C'est certainement l'une des plus grandes victoires de l'alternance : se hisser au plus haut niveau de l'enseignement supérieur. Hier réservée aux CAP ou baccalauréats professionnels, l'alternance ne cesse aujourd'hui de se développer dans les universités et les grandes écoles de commerce et d'ingénieurs.

L'alternance dans l'enseignement supérieur est un phénomène relativement récent. Auparavant, les cursus ne s'adressaient qu'aux jeunes désireux d'intégrer rapidement la vie active, et se limitaient aux formations de niveau CAP ou bac pro. Mais les mentalités ont bien évolué. Désormais à l'écoute des entreprises, les établissements d'enseignement supérieur ont fait évoluer leurs programmes.

« Un diplôme de haut niveau est certainement un plus pour trouver un emploi. Mais les recruteurs sont actuellement à la recherche de jeunes diplômés ayant une expérience du monde du travail », confie Pierre Lamblin, directeur du département études et recherches à l'Association pour l'emploi des cadres (Apec). Ces nouvelles exigences ont poussé les formations de niveau bac+4/5 à se professionnaliser et à grandement développer l'alternance.

L'alternance en école de commerce

Les écoles de commerce proposent ainsi de plus en plus de formations en alternance. « Sortir d'une école supérieure de commerce ne suffit plus. On attend des jeunes diplômés une connaissance du métier, du secteur d'activité, et qu'ils arrivent avec un vrai projet pour l'entreprise concernée », expose Cyril Capel, cofondateur du cabinet spécialisé CCLD Recrutement. Et d'ajouter : « Les recruteurs sont désormais quasiment plus attentifs à l'expérience professionnelle du jeune diplômé qu'à la renommée de son école. » C'est pourquoi le spécialiste encourage les étudiants à choisir une formation en alternance.

D'autant qu'une école de commerce en alternance permet de décrocher plus facilement un emploi et offre une nouvelle méthode d'apprentissage aux étudiants. « Plus matures », « débrouillards », « en prise directe avec les réalités économiques »… les qualificatifs ne manquent pas aux professionnels et aux enseignants pour décrire les qualités des étudiants ayant opté pour ce dispositif.

Pascal Morand, cofondateur de l'Institut pour l'innovation et la compétitivité (i7) et directeur général adjoint de la chambre de commerce et d'industrie Paris Île-de-France, estime ainsi que ces jeunes feront « des managers plus réactifs. Un des principaux avantages de l'apprentissage est d'évoluer très tôt dans le monde de l'entreprise et d'en saisir les codes plus rapidement que les autres. Pour un dirigeant, c'est un sérieux atout ».

Les écoles d'ingénieurs s'y mettent aussi

Les écoles d’ingénieurs se mettent également au diapason. Recruté à sa sortie d’école par son entreprise de formation, le groupe Eurocopter, Alexandre a été promu chef de projet, deux ans après la signature de son CDI. « Dans ma promotion, les élèves en parcours initial résolvaient les examens théoriques plus vite que les alternants, mais ils avaient bien moins de réflexes au niveau pratique. Et l’apprentissage m’a montré qu’une société attend de nous bien plus que de résoudre de simples exercices de mathématiques : décider, encadrer, anticiper, s’adapter… »

Surtout que les recruteurs demandent une spécialisation de plus en plus poussée. « Nous accueillons certains étudiants qui ont du mal à trouver un emploi, car ils ont effectué des formations trop généralistes, confie Hervé Casse, directeur de l'Association pour la formation aux techniques industrielles (Afti). L'ingénierie est un domaine qui est vaste. Pour être employable, il faut se spécialiser. C'est la raison pour laquelle certains étudiants choisissent nos formations. Globalement, pour tous nos diplômés, c'est 100% d'insertion professionnelle. 70% d'entre eux continuent dans l'entreprise où ils ont effectué leur alternance, les autres trouvent un autre employeur. »

Les universités ont également bien évolué

Les universités sont loin d'être restées en retrait. Dans les années 2000, la réforme LMD a notamment instauré le master professionnel. Ce diplôme, ayant pour objectif une insertion rapide en entreprise, a naturellement été très favorable à l'instauration de formations en alternance. Et, aujourd'hui, celles-ci se retrouvent dans un grand nombre et une grande diversité de filières : droit, informatique, communication, gestion…

Conséquence : « Les demandes d'étudiants pour les masters professionnels ont littéralement explosé en quelques années », constate un professeur de physique à l'université Montpellier II. Entre 2007 et 2012, les demandes d'inscription ont ainsi augmenté de l'ordre de 15 %. Cet afflux massif d'étudiants s'explique aussi par un effort conséquent des universités en matière de création de nouvelles filières.

« À la naissance du master professionnel en alternance, nous avons fait un bilan des formations qui manquaient à notre catalogue pour répondre aux besoins des entreprises et à la demande des jeunes. Une dynamique s'est enclenchée pour étoffer notre offre », raconte Philippe Lalle, vice-président du conseil des études et de la vie universitaire de l'université Lyon 1 Claude-Bernard.

La pleine reconnaissance de l'alternance

Désormais, l'alternance a la cote chez les recruteurs. En période d'économie morose, les étudiants passés par cette formule profitent d'ailleurs d'une meilleure insertion professionnelle. « Lorsqu'ils sont recrutés, les jeunes diplômés qui viennent de la voie “classique” mettent quelques mois à assurer leur fonction, tandis que ceux qui arrivent par le biais de l'apprentissage connaissent le monde de l'entreprise et sont immédiatement opérationnels », observe Bernard Flament, responsable pédagogique de la formation par alternance en spécialité génie climatique et énergétique de l'Insa Strasbourg.

Cette employabilité immédiate est reconnue par les entreprises qui, de plus en plus, utilisent l'alternance plutôt que le stage de fin d'études comme outil de prérecrutement. Mieux encore : certaines reconnaissent pleinement l'alternance comme une première expérience professionnelle et ont inclus ce critère dans leurs grilles salariales.