Ce Forum a été l'occasion pour l'école, les universités et les entreprises, de communiquer leurs solutions pour donner les moyens aux jeunes de réussir et de s'épanouir dans un monde de concurrence permanente. Un mot d'ordre : laisser parler la créativité !

Laurence Parisot, présidente du MEDEF, 5e Forum Education-Entreprise Laurence Parisot, présidente du MEDEF, 5e Forum Education-Entreprise
Laurence Parisot, présidente du MEDEF, donnant le coup d'envoi du 5e Forum Education-Entreprise

Quelle place accorder à la créativité ? Comment ne pas la brider et, au contraire, l'encourager. Ces deux questions ont été au cœur des débats du 5e Forum Education-Entreprise du MEDEF, car elles se posent à tous les niveaux, de l'école primaire à l'entreprise. "La créativité est un élément majeur dans le développement des entreprises, explique ainsi André Durivage, professeur en psychologie du travail à l'université du Québec et grand témoin de la matinée. Il est très important de voir les choses de manières différentes. De mélanger les talents et les horizons différents."

Un point de vue partagé par Stéphane Zibi, directeur du développement de l'agence de marketing Emakina. "On devrait encourager les étudiants à faire des stages dans d'autres filières que la leur, pour étendre leur curiosité. Et, dans les entreprises, on pourrait faire des formations dans le design même si ça n'a rien à voir car tout le monde aime les tablettes et le design."

Les notes brident-elles les jeunes étudiants ?

"Je ne suis pas sûr que l'école favorise la créativité", explique de son côté Béatrice Barraud, présidente de l'association des parents d'élèves de l'enseignement libre. Selon elle, l'un des principaux freins à la libération de la créativité est la notation.

"Est-ce que les profs savent noter la créativité ? Je n'en suis pas certaine. Un enfant vaut mieux qu'une note à un moment donné. Il faudrait trouver un autre mode de notation basé sur les compétences", estime-t-elle.

Une idée qui a déjà fait du chemin au Québec. André Durivage explique ainsi que, dans sa province nord-américaine, l'éducation est perçue en termes de compétences et non de notes. D'ailleurs il a rappelé qu'au Québec, le système de notation avait été supprimé avant d'y revenir car l'éducation nationale québécoise avait finalement jugée que les notes offraient "un cadre normatif nécessaire [aux élèves] pour se comparer aux autres", a-t-il expliqué.

"Avant tout succès chez Apple, une erreur fondamentale avait été commise"

Autre grand débat de ce forum, le droit à l'erreur. Jean-François Royer, associé Ernst&Young a commencé par rappeler que "la France et le Japon sont les deux seuls pays qui refusent à tout prix l'échec". Or, une telle philosophie peut justement brider la créativité et l'envie d'entreprendre.

"S'il y a refus de prise de risques, il n'y aura pas de créativité, a expliqué Christian Amatore, membre de l'Académie des Sciences, délégué à l'éducation et à la formation. Il faut tolérer l'échec. Mais, en France, en cas d'échec scolaire, on est orienté vers des voies de garage. Notre système ne sait pas réorienter et nous manquons de passerelles."

Une opinion confirmée par Bénédicte Robert, directrice du département des Innovations et Expérimentations à la DGESCO, qui défend l'idée d'une deuxième chance. "Le système éducatif français est trop porté sur la sanction et pas assez sur la valorisation. Le droit à l'échec et à la réussite est fondamental. Il faut imaginer une modularité et créer des passerelles pour s'adapter aux élèves et faire du sur-mesure quand c'est nécessaire."

Même son de cloche pour André Durivage qui explique que "l'erreur, chez nous, est quelques chose de normal. Sans erreur, il n'y a pas de créativité. S'il y a échec, ce n'est pas grave... on recommence. J'ai lu d'ailleurs dans la biographie de Steve Jobs qu'avant tout succès chez Apple, une erreur fondamentale avait été commise..."

------------------------------------------------------------

La mini-entreprise ou comment libérer les potentiels dès le plus jeune âge

"Nous avons un rêve fou au Medef... que chaque collégien puisse accéder à une mini-entreprise". C'est par ces mots que la présidente du Medef a ouvert les débats du 5e Forum Education-Entreprise du MEDEF. Mais qu'est-ce qu'une mini-entreprise ? C'est un projet pédagogique qui est mené dans les collèges. Les élèves volontaires sont invités à participer à la création d'une entreprise, de A à Z. "Ils réalisent toutes les démarches : le plan de communication, la stratégie commerciale, la définition d'un produit, etc.", explique Jérôme Gervais, président d'Entreprendre pour apprendre.

Ce projet est déjà un succès. Rien qu'en 2011, 700 mini-entreprises ont été créés en France. Avec l'argent gagné par leur entreprise, les collégiens s'offrent un voyage en fin d'année. Julien et Ahmed, deux élèves du collège André Canivez de Douai, ont ainsi créé une entreprise d'impression... et ils parlent déjà comme de vrais entrepreneurs !

"Moi, je m'occupe de la technique, explique Ahmed. Tout ce qui est informatique, logiciels c'est ce que je préfère. Pour l'instant on bosse avec La Voix du Nord mais j'espère que notre entreprise va décoller." Julien, lui, est le commercial. "Je démarche des clients pour leur présenter notre entreprise et j'essaye de récolter un maximum d'argent. En plus, nous avons des prix moins chers que la concurrence car nous ne payons pas de TVA !"