Un rapport préconise de rendre le service national universel facultatif. Ce qui n’est pas de l’avis du Président.

C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron : « créer un service militaire obligatoire et universel d’un mois ». Alors que le rapport du conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ) vient d’être remis au ministère de l’Education nationale, le président de la République a également annoncé la constitution d’un groupe de travail chargé de préparer la réforme

L’objectif : instaurer le service national universel au plus vite. « Les mois qui viennent nous conduiront à pleinement finaliser cette loi », a affirmé Emmanuel Macron, vendredi 19 janvier, devant l’armée française. Au total, entre 600 000 et 800 000 jeunes de 18 à 21 ans, pourraient être concernés, chaque année, par le service national universel. Mais beaucoup de points restent encore à définir. Notamment concernant le caractère obligatoire du service, un sujet qui divise.

« Sortir de l’individualisme »

En effet, comme l’a précisé Emmanuel Macron dans son programme, l’enjeu de cette réforme est surtout de former les jeunes au combat : « Cela permettra de disposer, en cas de crise, d’un réservoir mobilisable complémentaire de la garde nationale. » D’où son caractère obligatoire.

Ce qui n’est pas de l’avis du COJ. Dans son rapport, il préconise l’instauration d’un service national universel non-obligatoire. Car selon lui, il doit être « ouvert à tous les jeunes de manière volontaire ». Pour être efficace, ce service national doit remplir quatre objectifs principaux : développer l’esprit de défense, instaurer une mixité sociale entre les jeunes, développer l’engagement et la citoyenneté et accompagner l’insertion sociale et professionnelle. « C’est une voie qui doit permettre de sortir de l’individualisme au profit d’un engagement collectif », peut-on lire dans le rapport, « il faut penser ce dispositif en complémentarité avec l’école et d’autres acteurs ».

Car ce service national doit avant tout constituer un « tremplin » pour les jeunes, avec « une valorisation des compétences acquises ». Le COJ propose même de mettre en place un système d’équivalence au service national tels qu’un service civique ou une mission bénévole dans une association d’éducation populaire. C’est d’ailleurs pour cette raison que le COJ souhaite élargir l’âge des jeunes de 16 à 25 ans.

Quatre scénarios possibles

Mais à quoi pourrait ressembler concrètement le service national ? Le COJ a établi quatre scénarios possibles : JDC et engagement, mixte, pluriel et militaire :

  • Journée de défense et citoyenneté et engagement : période d’une journée à une semaine, centrée sur la citoyenneté et l’engagement.
  • Mixte : période de deux semaines obligatoires et de deux semaines facultatives à thématique au choix (engagement volontaire, bénévolat…). Le but de ce scénario est aussi de prendre du temps pour travailler son insertion sociale et professionnelle. Les jeunes pourront se préparer au code de la route, au Bafa ou au certificat Clea (compétences professionnelles).
  • Pluriel : période de quatre semaines obligatoires, basée sur le modèle du scénario mixte.
  • Militaire : période de quatre semaines obligatoires, centrée sur la défense et l’apprentissage militaire. Les jeunes pourront découvrir les différents corps de l’armée, développer leur implication dans la vie démocratique et participer à des activités sportives.

Une réforme à trois milliards d’euros

Mais chaque scénario a un coût. D’après un rapport commandé par le premier ministre, Edouard Philippe, rapporté par Les Echos, le service national pourrait coûter environ trois milliards d’euros par an. Et jusqu’à cinq milliards d’euros si les jeunes font leur service en internat. Cette question n’a d’ailleurs pas été tranchée par le COJ. Tout comme la durée du service et son nom, qui pourrait être décidé par les jeunes eux-mêmes.

En dehors des questions matérielles, le COJ met également en cause l’universalité du service national. Dans le cadre d’un service obligatoire, difficile d’intégrer tous les jeunes. « Il serait nécessaire de réfléchir à des dérogations ou aménagements possibles », notamment pour les jeunes parents isolés, les jeunes entrepreneurs, les apprentis, les salariés ou les jeunes en situation de handicap. « Le service national universel serait susceptible de provoquer une rupture dans le parcours de formation, d’emploi ou dans la vie familiale du jeune », constate le rapport. Le COJ fait aussi part de ses craintes concernant les sanctions éventuelles comme l’impossibilité de passer un concours de la fonction publique, de passer son permis de conduire ou d’entrer à l’université.

En attendant, le rapport parlementaire devra, quant à lui, être présenté le 21 février en commission de la défense nationale et des forces armées.