenses publiques selon les classes d'âges. Ils s'appuient pour cela sur un autre constat : l'évolution du taux de pauvreté. « Jusqu'à une période récente, c'étaient les plus âgés qui avaient le niveau de vie le plus faible. Aujourd'hui c'est le contraire, ce sont les jeunes », observe Pierre-Yves Cusset. 

Entre 2002 et 2012, le taux de pauvreté a progressé de 12,9 à 13,9 % sur l'ensemble de la population française. Si on peut se féliciter de la baisse du taux de pauvreté chez les plus de 60 ans (de 9,9 à 8,3 % sur cette même période), il a en revanche augmenté chez l'ensemble des moins de 30 ans, et reste largement supérieur à la moyenne nationale. Il est monté de 16,7 à 19,6 % chez les moins de 18 ans, de 17,6 à 23,3 % chez les 18-24 ans et de 11 % à 15 % chez les 25-29 ans. 

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Education, emploi, logement : quand tout devient compliqué

Les auteurs pointent du doigt un désintérêt des politiques publiques pour l'enseignement : « Les dépenses d'éducation ont progressé moins rapidement en France qu'en moyenne dans les pays de l'OCDE ». Mais si « la situation des jeunes est aujourd'hui difficile », cela vient en réalité d'un ensemble de facteurs : « Niveau de vie, chômage, précarité, accès au logement, indépendance financière. » Rien ne semble épargner les nouvelles générations.

Cette note d'information va dans le sens de milliers d'étudiants et de lycéens qui battent le pavé, depuis près d'un mois, pour demander le retrait d'un projet de loi Travail qu'ils jugent inadapté à leurs besoins, à leurs attentes et à leur avenir.