Orientations a décidé de vous faire découvrir les coulisses des délibérations du bac, pour voir comment les décisions d'attribution ou non du fameux examen étaient décidées. Et ce, en donnant la parole à une professeure, qui a assisté hier à ces délibérations.

Quelques jours ou la veille de la publication des résultats officiels du bac, les jurys d'examen se retrouvent lors des délibérations pour dire si on attribue ou non le bac à tel ou tel élève ayant eu une note proche de la moyenne ou proche de 8, pour qu'il aille aux rattrapages.

"Le but, c'est de donner le bac"

Mais, dans la réalité, ça ne se déroule pas tout à fait comme cela. Quand on arrive aux délibérations, on t'annonce assez rapidement la couleur : "Le but, c'est de donner le bac !"

Dès le début de la séance, nous apprenons ainsi combien de candidats ont été admis, refusés et/ou sont au rattrapage. Dans mon centre d'examen, sur environ 200 candidats, seulement 90 étaient admis directement, 50 étaient au rattrapage et les autres (60 élèves) étaient recalés... Et c'est là que nous intervenons : pour permettre à certains des refusés d'aller au rattrapage, à certains repêchés d'être admis directement et à certains admis d'obtenir une mention. C'est un peu comme la Star Academy, sauf que le président du jury a l'air moins sympa que Nikos.

Jusqu'à 35 points en plus

Une fois ces chiffres donnés, on nous demande d'émarger... et personne ne contrôle qui nous sommes ! Vient ensuite le début des délibérations. Mais, premier constat, personne ne nous explique vraiment ce qu'il va se passer. Au tableau figurent juste des chiffres, qui nous indiquent de combien de points au maximum on va pouvoir "relever" la note du candidat, afin qu'il obtienne son bac ou qu'il aille au rattrapage. Ces chiffres ont été, apparemment, fixés la veille, lors de la réunion d'harmonisation.

Donc, voici ce qui peut faire office de "barème" :

  • pour un élève qui aurait un avis très favorable,  on peut remonter de 35 points !
  • avis favorable : 30 points !
  • assez favorable : 25 points !
  • et pour un élève qui doit faire ses preuves : 20 points !

En revanche, pour la mention, on avait le droit d'augmenter de "seulement" 15 points...

L'anonymat n'est pas des plus respectés

Second constat : lorsqu'on applique vraiment les règles de l'anonymat, les délibérations sont particulièrement longues. Par exemple, le jury d'examen voisin passait par un vidéoprojecteur les résultats des candidats : cela évite que le président du jury et son secrétaire ne soient obligés de lire les notes... sauf que les noms des candidats sont affichés, et donc que la règle de l'anonymat n'est pas respecté !

Je vous avoue, pour autant, que j'ai également demandé si on pouvait procéder de la même manière dans notre jury. S'en est suivi tout un débat sur l'anonymat que j'ai décidé de rapidement couper étant donné que deux de mes copies n'étaient pas anonymes. Pour la première, le candidat était absent (oui, on relève les copies des absents également) et son nom figurait en énorme ; pour la seconde, les étiquettes (avec nom, matricule et numéro de candidat) avaient glissé...

La collégialité fait débat

Autre constat : la décision collégiale crée une sacrée cohue. Entre les collègues qui rattraperaient tout le monde, ceux qui rattraperaient personne et ceux qui s'abstiennent tout le temps, on se croirait à une séance de vote à l'Assemblée Nationale. Au début, tout le monde est concentré, on accorde les points si et seulement si tous les professeurs sont d'accord. Puis, peu à peu, on se disperse, on continue à voter à main levée, mais la décision collégiale n'est plus de mise...

Cela devient parfois un peu comme si on te demandait d'ajouter des points à un candidat dans ta propre matière, alors que tu n'en as pas franchement envie, et qu'on argumente pour cela : "On lui met le point, comme ça on partira plus tôt la semaine prochaine" (et oui, s'il est admis, il ne passe pas le rattrapage...). Il y a également les constats dépités, quand vraiment aucun professeur ne veut "sauver le candidat... sauf le président du jury ! Bref, au fur et à mesure des délibérations, on se dissipe, on discute avec ses voisins, on consulte son téléphone portable...

Des règles du jeu variables

Les délibérations sont donc vraiment faites pour que les candidats qui ont été sérieux soient aidés (et, pour cela, nous avons les livrets scolaires qui sont vraiment disséqués). C'est en quelque sorte la règle du jeu. Mais quand on sait qu'un candidat de série technologique ne peut pas avoir en-dessous de 5 en philosophie, sinon il y a une double correction (et encore, le rectorat voulait que ça ne descende pas en-dessous de 8, mais le professeur en question a protesté), ou qu'à l'oral d'anglais, les grilles de notation sont faites en sorte que les élèves n'aient pas moins de 4 (à partir du moment où ils ont parlé ou tenté de parler anglais), les règles sont quelque peu tronquées...