Depuis la rentrée 2015, les étudiants en classes préparatoires ont pour obligation de s'inscrire en parallèle à l'université. L'objectif d'une telle mesure : faire jouer le système des équivalences et les protéger en cas de réorientation.

Renforcer les liens entre universités et classes prépas : voici l'un des objectifs de la loi relative à l'enseignement supérieur et à la recherche. Entrée en vigueur à la rentrée 2015, elle comprend notamment la signature de conventions entre établissements universitaires et lycées disposant de CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles). Une mesure qui a son importance lorsque l'on sait que 39 % des bacheliers inscrits en prépa littéraire (18 % en prépa scientifique, 14 % en prépa économique ou commerciale) se réorientent après la première année, d'après les chiffres de l'édition 2015 de l'EESR (état de l'Enseignement supérieur et de la Recherche).

Un décloisonnement progressif entre lycées et universités

Autrefois recommandée, elle est désormais obligatoire. L'inscription à l'université est imposée à tous les étudiants en classe préparatoire depuis la rentrée 2015. « Au moment de mon inscription en classe prépa, on nous conseillait vivement de s'inscrire en parallèle à l'université, alors je l'ai fait », explique Dorine, 21 ans, étudiante à Dijon (21).

Clément, de son côté, a intégré une prépa d'une école informatique après avoir obtenu son bac S à Villejuif : « On ne nous obligeait pas à nous inscrire à l'université en parallèle, bien qu'ils nous laissaient la possibilité de le faire, se souvient-il. Je n'en ai pas profité car à l'époque, je pensais finir mes cinq années là-bas ! », explique le jeune homme, qui s'est finalement réorienté après sa première année.

C'est aussi le cas de Cyril, passé par une prépa PTSI (physique, technologie et sciences de l'ingénieur) : « Il n'était pas obligatoire de s'inscrire à l'université en même temps, je ne l'avais donc pas fait », poursuit-il.

Pour les prochaines rentrées, il s'agira désormais d'une étape obligatoire pour tous les étudiants. « J'intègre une prépa à Janson De Sailly. Même si on ne me l'a pas dit sur APB (Admission Post Bac), le lycée m'a d'ores et déjà informé de l'inscription obligatoire à la fac », témoigne Sofiane, 17 ans, ancien lycéen à Lagny-sur-Marne (77).

Enora, quant à elle, a déjà fait sa double inscription : « Pendant l'année scolaire 2015-2016, je serai élève en Khâgne. Mon inscription en fac s'est faite pendant l'année 2014-2015, et on m'a demandé de remplir des papiers d'inscription à la faculté de Rennes », raconte-t-elle.

Une sécurité en cas de réorientation

Plus qu'une contrainte, cette mesure est avant tout une garantie de pouvoir se réorienter si la prépa ne convient finalement pas à l'étudiant. « A la fin de ma première année, je me suis rendu compte que mon niveau était insuffisant, explique Clément. Comme je ne voulais pas redoubler et comme je n'étais pas inscrit à l'université en parallèle, j'ai fait les démarches seul. Je me suis inscrit en première année de DUT Réseaux et Télécommunications via le portail APB », poursuit-il.

Cyril s'est retrouvé dans la même situation, faute de double inscription à l'université. « Mes professeurs m'avaient assuré que je validerai ma première année. Or, le lendemain de la limite des inscriptions post-bac, ils m'ont convoqué pour m'annoncer mon non passage en seconde année, déplore-t-il. N'ayant aucune inscription de secours, j'ai d'abord fait un semestre à l'étranger en Allemagne, puis je suis rentré en décalé à l'UTBM (université de Technologie de Belfort-Montbéliard), pour y suivre un cursus ingénieur en 5 ans », explique l'étudiant.

Pour Enora, « les inscriptions en fac sont une véritable sécurité. Vous savez que vous ne perdez jamais votre temps grâce à cela, même si par la suite vous choisissez de vous réorienter après un ou deux ans de prépa », argue-t-elle. Sofiane, qui s'apprête à découvrir un « monde complètement différent », partage cet avis : « Je ne vais pas dire que je suis serein, même si j'ai du mal à cacher mon excitation. C'est toujours rassurant de savoir qu'on est encadré et aidé même dans l'échec », admet-il.

Faire jouer le système des équivalences

Les étudiants sortant de classe préparatoire ne rejoignent pas toujours les grandes écoles. Le système des équivalences peut alors être utile à ceux qui désirent poursuivre leurs études à l'université. Dorine, qui était inscrite en parallèle à la fac, en a fait l'expérience. 

Je suis venue à bout de mes trois années de prépa, j'ai donc obtenu ma licence sans passer par la fac. Je préparais le concours de l'ENS de Lyon, en spécialité anglais, et je l'ai passé deux fois sans obtenir l'admissibilité. J'ai donc décidé de m'orienter vers un master pro Traduction à l'université de Strasbourg », raconte la jeune fille, qui tient un blog sur son parcours post-prépa.

Enora de son côté, n'exclut pas totalement l'idée non plus : « La double inscription permet de poursuivre ses études sans tout recommencer depuis le début, et donc de ne pas retourner en L1. Si je ne parviens pas à intégrer une école au terme de ma scolarité en CPGE Lettres, je me réorienterai sans doute vers des études d'histoire en fac », songe-t-elle.

De quoi offrir un parcours sécurisé aux étudiants qui optent pour la classe prépa.