D'après une étude du Cnesco, l'école ne parvient pas à limiter les inégalités sociales entre élèves. Au contraire : les politiques égalitaires sont responsables malgré elle d'une amplification de ces inégalités.

A trop vouloir réduire les inégalités, l'école créé l'effet inverse. Selon une étude du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco), publiée mardi 27 septembre, les politiques d'égalité mises en place au sein de l'école françaises ne sont pas efficaces. Pire, elles sont en partie responsables du fossé toujours plus grands entre enfants issus de différentes catégories sociales.

De moins bonnes conditions d'enseignements dans l'éducation prioritaire

L'étude constate pour commencer que les établissements en zones d'éducation prioritaire n'offrent pas le même enseignement que les autres écoles. « Sur des dimensions centrales dans les apprentissages, les élèves n'y bénéficient pas d'une qualité d'enseignement identique à celles des élèves scolarisés en établissements ordinaires », écrit le Cnesco, qui souligne par ailleurs que l'impact des classes moins chargées (de deux élèves par classe en moyenne) ne permet pas de compenser ces écarts.

Concrètement, le Cnesco montre que « le temps d'apprentissage, les pratiques pédagogiques et l'expérience professionnelle des enseignants » des élèves défavorisés n'est pas au niveau de celui de leurs pairs favorisés. Parmi les raisons évoquées : « problème de discipline, exclusions et absentéismes des élèves, absentéisme des enseignants, pratiques pédagogiques moins porteuses et recours à des non-titulaires et des enseignants peu expérimentés plus développé et accru sur la dernière décennie ».

Le bac : un facteur d'inégalité

Ces inégalités se ressentent jusqu'au bac. Là où l'examen le plus symbolique de France devrait niveler les chances des élèves, il joue considérablement sur les opportunités de poursuite d'études et d'insertion professionnelle. D'une part, le taux de réussite dépend fortement de l'origine sociale : 90 % des enfants de cadres et enseignants obtiennent le bac aujourd'hui (dont 40 % un bac S), contre 40 % seulement des enfants d'ouvriers non-qualifiés (dont 5% un bac S). Ainsi, l'évolution constante du taux de réussite au baccalauréat (88,5 % d'admis en 2016, soit 78,6 % de bacheliers dans une génération) masque « la réalité des inégalités sociales de diplomation : il existe toujours un inégal accès au baccalauréat selon l'origine sociale ». 

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En outre, le Cnesco note « un inégal accès aux voies d'enseignement » : les classes de bac professionnel sont majoritairement composées d'élèves issus de l'immigration et/ou d'origine sociale modeste, à l'inverse des filières générales et technologiques. 

Combattre une inégalité devenue horizontale

Or, l'accès à l'enseignement supérieur n'est pas le même selon le bac obtenu : 55 % des bacheliers généraux intègrent l'université ou une filière sélective du supérieur, quand 67 % des bacheliers pros s'arrêtent à ce niveau. Ce qui a aussi une répercussion sur l'emploi : « Sept mois après l'obtention d'un diplôme, 46 % des bacheliers professionnels sont au chômage ». Et après trois ans de vie active, le taux de chômage des bacheliers pros est beaucoup plus élevé (23 %) que celui des bacheliers généraux (17 %).
 
Pour lutter contre les inégalités, le Cnesco préconise ainsi « de passer d'une conception verticale des inégalités de diplomation qui s'intéresse à la possession ou non du baccalauréat, à une conception horizontale, qui s'intéresse à la nature du baccalauréat obtenu ».