Qui a dit que la recherche ne rimait pas avec le monde de l'entreprise ? Fini la méfiance entretenue entre les deux branches depuis des années : chercheurs et sociétés sont sur la voie de la réconciliation.

La complémentarité. Tel est le mot d'ordre des relations chercheurs-entreprises : ainsi, pour répondre à des besoins réciproques, ces derniers ont vu leurs relations renforcées au cours des dernières années. Innovation, technologies de pointe, développement durable... Autant de secteurs qui font appel à la fois à la recherche et au monde de l'entreprise. Orientations revient sur les liens étroits que peuvent avoir ces univers parallèles.

Le privé met le cap sur la recherche

Un vent de renouveau souffle sur les relations "chercheurs-entreprises". Rencontres, discussions, ils essaient de trouver ensemble des solutions pour relever les défis de demain. Les mentalités sont ainsi en train de changer.

« Le traité de Lisbonne a donné le "La" en entamant un virage européen vers l'économie de la connaissance qui met l'accent sur la recherche », analyse Martine Pretceille, expert en éducation et communication interculturelles.

Les entreprises françaises se retrouvent donc dans une démarche d'innovation constante. « Une condition sine qua non pour rester compétitif », affirme Jean-Philippe Regnault, PDG de la société Covernis. Les grands groupes se tournent donc plus aisément vers les docteurs pour mener leur politique recherche et développement.

Le doctorat, diplôme de référence à l'international

L'économie change de forme, c'est évident. Elle est aujourd'hui complètement mondialisée et sur la scène internationale, le diplôme de référence, c'est le PhD, soit l'équivalent du doctorat français.

A l'étranger, ils sont considérés comme l'élite et les entreprises cherchent à les attirer. Cette culture de l'excellence à bac +8 peut être une des explications du changement de regard sur les doctorants des grands groupes hexagonaux : « Nos fleurons industriels sont présents aux quatre coins du globe, ils doivent s'adapter. Et puis, les fonctions dirigeantes ne sont plus exercées uniquement par des français », note Alain Storck, directeur de l'université de technologie de Compiègne (UTC).

Une envie commune de se rapprocher

Le contexte économique explique en partie l'évolution des relations entre les entreprises du secteur privé et les doctorants mais cette nouvelle donne est aussi le fruit d'une réelle volonté des acteurs du monde académique comme celui de l'entreprise. « Le mouvement 'Sauvons la recherche' a réellement attiré l'attention sur le problème d'image des docteurs », rappelle Alain Storck.

Côté sociétés également, on fait des efforts. Des rencontres entre patrons, professeurs d'universités et jeunes chercheurs sont ainsi régulièrement organisées pour réfléchir sur le rôle des doctorants dans l'économie actuelle.

La création des Pôles de Recherche et d'Enseignement Supérieur (PRES) en 2006 a également joué un rôle important dans ce rapprochement, mettant autour d'une même table chercheurs et chefs d'entreprises.

Revaloriser les docteurs dans l'entreprise

Les entreprises vont devoir aussi faire de meilleures propositions aux jeunes chercheurs. Au niveau des salaires, notamment. Karine a obtenu son doctorat en chimie et a décroché assez rapidement un poste dans une entreprise pharmaceutique française, « seulement, mon salaire plafonnait à 1 800 euros net alors que certains de mes collègues ingénieurs touchaient plus de 3 000 euros. J'ai donc décidé de m'expatrier », déplore-t-elle.

Depuis six mois, elle travaille aux Etats-Unis, encadre une équipe de dix personnes avec un salaire de 3 500 dollars (environ 2 600 euros). « Il ne faut pas s'étonner si les cerveaux français vont voir si l'herbe est plus verte ailleurs », prévient-elle. Les entreprises françaises devront donc faire davantage d'efforts pour conserver leurs chercheurs et rester ainsi compétitives à l'international.

Dernière mise à jour : 18 septembre 2015